Coronavirus : Le pneumologue lyonnais anti-masque Patrick Bellier viré du plateau de Balance ton Post

Le pratricien a été exclu en direct du plateau de "Balance ton Post" jeudi soir par le présentateur Cyril Hanouna, après avoir fait une quenelle. Un geste antisémite qu’il a reconnu avant de quitter les lieux. 

Les manifestations anti-masques restent minoritaires en France malgré une première fin août à Paris.
Les manifestations anti-masques restent minoritaires en France malgré une première fin août à Paris. © Christophe SIMON / AFP
Une quenelle et une éviction du plateau de Balance ton Post. La séquence s'est déroulée hier soir sur la chaîne C8 alors que le pneumologue lyonnais Patrick Bellier est invité à parler de sa position contre le port du masque. Un homme dans le public demande à prendre le micro pour signaler un geste, une "quenelle" du praticien qui se déroule hors caméra. Sans se défendre, le médecin reconnait le signe. Cyril Hanouna demande alors à P. Bellier de quitter le plateau sur le champ. 

 

Ce pneumologue et allergologue a été interrogé par nos équipes plus tôt cette semaine.  "J'en ai marre de cette hystérie collective !" a déclaré le docteur de Sainte-Foy-lès-Lyon. Il refuse de porter le masque et n'accepte en consultation que les patients qui ne le portent pas. Un de ses patients a d'ailleurs porté plainte contre lui auprès de l'Ordre des médecins du Rhône, qui a convoqué le pneumologue le 18 septembre prochain.

Toutefois, Patrick Bellier est loin d'être le seul médecin contre le masque. En Alsace, une généraliste a délivré de faux certificats dispensant ses patients de porter un masque, comme l'ont rapporté nos collègues de France 3 Grand Est. La justice a été saisie. 

Un geste nazi et "anti-système"

Pour rappel, la "quenelle" se fait avec une main sur l'épaule et un bras tendu. Une sorte de "salut nazi inversé" popularisé par l'ancien humoriste Dieudonné M'bala M'bala. Le geste a essaimé en ligne depuis près de dix ans et est repris régulièrement par la fachosphère, et Alain Soral entre autres, mais aussi par les "anti-système". C'est ainsi que Dieudonné décrivait ce geste dans une de ses vidéos Youtube (il a été banni de la plateforme depuis) : "La quenelle est un symbole d'insoumission au système". 

Le pneumologue lyonnais s'inscrirait-il dans cette mouvance ? Le port du masque est loin de faire l'unanimité et des mouvements de contestation nationaux et locaux émergent.  Les anti-masques ont organisé plusieurs manifestations de petite taille, comme à Paris fin août. Nos confrères de Yahoo Actualités (repris par France Info) ont interrogés certains d'entre eux. Un discours qui mêle inquiétudes face à la 5G et complot mondial.  
 
Antoine Bristielle, Professeur agrégé de sciences sociales et chercheur en science politique au laboratoire PACTE (Sciences Po Grenoble), s'est immergé dans les groupes Facebook des anti-masques pour essayer de comprendre leurs profils et leurs revendications. 

Selon le sociologue, les anti-masques interrogés ont perdu toute confiance dans la parole politique et institutionnelle. Ils ne croient pas en le bien-fondé de la politique sanitaire mise en place par le gouvernement. Pire, ils estiment dangereux d'écouter et de suivre les consignes de santé.
 

 "La communication on ne peut plus hésitante du gouvernement, ayant d’abord déconseillé le port du masque avant de le rendre obligatoire quelques mois plus tard, n’a pu que renforcer ce phénomène"

Antoine Bristielle, sociologue

En revanche, la communication de crise du gouvernement a aussi contribué à alimenter la méfiance. Les ambivalences face à l'utilité du masque n'ont pas aidé, souligne le chercheur. Et il ne s'agit pas de refuser non plus le débat sur les politiques sanitaires du gouvernement.

Mais à travers cette étude, les anti-masques se distinguent par leur sensibilité aux thèses conspirationnistes et populistes. Sans tomber dans des propos racistes ou antisémites, ces groupes refusent avant tout ce qu'ils voient comme une restriction de leur liberté individuelle, appelant "le peuple" à se rebeller contre les élites. Ils sont aussi proches des anti-vaccins. D'ailleurs, 94% d'entre eux ne se feront pas vacciner contre la COVID-19 si on leur proposait. 

Antoine Bristielle a réalisé un "portrait-robot sociologique" de l'anti-masque en France : majoritairement des femmes, bien intégrées socialement. Son étude est à retrouver en ligne sur le site du Think tank de la Fondation Jaurès. 
 
© Antoine Bristielle pour la Fondation Jean-Jaurès
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