Puy-de-Dôme : le fils d’un enseignant saisit le Procureur à la suite du suicide de son père

Laurent Gatier était enseignant au Lycée professionnel de Chamalières depuis 27 ans / © M. PTAK / France 3 Auvergne
Laurent Gatier était enseignant au Lycée professionnel de Chamalières depuis 27 ans / © M. PTAK / France 3 Auvergne

Dans la lettre qu’il a laissée pour expliquer son geste, Laurent Gatier parle de harcèlement. Un mal-être que Sébastien, le fils de ce professeur du lycée professionnel hôtelier de Chamalières (Puy-de-Dôme), avait perçu et qu’aujourd’hui il dénonce.

Par Valérie Riffard

C’est l’annonce du suicide d’une directrice d’école de Pantin, Christine Renon, le 23 septembre dernier, qui l’a poussé à réagir. Car aujourd’hui, Sébastien Gatier en est convaincu : si son père s’est suicidé, le 9 septembre à son domicile, c’est parce sa souffrance au travail était devenue trop lourde à porter.
Depuis deux ou trois ans, il se sentait mal au travail. Il m’en parlait souvent, et souvent le mot harcèlement revenait ", nous a-t-il confié, ce samedi 5 octobre.
A 52 ans, Laurent Gatier avait mené toute sa carrière au lycée professionnel hôtelier de Chamalières, où il enseignait le service et la commercialisation depuis 27 ans. Ces 15 dernières années, il s’occupait en plus  du bureau des stages, permettant ainsi aux élèves de s’ouvrir au monde de l’entreprise, ce qui lui valait une certaine reconnaissance.

 

"Il s'est senti évincé"


Avant il était super content de son travail, et surtout de voir ses élèves réussir. Quand on sortait en ville ou au restaurant, il était toujours reconnu par quelqu’un. "
Mais depuis deux ou trois ans, "ses conditions de travail s'étaient dégradées". Pire, depuis le début de l’année, le nombre d’heures supplémentaires qui lui permettait de mener à bien sa mission lui aurait été supprimé.
C’est lui qui avait créé le Bureau des stages il y a 15 ans et il s’en était toujours occupé. Mais quand on lui a retiré ses heures, il s’est senti évincé. Ça a été pour lui une grande surprise, il était très déçu. Il ne se sentait plus reconnu pour ce qu’il faisait. "
Pourtant, si son père se confiait parfois à lui sur son mal-être, son ressenti, il n’avait apparemment pas réussi à se faire entendre dans son milieu professionnel.
"Comme une grande majorité de profs, il a beaucoup encaissé. Il ne parlait pas de ses problèmes à tout le monde, juste à sa famille proche. A force de se faire rabaisser, on finit par ne plus réagir… "
Aujourd’hui, Sébastien veut dénoncer "la pression" qu’aurait subie son père, car il a pris conscience qu’il n’était pas la seule victime de la souffrance au travail dans l’Education Nationale.
 

"Aujourd'hui je me retrouve seul"


C’est tragique, je ne pensais pas que c’était si commun chez les profs… Je me suis dit qu’il fallait réagir, parce que je ne voulais plus que ça se reproduise. Aujourd’hui, je me retrouve seul, car j’ai perdu ma mère il y a quatre ans… Je ne veux pas que d’autres enfants connaissent ça ".
Depuis ce drame, plusieurs collègues de Laurent Gatier ont pris rendez-vous avec la médecine du travail du rectorat, où se tiendra un CHST Académique lundi 7 octobre.
" Le rectorat suit cette affaire de très prés, nous a assuré Bruno Quéré, directeur de cabinet du recteur. Et nous souhaitons surtout exprimer tout notre soutien à sa famille".
Alerté sur cette affaire, le ministre de l’Education Nationale a également saisi l’Inspection Générale pour qu’une enquête soit ouverte. 

Mais aujourd’hui, Sébastien Gatier veut aller plus loin et porter l’affaire devant la justice. Il vient d’envoyer un courrier au Procureur de la République pour lui demander d’ouvrir une enquête, courrier auquel il a joint la lettre laissée par son père pour expliquer son geste.
 

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