A Lyon, La Parole libérée tourne la page et publie un livre blanc

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Écrit par Daniel Pajonk

La Parole libérée s’apprête à se dissoudre. L’association créée en décembre 2015 à Lyon édite à cette occasion son libre blanc « Marianne n’entends-tu pas tes enfants pleurer ? ». 250 pages de recommandations pour stopper les abus sexuels sur les enfants.

 

« Dénoncer ne suffit pas, il faut aussi réformer. Si l’on veut que cesse enfin le massacre moderne des innocents, le saccage de l’enfance abandonnée au  silence et à la dénégation. » Le préambule de la quatrième de couverture de ce livre blanc est on ne peut plus clair.

L’association qui a vu le jour pour dénoncer et poursuivre le curé soupçonné puis accusé de pédophilie Bernard Preynat est prête à tourner la page, mais à condition que la suite, car suite il y a, soit envisagée sous l’angle d’un arrêt absolu des abus dont sont victimes les enfants. Une mission que plusieurs associations ont prise à leur compte en rejoignant les recommandations formulées par La Parole libérée.  

D’un côté un livre qui se referme, de l’autre une prise de conscience et  un changement de culture… en matière d’abus sexuels sur mineurs. Pour François Devaux, l’une des nombreuses victimes du prêtre pédophile de la paroisse Saint-Luc à Sainte-Foy-lès Lyon, il est temps de passer le relais. Alors qu’un Français sur dix se considère avoir été victime d’inceste, soit deux à trois élèves dans une classe d’une trentaine d’élèves (enquête Ipsos Novembre 2020), les témoignages ne sont pas suffisants, estime François Devaux.  Il est plus que temps de légiférer pour protéger enfants et ados. Et d’aller au-delà de ce que stipule le Code pénal, à savoir qu’un enfant de 8 ans n’est pas consentant avec un homme de 50 ans, fulmine-t-il dans une interview donnée à nos confrères du Parisien-Aujourd’hui en France, le 18 mars 2021..  

Vers la prise de conscience, enfin

Cinq années d’actions, un procès, un film (Grâce à Dieu), et une pluie de témoignages plus tard, les premiers soutiens de l’association se rappellent de la solitude pesante qui entourait les dénonciateurs et pourfendeurs d’une hiérarchie de l’église décomplexée face à la pédophilie révélée au fil des affaires qui sortent dans plusieurs pays dont la France.   

Parmi eux, Pierre Vignon. Ancien juge au tribunal ecclésiastique de Lyon, il avait été le premier homme d’église à demander publiquement et par écrit la démission du cardinal Barbarin. « Lorsque l’affaire a éclaté, je me suis manifesté parce que l’ai trouvé le combat juste. Ils ont eu le courage de parler. Aujourd’hui, on admet qu’il est possible de parler de ça, on peut dire que leur parole a porté !  Mais à l’époque, j’étais persuadé que beaucoup de mes collègues prêtres pensaient comme moi. En fait, j’ai été bien seul. On en parlait pas beaucoup.  

Il est vrai qu’au départ, pour le bien des victimes, il était préférable de rester discret. Tout cela n’a pas modifié ma détermination, j’étais en accord avec moi-même. D'autant plus que je n'ai jamais agi dans l'église avec l'espoir ou l'attente d'arriver à ceci ou cela.   Avec le recul, je m'aperçois que leur parole a eu un écho qu'ils n'ont jamais imaginé. J'ajoute que ça a certainement réclamé à leur famille et conjoints de s'embarquer dans cette histoire. Ça a dû être parfois très difficile. 

Aujourd'hui, les uns et les autres veulent retrouver le cours normal de leur vie, c'est bien normal ! Ça correspond même à une certaine sagesse. Désormais, nous pouvons compter sur la fondation contre les abus du clergé, nous savons que le relais est pris. C'est le plus important. »

durée de la vidéo: 01 min 45
Historique La Parole libérée

Verbaliser à fleuret moucheté... ou pas

L'ancienne sénatrice du Rhône Muguette Dini a signé la postface du livre blanc de la parole libérée. L'histoire de ces jeunes qui ont été vite que l'aveuglement d'une partie de la hiérarchie de l'église, elle la connaît bien. Face au fléau que représentent les violences sexuelles aujourd'hui, l’ancienne parlementaire se montre déterminée à les combattre en favorisant le travail d'écoute. L'association Stop aux violences sexuelles, créée à Paris il y a près de 10 ans par trois médecins gynéco-endocrinologues, s'est déclinée en antennes départementales. L'essentiel des tâches qui y sont menées consiste à former des personnes au travail d’écoutant : les médecins, les infirmières, les psychologues et les thérapeutes psychocorporels. “Pour la plupart, les premières fois, être confronté à une confidence sur un dysfonctionnement grave, c'est difficile. La plupart des aidants se retrouvent démunis,” fait remarquer Muguette Dini, qui connaît bien les adhérents de La Parole libérée.  

Formations gratuites pour favoriser les prises en charge

Ces formations sont dispensées à titre gratuit, tant du côté des formateurs que de celui des futurs écoutants. Il s'agit de saisir les connaissances en matière de violence. Elles se déroulent généralement sur deux jours les week-ends. Plusieurs dizaines de personnes y ont déjà participé. La formation devrait être déclinée auprès d'autres corps de métier toujours liés aux soins ou au médical.  

Ateliers théapeutiques d'escrime

L'autre lien qui relie cette association à La Parole libérée, ce sont les ateliers thérapeutiques d’escrime. Les fonds seront utilisés pour financer des sessions destinées aux personnes victimes de violence.  

Le principe ? “Considérer l'agression à caractère sexuel comme une énergie meurtrière dans un contexte où généralement l'enfant est incapable d’y répondre, théorise le docteur Violaine Guérin qui a mis au point cette technique. ” Pour ceux qui ont souffert de ces agressions, l’escrime devient alors le véhicule de l'expression de la violence. Cette dernière peut se traduire, à n’importe quel moment, par toute une série d’actes tournés vers l'extérieur, vers une proie sexuelle ou contre soi-même", explique Muguette Dini. Le but ? Au travers de la confrontation physique via le fleuret, les stagiaires doivent gérer l'attaque et la défense. Ce sont les gestes, les intentions, qui permettent parfois d'exprimer des souvenirs, des moments vécus et difficiles, des épisodes qui ont du mal à sortir, à être verbalisés. Il s’agit d’une certaine façon, là aussi, de libérer la parole.