M. Pokora et Patrick Bruel : leurs derniers clips réalisés à Clermont-Ferrand

Début décembre, M. Pokora et Patrick Bruel ont sorti les clips de leurs derniers singles « S’en aller » et « Le fil ». On doit ces vidéos à deux réalisateurs dont la société, Biscuit production, est basée à Clermont-Ferrand. Les deux artistes n’en sont pas à leur coup d’essai.
 
Biscuit production, une société de Clermont-Ferrand, vient de signer les clips de M. Pokora et de Patrick Bruel.
Biscuit production, une société de Clermont-Ferrand, vient de signer les clips de M. Pokora et de Patrick Bruel. © Biscuit production
Plus de 180 00 vues sur YouTube en seulement 4 jours. Le dernier clip de M. Pokora, « S’en aller » est largement diffusé. Pour promouvoir une ultime réédition de "Pyramide", M. Pokora a eu envie de proposer un clip un peu particulier pour son dernier single. Dans la vidéo, s'ennuyant dans sa grande villa au milieu de ses disques d'or, le chanteur s'évade grâce à un casque de réalité virtuelle qui lui permet de revivre sa dernière histoire d'amour.
Le clip est signé par deux réalisateurs de Clermont-Ferrand, Alexis Magand et Yannick Demaison, tous les deux à la tête de Biscuit production.

Un clip réalisé en 3 semaines

Véritable tour de force, le clip a été réalisé en animation, en seulement 3 semaines. Alexis Magand, coréalisateur raconte : « TF1 nous a appelés. Le cahier des charges était simple. On devait faire un clip pour le dernier single de l’album Pyramide de M. Pokora. Il n’était pas disponible jusqu’à début décembre. La seule solution était de faire un clip en animation. On avait 3 semaines pour le faire. On a alors proposé une idée. Trois semaines pour un clip en animation c’est très court. Il y a un temps de pré production où on doit écrire, storyboarder, faire des recherches graphiques de chara design notamment (Conception d’un personnage et de son style graphique. NDLR). Ce temps-là prend bien une semaine. Cela signifie que derrière, on a 15 jours pleins de production et d’animation, ce qui est très court pour faire 3 minutes. Mais on a réussi ».

Pas d'échange direct avec M. Pokora

Très vite, une équipe s’est mise en place, faisant fi des contraintes liées au confinement dû au COVID 19. Alexis Magand explique : « Le dessin a été fait par des illustrateurs avec lesquels on travaille régulièrement. Ils sont à Clermont-Ferrand. On a monté une production entre Clermont-Ferrand pour les illustrateurs et Nantes pour les animateurs. C’était un travail COVID compatible, avec un travail à distance, des réunions Zoom régulières, des échanges de fichiers ». Petite particularité, Alexis et son équipe n’ont jamais échangé directement avec le chanteur. « On n’a été en contact avec l’artiste à aucun moment. On était en contact avec le management et la production de TF1. Ils envoyaient ensuite à M. Pokora qui validait les choses. Il était très réactif et donnait son accord assez rapidement. Ca a été une production assez fluide » souligne le coréalisateur.

Un chanteur qui salue le travail réalisé

Il précise : « On a voulu jouer avec les codes actuels et proposer un mélange entre la réalité et le virtuel. Dans son album, il en est déjà question, il aborde le futur par exemple. On a voulu accentuer cette idée-là avec la perception du réel et du virtuel et on a construit une histoire d’amour ratée. On a mélangé les hologrammes et les scènes vécues, les scènes fantasmées. Le héros est bien M. Pokora, il lui ressemble beaucoup. Il a comme lui le petit tatouage dans le cou, la même coupe de cheveux. C’est lui mais dans une vision imaginée dans un délire retro futuriste mélancolique ». Et au final, M. Pokora a apprécié les choix artistiques de l’équipe de Biscuit production. Alexis Magand affirme : « Il était très content. Il a trouvé les décors magnifiques et s’y est retrouvé facilement. C’est un artiste très bankable : quand il sort quelque chose, il ne le fait pas à demi-mesure. On est convaincus qu’il a apprécié notre travail sinon il ne l’aurait jamais sorti ».

On a marché sur des œufs tout le temps

La belle histoire ne s’arrête pas là. Biscuit production est aussi derrière « Le fil », le dernier single d’un certain Patrick Bruel. Dans le clip, la relation père fils est abordée, là aussi grâce à une animation.
« On a été contactés pour faire un « Draw my life ». C’est une caméra qui filme les mains d’un illustrateur, en accéléré. Ca raconte une histoire. On leur a dit que ce n’était pas très esthétique et que l’on voulait aller plus loin. La chanson contenait de l’émotion. Encore une fois, la production voulait quelque chose en 15 jours-3 semaines. On a proposé une idée épurée, sans décor, avec ce fil. Sony a proposé cela à Patrick Bruel et il a adoré » indique Alexis Magand. Une équipe de production a été mobilisée à Paris, avec à sa tête un chef animateur qui avait officié sur « Les songes de Léo » de Morgane Imbeaud. Il ajoute : « Ils nous ont prévenus que Patrick était très exigeant. Il voulait s’impliquer. A la différence de M. Pokora, on a travaillé en direct avec lui. On l’avait au téléphone une ou deux fois par semaine pendant la production. On s’appelait via Whatsapp, il était entre Paris et les USA. Il n’avait pas forcément le vocabulaire de l’animation mais il a été à l’écoute. Il essayait de faire progresser les choses. Avec sa carrière, il n’allait pas s’embêter à faire quelque chose qui ne lui plait pas. Jusqu’à la fin il était capable de tout envoyer balader. On a marché sur des œufs tout le temps ».

Deux artistes qui d'habitude apparaissent dans leurs clips

Alexis Magand poursuit : « Avec Yannick, on a pondu les scénarios, mis en place les storyboards et géré les illustrateurs et les animateurs. On a proposé deux techniques d’animation très différentes et on arrive à raconter des histoires en essayant de faire passer des émotions. C’était rigolo de voir le contraste avec Bruel et Pokora : on avait affaire au même type de « playboys » mais sur des projets différents. En 2020, les tournages sont compliqués et cela favorise l’animation. Mais c’est aussi une occasion de démocratiser cette technique et de faire passer des messages. Ces artistes ont clairement l’habitude d’être présents dans leurs clips. Ils ont des audiences qui ont besoin de les voir in situ, mis en scène. Le public demande à les voir. Là, ça a été bouleversé. Pour la première fois, ils ne vont pas être présents dans les clips ».

De belles collaborations

Au final, Biscuit production, après avoir travaillé pour Louane, Gimms, Vianney, Flavia Coelho, entre autres, se fait une nouvelle fois remarquer. « On est très contents d’avoir accompli ces tours de force en un temps record. Les artistes sont aussi contents, comme les productions, ce qui nous réjouit. On est heureux de rendre les gens contents » confie Alexis Magand. La petite société de production clermontoise réussit à faire parler d’elle. Le coréalisateur souligne : « On va essayer de chercher des artistes qui nous plaisent vraiment. On ne sait pas où ça va nous mener. On s’amuse à faire tout ça ». Chercher encore et toujours de nouvelles collaborations, tel est le leitmotiv des membres de Biscuit production. Mais après un mois de novembre harassant, avec ces deux clips d’artistes majeurs de la chanson française, les deux réalisateurs et leurs équipes ne rêvent que de vacances.
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