Mondial de foot féminin. De Clermont-Ferrand aux Bleues, l’ascension de Corinne Diacre, la discrète

A gauche, Corinne Diacre, actuelle sélectionneure des Bleues. A droite, Corinne Diacre lorsqu'elle entraînait le Clermont-Foot. / © FRANCK FIFE / THIERRY ZOCCOLAN / AFP
A gauche, Corinne Diacre, actuelle sélectionneure des Bleues. A droite, Corinne Diacre lorsqu'elle entraînait le Clermont-Foot. / © FRANCK FIFE / THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Vendredi 7 juin, l’équipe de France féminine de football affrontait la Corée du Sud (4-0) au Parc des Princes à Paris, en ouverture de la Coupe du Monde. Retour sur le parcours de la sélectionneure Corinne Diacre, qui a entraîné le Clermont-Foot durant 3 saisons, entre 2014 et 2017.

Par SM

Depuis le début de la Coupe du Monde féminine de football, les regards se tournent vers l’équipe de France et Corinne Diacre, la sélectionneure qui a la délicate mission de décrocher enfin un titre. La presse essaie de sonder sa personnalité, parfois un brin désarçonnée. « Un an durant, nous avons essayé d’obtenir un rendez-vous avec Corinne Diacre, sélectionneure de l’équipe de France. Jamais connu exercice aussi difficile. Nous y avons cru, et puis non, impossible finalement », confie l’Equipe avant de s’appuyer sur ceux qui l’ont côtoyé.

« Exigence » et « rigueur » sont les mots qui reviennent le plus pour la qualifier. Corinne Diacre a bâti sa carrière de joueuse à Soyaux, près d’Angoulème. Un club qu’elle a intégré à 14 ans, en 1988, avant de s’affirmer quelques années plus tard en équipe de France (121 sélections entre 1993 et 2005). En 2002, son but contre l’Angleterre ouvrira d’ailleurs à l’équipe tricolore les portes de la qualification en Coupe du Monde.

"J'ai toujours voulu être prof d'éducation physique"

Lorsqu’elle met un terme à sa carrière de joueuse, celle qui a évolué au poste de défenseur central opte alors spontanément pour le métier d’entraîneur. « Avant de démarrer mon cursus de formation dans le football, j’ai toujours voulu être prof d’éducation physique donc enseigner, ça faisait partie de moi », explique-t-elle dans un entretien accordé à l’AFP. L’histoire continue donc à Soyaux, et en tant qu’adjointe de Bruno Bini, à l’époque sélectionneur des Bleues.

C’est en 2014 que va s’opérer le virage clermontois. Claude Michy, alors président du Clermont-Foot, vient de faire le buzz en recrutant pour la première fois une femme à la tête d’une équipe professionnelle masculine. Mais l’affaire tourne court, la Portugaise Helena Costa jette l’éponge. 

"Je n'ai jamais pensé que ça ferait un tintamarre pareil"

« Tout le monde a pensé que c’était un coup de publicité. C’est plutôt une recherche d’expérience. Je n’ai jamais pensé que ça ferait un tintamarre pareil. Des femmes dans tout un tas de domaines, que ce soit chirurgien, team manager en F1, dirigeant d’un pays ou autres, il y en a beaucoup. Mais comme le foot est un sport un peu particulier, et le plus médiatisé au monde, ça a déclenché à mon avis des retombées disproportionnées par rapport à la réalité, mais c’est le football ! » se défend Claude Michy.

« Il y avait une telle attente après la nomination d’Helena Costa, ça a été une telle tempête médiatique nationale, voire internationale, que le club ne pouvait pas se permettre de prendre un entraîneur masculin. S’il y avait une femme qui pouvait entraîner des hommes en France, c’était Corinne Diacre », observe Jean-Luc Roussilhe, journaliste sportif à France 3 Auvergne.

Simple comme un coup de fil ?

Le président du Clermont-Foot prend contact avec elle. « J’ai pu la joindre, j’ai pu lui poser la question de savoir si elle était retenue dans un club ou si elle avait la possibilité de regarder pour Clermont. Elle m’a rappelé 2 jours après pour me dire que ça pouvait l’intéresser, elle est venue à Clermont, elle a rencontré le staff et puis, on lui a fait une proposition de 2 années avec un salaire équivalent à celui d’un entraîneur masculin. 48 heures après, elle nous a répondu positivement et elle était là pour attaquer la saison avec une équipe qu’elle n’avait pas constituée mais elle en a pris le risque et l’aventure a commencé comme ça », raconte Claude Michy.
 
Corinne Diacre aux côtés de Claude Michy, alors président du Clermont-Foot, le 30 juin 2014. Elle devient la première femme entraîneure d'une équipe professionnelle masculine de football. / © T. Zoccolan / AFP
Corinne Diacre aux côtés de Claude Michy, alors président du Clermont-Foot, le 30 juin 2014. Elle devient la première femme entraîneure d'une équipe professionnelle masculine de football. / © T. Zoccolan / AFP

De la pression et des tensions

Devant une ribambelle de micros, la nouvelle coach qui débarque dans la capitale auvergnate se sait observée de toutes parts et attendue au tournant. Dans le microcosme, certains la jugent froide, les relations sont parfois tendues dans les vestiaires et la salle de presse. Mi-mars, au lendemain d’une lourde défaite à domicile face à Dijon 5 buts à 2, une partie des joueurs remet en cause ses méthodes et lui en fait part.

« Elle arrivait dans un cadre exceptionnel, elle s’est fait une carapace. Certains joueurs et certains membres de l’encadrement sportif ne l’ont pas aidée non plus. Au bout d’une saison, elle avait fait le tri dans son effectif », observe Julien Teiller qui a couvert les matchs pour RMC. « Elle a mis une certaine distance avec les médias pour asseoir son autorité. Elle a vu qu’elle aurait plus à prouver qu’un homme car elle a eu des critiques rapidement. A partir du moment où elle sentait qu’elle pouvait faire confiance à ses interlocuteurs, elle baissait un peu la garde. Elle a aussi relancé des joueurs comme Gaëtan Laborde qui évolue à Montpellier », relativise Jean-Luc Roussilhe à France 3 Auvergne.

"Je n'étais pas déjà arrivée qu'on portait un jugement"

Femme de caractère, Corinne Diacre est décrite comme une « bosseuse », « exigeante avec elle-même et avec les autres ». Pour faire taire les sceptiques, l’entraîneure veut d’ailleurs être jugée sur son travail.
« Je n’étais pas arrivée qu’on portait déjà un jugement sur ce qu’une femme – ce n’était même pas moi d’ailleurs – sur ce qu’une femme pouvait faire dans le football. Le problème, c’est qu’on a voulu en permanence soutenir une comparaison. Moi je savais qu’en venant là, je ne ferai pas l’unanimité, je savais que ce serait difficile, que des gens seraient réfractaires à ma venue. Aujourd’hui, je trouve que c’est un joli pied de nez », confiait en mai 2015 l’entraîneure du Clermont-Foot à la rédaction sportive de France Télévisions.
 
Corinne Diacre, la dame et coach de Clermont tient le choc !
Rencontre avec Corinne Diacre, entraîneure du Clermont-Foot en mai 2015.

A l’issue de la première saison, l’équipe termine 12e de Ligue 2. Quelques mois plus tard, Corinne Diacre est élue meilleur entraîneur de Ligue 2 par le magazine France Football. En 2015/2016, elle hisse le club à la 7e place du classement, puis ce sera à nouveau une 12e place en 2016/2017.
« Je crois que c’était quelque chose d’un peu nouveau - pas pour moi - mais beaucoup pour les joueurs d’abord qui n'avaient pas l’habitude d’être dirigés par une femme (…) donc ça a créé quelques tensions effectives. Mais elle avait une grosse carrière d’internationale, elle avait été adjointe de l’équipe de France donc elle était d’un niveau je dirais supérieur à ce que pourrait être un joueur de Ligue 2. Et par exemple, il y a des joueurs qu’elle a écarté et dont a on a jamais entendu parler pour une grande carrière, alors qu’elle a continué son chemin. Ca a montré que c’était possible déjà. Et ce qui est important, c’est la compétence, la qualité du travail effectué pour obtenir des résultats. Elle a montré tout cela », analyse Claude Michy.

A la tête des Bleues

En 2017, après l’échec des Bleues à l’Euro, Noël le Graët, le président de la Fédération française de football, fait appel à Corinne Diacre. Il avait déjà tenté de la débaucher l’année précédente.
« Il y avait eu une première demande (…) Corinne Diacre m’en a parlé et elle m’a expliqué qu’elle restait fidèle au Clermont-Foot parce que ce n’était pas le moment -  c’était le mois d’août - et parce que je lui avais donné sa chance », relate Claude Michy. « La deuxième fois, on a échangé avec Corinne Diacre, on était intimement persuadé que la proposition allait revenir et donc on s’est organisé entre nous sans rien dire à personne pour que tout se passe bien, pour elle et pour nous. En aucun cas, il n’avait été question d’empêcher son évolution et sa carrière. On était très en phase sur ce sujet. Et d’ailleurs quand Pascal Gastien est venu en tant que directeur du centre de formation, on avait déjà imaginé que le jour où elle partirait, ce serait Pascal Gastien qui prendrait la suite », développe l’ancien président du Clermont-Foot.

Le Clermont-Foot a-t-il laissé filer une perle ? Didier Cros, journaliste sportif à La Montagne, pondère quelque peu le tableau.
« Je pense que son départ a été perçu comme un grand soulagement au niveau du club. La manière dont elle dirigeait, très autoritaire, voire militaire, était devenue insupportable pour beaucoup. Quand les joueurs ont appris son départ, beaucoup ont crié de joie », assure-t-il.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, avec la Coupe du monde de foot féminin, Corinne Diacre est face à un nouveau challenge, et encore plus exposée médiatiquement. Un paradoxe pour cette forte personnalité si discrète. « C’est l’objectif de sa carrière. Elle a été capitaine en équipe de France. Une Coupe du monde à domicile, c’est la chance d’une vie. Elle a beaucoup de pression sur le résultat », souligne Jean-Luc Roussilhe à France 3 Auvergne.
 

« Moi, je lui souhaite le meilleur. Si elle peut gagner la Coupe du monde, pour la France ça serait magique, et pour elle aussi. Mais c’est une compétition de très haut niveau mondial donc je pense que l’objectif que lui a fixé le président d’être dans le dernier carré me paraît atteignable. Après, le football est un sport aléatoire donc tout est possible », affirme Claude Michy.

Deux personnalités, l'une publique et l'autre privée

Qui sait, en cas de victoire, peut-être Corinne Diacre - la coach au regard bleu perçant - se livrera-t-elle davantage ?
« Le football lui coule dans les veines. A partir de ce moment-là, comme beaucoup, il y a 2 personnalités, la personnalité publique et la personnalité privée. C’est deux faces différentes. Mais son parcours, c’est la recherche d’excellence. Elle a perdu son père, elle a voyagé entre le Nord, la Loire et Soyaux en fonction des emplois que pouvait trouver sa famille. Deux mois après qu’elle soit arrivée au Clermont-foot, elle a perdu sa mère. C’est quelqu’un qui a travaillé en usine, qui a fait les 3 x 8, donc elle connaît les difficultés de la vie de tous les jours et ça lui sert énormément dans son mode de fonctionnement (…) Elle a une charge importante et comme elle se protège beaucoup, elle accorde très peu d’interviews, on sait que la presse peut monter les gens très haut et les descendre très vite. Mais c’est aussi une bonne vivante, qui sait apprécier la vie », estime Claude Michy.
 

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