Covid 19 : une entreprise d'éclairage du Puy-de-Dôme veut lutter contre le coronavirus avec des rayons UV

« C’est une idée lumineuse », sourit le responsable de cette entreprise du Puy-de-Dôme spécialisée dans l’éclairage. Elle va commercialiser prochainement des « luminaires désinfectants » en utilisant les propriétés des rayonnements ultraviolets pour lutter contre le coronavirus.

Assemblage d'un luminaire à led UV à Saint-Georges-de-Mons (Puy-de-Dôme)
Assemblage d'un luminaire à led UV à Saint-Georges-de-Mons (Puy-de-Dôme) © M. Chapalain/Dietal
Masques, gels, visières… de nombreuses entreprises ont réorienté leur production pour proposer des solutions dans la crise actuelle du coronavirus Covid 19. La société Dietal, qui emploie 400 salariés dans le Puy-de-Dôme et en Roumanie, vient de présenter de son côté un produit plutôt innovant : un luminaire « hybride », il éclaire mais il permet aussi de désinfecter les locaux, selon ses concepteurs.

Une technologie éprouvée pour casser le virus


Dietal s’appuie sur la technologie dite des UVC qui aurait déjà fait ses preuves dans la lutte contre plusieurs familles de coronavirus par le passé.
Les rayons ultraviolets (UV) ont été découverts au début du 19ème siècle par un physicien allemand. On sait qu’ils nous permettent de bronzer, qu’ils peuvent provoquer des cancers (de la peau notamment). On connait aussi depuis 1878 leur action « stérilisante ».
Interrogé sur le rôle des UV sur les virus, Jean-Luc Bailly, enseignant chercheur à l’Université Clermont-Auvergne explique : « Les UV vont agir sur le génome du virus, ils attaquent le matériel génétique et provoquent des mutations. Cela va détruire le pouvoir infectieux des virus. Par exemple, dans les stations d’épuration, les eaux traitées sont stockées dans des lagunes et le but de ce stockage est que le rayonnement UV agisse sur l’eau et donc sur les micro organismes pour les détruire ».
« Cette méthode est utilisée depuis longtemps dans les laboratoires. On utilise des rampes UV pour stériliser une surface », ajoute l’universitaire.

Un luminaire qui désinfecte

A Saint-Georges-de-Mons, dans le Puy-de-Dôme, la société Dietal se targue donc d’avoir mis au point le premier « luminaire français désinfectant hybride et connecté ». Le principe consiste à utiliser le pouvoir germicide des rayons UVC. « Nous sommes en train de fabriquer les prototypes et les premiers modèles devraient être prêts dès le mois de juillet », assure Marie Chapalain, en charge des relations extérieures du groupe industriel. « Nous visons tous les lieux accueillant du public, hôpitaux, EHPAD, écoles, bureaux… ». Le luminaire est programmable pour désinfecter les locaux en dehors de la présence du public (puisque les UV sont nocifs pour l’homme).

« Ce type de solution a de l’avenir »


Avec plus de 30 millions de chiffres d’affaires annuel, le groupe Dietal est l’un des derniers acteurs européens dans le domaine de l’éclairage, concepteur et ensemblier de luminaires qui travaille notamment avec les marques Philips ou Osram.
Ces deux derniers mois, il a perdu près de 30% d’activité alors qu’il se relevait tout juste d’une période difficile marquée par un plan de sauvegarde de l’emploi et une réduction importante de ses effectifs en France (de 210 à 140 salariés à Saint-Georges-de-Mons dans les Combrailles).
Pour Didier Prouteau, directeur général de Dietal, il ne s’agit pas de profiter de la crise, mais « il va falloir vivre avec ce virus et nous nous sommes dit que nous avions un savoir-faire pour apporter des solutions durables pour les endroits recevant du public ».
Il est convaincu que ce type de luminaire à led hybride a de l’avenir et s’apprête à ouvrir une nouvelle branche d’activité.
D’ailleurs, dit-il, « cette technologie basée sur les UV existe déjà depuis une dizaine d’années pour désinfecter les blocs opératoires dans les hôpitaux et certains laboratoires et elle est utilisée pour le traitement des eaux potables ».

S’appuyer sur un savoir-faire


La société puydômoise n’est certes pas la seule à proposer le recours aux rayons ultraviolets dans la lutte contre le COVID 19. Mais, Jean-Pierre Cercley, responsable de la recherche et du développement chez Dietal, met en avant le savoir-faire déjà ancien de son entreprise. « En 2011, nous avons déposé un brevet pour utiliser les led UV en optique pour assombrir les verres des lunettes de soleil. Nous avions aussi mis au point des boites de désinfection utilisant des lampes à décharge de mercure pour stériliser les accessoires des coiffeurs et des dentistes ».
Selon lui, il n’y a pas encore d’étude clinique sur les effets des UV sur le COVID 19, mais pour déterminer l’énergie germicide à déposer sur une surface (calculée en joules par mètre carré), « nous nous basons sur une dizaine de familles de coronavirus précédemment testés ».
Il indique qu’il faudra par exemple de une à quatre heures pour désinfecter un coin de pause (local de la machine à café par exemple) dans une entreprise et que l’on peut arriver à plus de 99% de décontamination du virus avec un éclairage adapté. « Ce n’est pas miraculeux mais c’est une idée lumineuse », se félicite le directeur général de la société.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société innovation économie