"Les femmes ont peut-être une certaine sensibilité à apporter à l’agriculture"

Originaire du Puy-de-Dôme, Blandine Bonière a été bercée dans le monde agricole, au point d'y faire carrière. Aujourd'hui dans la communication, nous l'avons rencontrée sur le Salon de l'Agriculture à Paris. L'occasion d'évoquer avec elle la place des femmes dans cet univers très... masculin.

Blandine Bonière est responsable de la communication pour l'Union des Industries de la Protection des Plantes.
Blandine Bonière est responsable de la communication pour l'Union des Industries de la Protection des Plantes.
Blandine Bonière, comment êtes-vous devenue communicante dans le milieu agricole ?
Mes parents sont dans le milieu agricole, ma maman est maraîchère et apicultrice, mon papa travaille à côté mais a toujours aidé dans l'exploitation et nous, les trois enfants, avons toujours travaillé sur l'exploitation. Très clairement, quand j'étais jeune, je ne savais pas forcément ce que je voulais faire. Tout ça était très vague pour moi et je ne voyais pas les métiers qu'on pouvait exercer dans ce secteur en dehors d'être directement agriculteur, mais le milieu m’attirait. J'ai été dans un lycée agricole à Marmilhat (ndlr : Puy-de-Dôme), après j'ai fait un DUT Agronomie à Aurillac et enfin une école d'ingénieur en agronomie à Dijon. J'ai eu l'opportunité de commencer à toucher du doigt la communication lors d’un stage au Salon de l'Agriculture, là ça a fait tilt, c'est devenu comme une évidence. J'ai axé toutes mes expériences d'après vers de la communication et mon tout dernier stage a eu lieu au CNIEL (interprofession du lait). Je savais enfin ce que je voulais faire, je m'éclatais avec ce côté - je veux servir et apporter quelque chose au secteur agricole - auquel je tenais tant.

Le devenir de l’agriculture tient à la connexion entre les consommateurs et les agriculteurs.


Avez-vous un temps envisagé de devenir agricultrice ?
La question est intéressante. Je l'avais envisagé très fortement, j’ai rendu visite à beaucoup d'agriculteurs. Mais c'était compliqué car je n'ai jamais voulu le faire tel que ma mère le faisait. La production maraichère, je trouvais que c'était extrêmement contraignant et peu valorisant. Le monde de l'élevage m'a toujours plus et j’ai vu différents types d'élevages, que ce soit les poissons, les chèvres, les porcs, les poules, les canards... Mais plus j'avançais dans la réflexion, plus je me disais que je n'en étais pas capable. Pourtant je pense que je me serais éclatée.

Dans la communication, quel rôle pensez-vous avoir ? Quelle image de l'agriculture voulez-vous porter ?
Le devenir de l'agriculture ne tient pas à grand chose. Il tient à cette connexion entre les consommateurs et les agriculteurs. Moi, j'ai été sensibilisée parce que je connais le monde agricole de l'intérieur, je connais la façon dont fonctionnent les agriculteurs en France. Elle est extrêmement riche, je pense que c'est la plus belle agriculture qu'on puisse avoir au monde. Je pense que nous, citoyens, vivons presque dans le luxe, entre guillemets. Ils manquent de peu de choses. Quand on discute avec les consommateurs, ils n'ont juste pas les tenants et les aboutissants, ni les informations pour comprendre. Quand on discute avec les agriculteurs, eux-mêmes savent qu'ils font du mieux qu’ils peuvent. Je pense que c'est cette connexion-là qui manque et je suis sûre que si on arrive à faire quelque chose, on peut faire en sorte de pérenniser les différents modèles d'agriculture qu'on a en France et se rendre compte que tout le monde est satisfait.

Comment êtes-vous perçue, en tant que femme, dans ce monde à forte population masculine ?
Il y a quelques jours, sur ce Salon de l'Agriculture, j'ai participé à une conférence et il n'y avait pas une seule femme. Le secteur agricole est très masculin et c'est dommage car les femmes ont peut-être une certaine sensibilité à apporter et, à l'inverse, la communication est souvent un rôle dévolu aux femmes. Est-ce que c'est une difficulté ? C'est triste de dire ça à mon âge mais oui, c'en est une. On est dans un monde très masculin où un homme est plus facilement écouté. Les femmes sont peut-être plus douces dans la forme et ont sans doute quelque chose à apporter au monde agricole. 

Avec les réseaux sociaux, les agriculteurs peuvent raconter leur quotidien, leur métier aux citoyens...


Quel rôle peut jouer le numérique dans la communication ?
Par rapport à ce besoin de reconnecter les agriculteurs et la société française, le digital est une énorme opportunité. Les réseaux sociaux, c'est un outil fort, tombé du ciel, qui permet aux agriculteurs, en toute transparence, d'aller directement toucher les consommateurs. Et je pense qu'à l'inverse les consommateurs sont aussi en attente d'une communication la plus directe possible, avec le moins d'intermédiaires. Avec les réseaux sociaux, les agriculteurs peuvent raconter leur quotidien, leur métier aux citoyens…

Vous venez de quitter Limagrain, dans le Puy-de-Dôme, pour intégrer l'UIPP à Paris. Quelles différences y a-t-il entre ces deux postes ?
Chez Limagrain, je m'occupais de la communication digitale pour l'activité semences de grandes cultures. Mon activité consistait à parler aux agriculteurs des semences qu'on produisait et qu'on commercialisait pour répondre au mieux à leurs besoins. J'étais vraiment sur une stratégie digitale ciblée sur les agriculteurs. A l'UIPP (Union des Industries de la Protection des Plantes), la mission est totalement différente. Mon rôle est d'essayer d'expliquer au grand public pourquoi on a besoin de protéger les plantes aujourd'hui. ça peut paraître évident pour plein de monde mais, en fait, le grand public a tendance à ne pas accepter que des plantes puissent être malades, à ne pas concevoir que ça puisse exister. L'idée est d'expliquer, comme pour nous quand nous sommes malades, qu’il y a besoin de donner un médicament pour guérir et permettre une bonne récolte. C'est ce qu'on doit expliquer au grand public. Aujourd'hui, si on ne protège pas les cultures, on peut atteindre des pertes de productions de 40% et ce sont des enjeux humains très importants derrière parce que c'est de l'alimentation qu'on n'aura pas. 
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