Près de Clermont-Ferrand, comment des bénévoles encouragent la solidarité entre voisins

Depuis le confinement les bénévoles de l’antenne locale Voisins solidaires de Beaumont, près de Clermont-Ferrand, livrent des paniers de producteurs locaux aux personnes vulnérables. L'objectif, favoriser l’entraide et encourager la solidarité entre voisins.
 

A Beaumont, près de Clermont-Ferrand, des bénévoles comme Aurélie Marchand livrent des paniers de légumes frais à des personnes isolées ou vulnérables. Sur la photo, Françoise Palvoisin, bénéficiaire de 79 ans.
A Beaumont, près de Clermont-Ferrand, des bénévoles comme Aurélie Marchand livrent des paniers de légumes frais à des personnes isolées ou vulnérables. Sur la photo, Françoise Palvoisin, bénéficiaire de 79 ans. © L.Breuil/FTV
A Beaumont, près de Clermont-Ferrand, la solidarité entre voisins est prise très au sérieux : « J’ai véritablement rencontré mes voisins pendant le confinement. Comme il s’agit d’un couple de personnes âgées, je leur ai proposé de leur livrer leurs courses. Et depuis, ils adorent me faire des crêpes. Cet échange entre voisins est tellement important », explique Aurélie Marchand. Pour elle, qui avait entendu parler des actions menées par l’association Voisins solidaires partout en France, la crise constituait un moment idéal pour favoriser l’entraide entre voisins. Alors, quand l’association A Tout Cœur de Beaumont a mis en place des paniers à base de produits locaux pendant la crise, pour venir en aide aux producteurs et éviter aux personnes vulnérables de s’exposer dans les supermarchés, elle n’a pas hésité une seconde à proposer ses services. « Nous étions plusieurs bénévoles désireux de mettre en place des actions solidaire dans les quartiers, alors nous avons proposé de livrer les paniers directement aux domiciles des personnes qui ne pouvaient pas se déplacer.» En quelques semaines, 400 paniers ont été livrés à domicile sur 1 000 commandes, et ils continuent d’être livrés encore aujourd’hui. Une première action qui les a encouragés à créer à l’échelle locale une antenne de l’association Voisins solidaires, qui existe depuis 2007 dans toute la France. « Notre association a été créée dans la continuité de la Fête des voisins que nous avons instauré en 2000 et qui a remporté un véritable succès. Pour passer d’une dynamique de convivialité toute l’année à une dynamique d’entraide au quotidien. Pendant le confinement, nous avons observé une véritable entraide avec plus d’1 million de personnes inscrites en France sur notre plateforme », explique Atanase Périfan, président des Voisins solidaires au niveau national. Un élan de solidarité qui s’est quelque peu essoufflé depuis le déconfinement, mais qu’il était important pour l’association d’entretenir : « Depuis la reprise les personnes ont moins de temps à consacrer aux autres, et certaines actions comme la livraison de masques ou de paniers repas sont moins urgentes. Mais il est crucial de garder cette dynamique. »

Livraison à domicile entre voisins

Pour Françoise Palvoisin, 79 ans qui habite le quartier depuis 45 ans, la livraison de produits locaux est un véritable « bol d’air frais. » Une initiative qu’il fallait prolonger même après le confinement selon Voisins solidaires pour permettre aux personnes vulnérables (malades, à mobilité réduite ou exposées au virus) de bénéficier de produits frais et d’échanger avec les bénévoles. « Aurélie est venue me livrer avec son fils de 9 ans qui l’aide régulièrement. Sans cette action, je ne les aurais peut-être jamais rencontrés. Et je n’aurais pas pu avoir accès à ces paniers », confie Françoise Palvoisin. Depuis la mort de son mari il y a quatre ans elle a de grosses difficultés à se déplacer, même si sa fille infirmière l’aide régulièrement. « Je ne peux pas la solliciter tout le temps, et puis cela m’évite aussi de m’exposer au virus en me rendant dans les grandes surfaces. »  Pour Claude Quentin, retraité de 81 ans qui bénéficie également des paniers à domicile depuis une chute dans les escaliers, ce service lui a été d’une grande aide. S’il reconnaît qu’il pourrait désormais s’en passer, car sa condition physique et celle de sa femme leur permettent de se déplacer, le retraité sportif aimerait voir le projet s’étendre à d’autres actions. Comme la marche à pied entre voisins par exemple, qui est déjà mise en place par l’antenne Voisins solidaires à Biarritz. 
Jean-François Vigues, bénévole de Voisins solidaires, rend régulièrement visite à Claude Quentin, 81 ans.
Jean-François Vigues, bénévole de Voisins solidaires, rend régulièrement visite à Claude Quentin, 81 ans. © L.Breuil/FTV

Inscrire le mouvement dans la durée

« Le but n’est pas pour nous de livrer ad vitam æternam toutes les personnes de Beaumont, mais d’encourager les personnes à se soucier de leur voisinage et prendre la relève dans leur quartier », explique Aurélie Marchand. Jean-François Vigues, bénévole de l’antenne Voisins solidaires à Beaumont, explique que cela se fera petit à petit en échangeant des services aussi minimes soient-ils. « Par exemple, si un enfant aide une voisine âgée à cueillir ses cerises, ils pourront ensuite partager une tarte ensemble. » Il avoue avoir conscience que les services ne sont pas toujours équitables, mais précise que le but n’est pas de faire du « donnant-donnant » mais d’insuffler une dynamique d’entraide. Atanase Périfan, ajoute : « Chacun peut contribuer à sa petite échelle à aider ses voisins. Nous avons conscience qu’il est très difficile pour les personnes qui finissent très tard de consacrer deux heures de leur temps chaque jour mais nous proposons par exemple une heure civique qui consiste à aider, si cela est possible, ses voisins une fois par mois. Plus on aide et plus on a envie d’aider.» Dans la même logique, les bénévoles de Beaumont ont ajouté l’option « livrer son voisin » dans le formulaire à remplir pour commander un panier. « Chaque commune s’inspire de la plateforme Voisins solidaires mais met en place des activités qui lui sont propres. A Beaumont, nous aimerions par exemple mettre en place un système de covoiturage entre voisins, pour aller au cinéma ou se rendre au restaurant. Ou encore faciliter les échanges en mettant en place un restaurant intergénérationnel », ajoute Jean-François Vigues.

Faciliter les actions

« Je trouve l’idée formidable mais dans le quartier nous sommes tous plutôt âgés, je ne sais pas qui pourra prendre la relève quand les bénévoles de Voisins solidaires arrêteront de livrer », s’interroge Françoise Palvoisin, pensive. Jean-François Vigues qui est venu rendre visite à la retraitée, comprend ses inquiétudes mais explique qu’il faut du temps pour inscrire ce mouvement qui émerge tout juste dans la durée : « Nous continuerons à aider tant que le mouvement n’aura pas pris un véritable essor. Petit à petit, nous espérons que le bouche à oreille fera son effet et que ceux qui sont en capacité d’aider leurs voisins se proposeront d’eux-mêmes.»  Et pour augmenter le nombre de bénévoles, le mouvement qui débute à Beaumont et n’a pas pu organiser la traditionnelle fête des voisins en mai, tient à organiser des évènements comme une journée nettoyage pour favoriser les rencontres. « Plus on trouvera de bénévoles et plus on pourra identifier les gens dans le besoin », ajoute Aurélie Marchand. Les identifier, mais aussi leur permettre de contacter eux-mêmes l’antenne Voisins solidaires par divers canaux en veillant à ne pas marginaliser les plus âgés : « Nous demandons aux personnes dans le besoin que nous rencontrons ce qui leur correspond le plus de façon à n’exclure personne. On est conscient que tout le monde ne peut pas se rendre sur la plateforme ou notre page Facebook pour demander et proposer des services », explique Jean-François Vigues. Françoise Palvoisin avoue « être connectée pour une mamie », notamment depuis le confinement pour garder le contact : « J’aimerais bien qu’on me prévienne par mail si un jour un covoiturage s’organise pour aller au cinéma par exemple. Je lis beaucoup la presse mais s’il faut participer sur une plateforme numérique, je m’y mettrai ! »  Et pour ceux comme Claude Quentin « un peu moins connectés », l’association solidaire met à disposition des communes un « kit publicitaire » : « Les bénévoles peuvent distribuer des tracts et mettre en place dans les immeubles nos affiches toute faites pour parler du mouvement », explique Atanase Périfan le directeur. Dimanche 27 septembre sera organisé un grand nettoyage dans les rues de Beaumont, l’occasion de faire connaître le mouvement et de consolider la solidarité entre voisins.
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