Réchauffement climatique : la fonte des glaciers a créé plus de 1 000 lacs dans les Alpes suisses

Le dérèglement climatique a entraîné la formation d'un millier de nouveaux lacs dans les Alpes suisses. Rien que l'année dernière, les glaciers ont perdu 2% de leur volume et les deux tiers d'entre eux risquent de disparaître.
Un millier de lacs se sont formés dans les Alpes suisses sous l'effet de la fonte des glaciers. (Illustration)
Un millier de lacs se sont formés dans les Alpes suisses sous l'effet de la fonte des glaciers. (Illustration) © Fabrice COFFRINI / AFP

Plus de mille nouveaux lacs se sont formés en Suisse sous l'effet de la fonte des glaciers. En moins de deux siècles, le réchauffement climatique a profondément remodelé le paysage des Alpes selon un nouvel inventaire exhaustif des lacs glaciaires suisses.

Cette étude réalisée par l'Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l'eau (EAWAG), l'Université de Zurich et l'Office fédéral de l'environnement révèle que "depuis la fin du petit âge glaciaire vers 1850, près de 1 200 nouveaux lacs ont fait leur apparition dans les anciennes régions glaciaires des Alpes suisses. Mille d'entre eux existent toujours aujourd'hui"

Lorsque les champs de glace se retirent, ils laissent souvent derrière eux des dépressions et des barrages naturels. Des bassins qui, en se remplissant d'eau de fonte, forment de nouveaux lacs. "Nous avons été surpris, d'une part par leur nombre impressionnant et, d'autre part, par leur formation beaucoup plus rapide", explique Daniel Odermatt, responsable du groupe de télédétection à l'Eawag, cité dans un communiqué présentant ses travaux.

"Au début du projet, nous avions tablé sur quelques centaines de lacs glaciaires", souligne le chercheur, ajoutant que "180 se sont ajoutés rien qu'au cours de la dernière décennie". Daniel Odermatt souligne que cet inventaire constitue "un excellent point de départ pour observer et analyser l'influence du changement climatique sur les lacs glaciaires".

Dans le reste des Alpes, le constat est le même. En Savoie, 35 nouveaux lacs se sont formés en quarante ans dans le massif de la Vanoise. Lors de la seule année dernière, les glaciers suisses ont perdu 2% de leur volume, selon l'étude annuelle publié par l'Académie suisse des sciences. Et même si l'Accord de Paris pour limiter le réchauffement de la planète en dessous de 2 degrés centigrades devait être couronné de succès, une étude de la prestigieuse École Polytechnique fédérale de Zurich de 2019 estimait que deux tiers des glaciers alpins se seront évaporés.

 

Preuve visible

"Une preuve visible du changement climatique dans les Alpes", selon les chercheurs. Entre 2006 et 2016, la rapidité de formation de nouveaux lacs glaciaires a augmenté de manière significative. En moyenne, 18 nouveaux lacs se sont formés chaque année et la zone aquatique a augmenté annuellement de plus de 400 mètres carrés.

En 2016, le plus grand lac mesurait 40 hectares même si l'essentiel des plans d'eau étaient inférieurs à un hectare. L'inventaire complet a pu être réalisé grâce à des données accumulées depuis le milieu du XIXe siècle. "Lorsque la glace a commencé à fondre à la fin du petit âge glaciaire, cela a éveillé la curiosité des naturalistes de l'époque", explique Nico Mölg, un postdoctorant qui a travaillé avec Daniel Odermatt. 

Les chercheurs ont pu s'appuyer sur les cartes Dufour réalisées entre 1840 et 1870, puis sur des photographies aériennes réalisées en 1946 et aux données de Swisstopo, l'Office fédéral de topographie.

Au-delà du changement climatique, l'inventaire est utile pour la sécurité civile. Pour chacun des 1 200 lacs, les scientifiques ont enregistré la localisation, l'altitude, les dimensions du lac aux divers instants donnés mais ils ont aussi déterminé le type et le matériau du barrage ainsi que le ruissellement et documenté le développement du lac. 

"Dans une prochaine étape, ces bases permettront d'estimer individuellement les dangers potentiels de chaque lac, par exemple le risque de vidange soudaine du lac en cas de rupture du barrage", souligne le communiqué. Tout n'est pas négatif et les chercheurs relèvent que "les phénomènes naturels constituent de spectaculaires attractions touristiques et l'extension artificielle des lacs offre de nouvelles opportunités à l'énergie hydraulique".

 

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