Le coup de gueule d’un patron de discothèque du Puy-de-Dôme : " Personne ne peut se mettre à notre place"

Filmé puis diffusé sur les réseaux sociaux, le coup de gueule d’un patron de discothèque d’Aubière, près de Clermont-Ferrand est devenu viral. Epuisé de ne pas avoir de perspectives de réouverture, Christian Magard s’était rendu devant l’Assemblée Nationale pour manifester.

Christian Magard, co-gérant d'une discothèque à Aubière (Puy-de-Dôme), a poussé un coup de gueule devenu viral sur les réseaux sociaux.
Christian Magard, co-gérant d'une discothèque à Aubière (Puy-de-Dôme), a poussé un coup de gueule devenu viral sur les réseaux sociaux. © L.Breuil/FTV

« On veut juste vivre et travailler ! Ça vous parle ? Quatorze mois sans salaire, ça parle à quelqu’un ? » : la détresse du co-gérant d’une discothèque d’Aubière, dans le Puy-de-Dôme, a fait le tour des réseaux sociaux. Il s’était rendu à une manifestation pour déposer une gerbe funéraire symbolique devant l’Assemblée Nationale. Sur la vidéo, on le voit entouré de policiers, expliquer avec colère et émotion sa situation.

Après avoir eu une perspective de réouverture au 1er juillet, finalement pas concrétisée, il nous explique son désarroi. 

Dans cette vidéo, était-ce votre ras-le-bol que vous souhaitiez exprimer ?

Christian Magard : « Ce n’était pas du tout prévu. On s’était donné rendez-vous avec d’autres patrons de discothèque pour déposer une gerbe mortuaire devant l’Assemblée Nationale car ils étaient en train de voter la date des réouvertures et nous, on était oubliés dans ce protocole-là. On voulait montrer qu’on existait, on voulait juste faire un symbole. On devait rencontrer plusieurs députés. A notre arrivée, des policiers nous ont escortés vers les Invalides et d’un coup, beaucoup de policiers, des fourgons de CRS et des gendarmes mobiles étaient autour de nous. Le fait de se sentir méprisé comme ça, ça a provoqué mon coup de gueule. Nous, on ne voulait pas faire de mal, on n’est pas là pour casser ni dégrader. La colère est sortie, mais ce n’est pas moi en temps normal, là, c’est 14 mois d’accumulation, d’ascenseur émotionnel avec des dates de réouverture sans cesse repoussées. On n’est pas considérés, on ne fait que subir, on a un sentiment d’injustice. »

Vous parlez de 14 mois sans salaire, comment faites-vous pour tenir ?

Christian Magard : « Personne ne peut se mettre à notre place. Je pense que si nos politiciens étaient restés 14 mois sans salaire, il y a longtemps qu’ils auraient trouvé des solutions. A titre personnel, j’avais d’autres projets, je devais racheter une autre affaire, alors j’ai pioché dans mes économies. Maintenant, ça va devenir compliqué. Mes enfants ont pris des jobs étudiants pour avoir de l’argent, car moi, je ne pouvais plus les aider. Au niveau de nos propriétaires, ils n’ont pas joué le jeu. On est locataires, on a un gros loyer, et les premiers mois où on n’a pas touché d’aides du tout, on leur a demandé d’avoir une aide sur le loyer. Pour réponse, on a eu une lettre d’huissier. »

Souhaitez-vous poursuivre votre activité malgré ces difficultés ?

Christian Magard : « Oui. On avait une entreprise qui fonctionnait très bien avant le COVID, on était même en train de faire notre plus grosse année, on n’a pas du tout l’intention d’arrêter. Les aides de l’Etat nous permettent de mettre notre entreprise en « coma artificiel », pour payer les charges fixes et sauver l’entreprise. En revanche, ça ne paye pas les charges variables, c’est-à-dire que les salaires des gérants ne sont pas pris en compte. Bien-sûr, on compte rouvrir, on se bat pour ça, pour nous, pour nos clients. On reçoit beaucoup de messages de soutien de nos clients qui ont envie de revenir danser. Ca fait chaud au cœur. »

Quelles sont les mesures que vous seriez prêt à appliquer pour pouvoir rouvrir ?

Christian Magard : « Au niveau du protocole, on est prêt à discuter. On veut rouvrir quoi qu’il arrive. Après, il ne faut pas que le protocole soit trop strict parce qu’il faut que tout le monde s’y retrouve mais, à partir du 30 juin, il n’y a plus de jauge nulle part donc il ne devrait pas y en avoir chez nous non plus. Après, on a du personnel pour faire respecter toutes les consignes. On est équipés pour, on a des systèmes de désenfumage, l’air est entièrement renouvelé toutes les 8 minutes. Je me dis qu’on va autoriser des mariages avec des centaines de personnes, sans personnel pour faire respecter les gestes barrières, avec un mélange intergénérationnel et des populations plus à risque. Chez nous, en discothèque, la population est beaucoup moins à risque. On aurait juste voulu être traités équitablement et on est prêts à tout mettre en place pour que ça se passe bien. On a déjà fait 3 déconfinements sans nous, ça a créé des fêtes sauvages et des clusters qu’on ne peut pas retracer. Nous, on est prêt à rouvrir même avec le pass sanitaire, on veut seulement échanger pour mettre un protocole en place. On veut travailler, faire un premier pas vers notre guérison. »

Avez-vous l’impression d’avoir été entendu ?

Christian Magard : « On a reçu le soutien des députés du Modem, qui voulaient que les discothèques puissent rouvrir le 1er juillet. Médiatiquement, on est mis en avant, mais au niveau du ministère de la Santé, ça bloque, ils ne veulent absolument pas que les discothèques rouvrent. On ne veut pas revivre le même été que l’année dernière où certains bars et restaurants faisaient notre travail à notre place. Monsieur Macron a dit qu’il allait donner une date de réouverture à tous les Français, alors je ne comprends pas quel est le problème. On ne peut pas se projeter, on ne sait pas quoi dire à nos équipes. Quand on a fermé pour la Saint-Patrick, on pensait que c’était pour 3 semaines ou un mois. Jamais on aurait pensé que 14 mois après on en serait toujours là. »

Tout le personnel de la discothèque, soit une dizaine de personnes, est en chômage partiel. Avant le COVID, le Cap Club pouvait accueillir 300 personnes, ce qui, avec le turn over, représente plus de 400 personnes par soirée environ. Christian Magard craint désormais qu’une jauge trop stricte ne soit mise en place lors de la réouverture et qu’il ne soit pas rentable pour lui d’ouvrir ses portes. Il espère également qu’un accompagnement financier sera prévu pour les premiers mois de réouverture, qui, il l’espère, arriveront à l’été.

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