Abbé Pierre : 5 dates pour se souvenir d'un parcours hors du commun, depuis son ordination jusqu'à son "insurrection à la bonté"

Le 1er février 1954, l'Abbé Pierre appelle le gouvernement et les Français à faire preuve de solidarité envers les personnes les plus démunies. Prêtre, député, militant, résistant, tout au long de sa vie, le Lyonnais a œuvré pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion

Il était résistant, député, militant, homme d’Église et a consacré sa vie au service des autres. Il s’agit bien sûr de l’Abbé Pierre. Né à Lyon le 5 août 1912 sous le nom d’Henri Grouès et décédé le 24 janvier 2007, l’Abbé Pierre a marqué la France de l’après-guerre par sa bonté et son action envers les plus démunis.

Celui que l’on reconnaît à son béret et sa cape noire est à l’origine de la création du plus grand réseau de solidarité au monde : Emmaüs. Retour sur les 5 dates qui ont marqué sa vie et celle des Français.

24 août 1938 : l’Abbé Pierre est ordonné prêtre

Henri Grouès n’est alors qu’un adolescent lorsqu’il se découvre une vocation religieuse. Élève des Jésuites à l’Internat Saint-Joseph (actuel Lycée Saint-Marc), l’Abbé Pierre rejoint ensuite le couvent des Capucins en 1931. Il y fait ainsi sa profession religieuse et prononce des vœux.

Devenu Père Philipe, il renonce à son patrimoine familial et fait don de tout ce qu’il possède à des œuvres caritatives.

L’Abbé Pierre est ordonné prêtre le 24 août 1938 dans la chapelle de son ancien collège, avant d’intégrer le diocèse de Grenoble où il est incardiné le 2 mai 1939 et nommé le 14 mai suivant vicaire à la basilique de Saint-Joseph de Grenoble.

1er janvier 1942 : le résistant devient " Abbé Pierre"

C’est lors de la Seconde Guerre mondiale que l’on attribue à Henri Grouès le surnom qui restera dans les esprits, celui d’ “Abbé Pierre”. À cette époque-là, le Lyonnais est engagé dans la résistance et sa nouvelle identité lui permet d’échapper au régime de Vichy.

À partir de l’année 1942, il multiplie les actions afin de venir en aide à la communauté juive. Par exemple, au lendemain de la rafle du Vel’ d’Hiv, l'Abbé Pierre se charge de cacher et d'aider certains survivants à sortir du pays. 

Il aurait d’ailleurs sauvé le plus jeune frère du général de Gaulle, Jacques, en l’aidant à traverser les barbelés de la frontière suisse. Le prêtre a également participé à la création du maquis dont il devient l’un des chefs dans le Vercors.

21 octobre 1945 : le député 

L’Abbé Pierre a également pris part à la construction de la Vᵉ République, dont il est devenu l’un des parlementaires. La 21 octobre 1945, le Lyonnais de naissance est élu député dans une circonscription de Meurthe-et-Moselle sous l’étiquette du Mouvement Républicain populaire (MRP). 

Au cours de son mandat, qui prendra fin en 1951, il se chargera principalement des questions relatives à la liberté, la paix et la famille. Mais après “l’incident sanglant” du MRP à Brest en avril 1950 à l'origine de la mort d’un ouvrier, l’Abbé Pierre présente sa démission.

Et à la suite de son échec aux élections législatives de 1951 avec sa nouvelle liste de Défense des intérêts démocratiques et populaires, l’abbé Pierre retourne à sa vocation première de prêtre. Les indemnités parlementaires lui permettent de financer des actions caritatives.

1er septembre 1949 : Emmaüs surgit de terre

C’est alors qu’il fait la rencontre de Georges Legay, un sans domicile fixe désespéré, et lui offre le gîte et le couvert. Ensemble, ils décident d’ouvrir une auberge au 38 avenue Paul-Doumer à Neuilly-Plaisance, dans la banlieue parisienne. Le 1ᵉʳ septembre 1949 acte, la, création de la première communauté Emmaüs.

L’Association Emmaüs voit le jour en 1954 dans le but d’organiser ce mouvement de solidarité. L'objectif : récolter des dons, financiers, alimentaires, mobiliers...toute aide permettant de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Au fil des années, le mouvement prend de plus en plus d’ampleur, avec des antennes d’Emmaüs qui ouvrent un peu partout dans le monde. Pour les regrouper, Emmaüs International est créé en 1971, suivi d’Emmaüs France en 1985. Aujourd’hui, Emmaüs International réunit 425 organisations dans 41 pays réparties sur 4 continents. En France, ce sont plus de 30 000 bénévoles qui agissent pour venir en aide aux plus démunis.

1er février 1954 : “l’insurrection à la bonté”

Le 1er février 1954, c’est un mort de trop dans les rues. L’Abbé Pierre se révolte. "Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée... Ce sont les premiers mots d’un appel que le Lyonnais passe sur les ondes de radio Luxembourg.

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Alors que le thermomètre affiche – 30 degrés dans certaines villes de France, il invite le gouvernement et les Français à faire preuve de solidarité. Le lendemain, la presse titre sur “l’insurrection à la bonté”.

Ça avait marqué ma génération par le ton employé, par cet appel qui partait vraiment du fond du cœur. On sentait qu’il y avait quelque chose de très fort.

Jacques Villiet,

président d'honneur de la communauté Emmaüs à Sassenage, à l'occasion des 60 ans de l'appel de l'Abbé Pierre.

Cet appel est entendu ! Les Français lui envoient des colis de vêtements, de nourriture, d’argent et vont jusqu’à ouvrir leurs portes. L’État quant à lui débloque des fonds pour la construction de logements sociaux.

Le départ du mouvement Emmaüs est parti vraiment de ce mouvement-là, de cet engouement que l’Abbé avait suscité par le ton pathétique qu’il avait employé.

Alexandre Blein,

compagnon d'Emmaüs à Vénissieux, à l'occasion des 60 ans de l'appel de l'Abbé Pierre.

Cet appel est entendu ! Les Français lui envoient des colis de vêtements, de nourriture, d’argent et vont jusqu’à ouvrir leurs portes. L’État quant à lui débloque des fonds pour la construction de logements sociaux.

Quelques mois plus tard, le combat de l’Abbé Pierre permet d’ailleurs l'écriture et l'adoption d’une loi qui interdit l’expulsion de locataires pendant la période hivernale. 

Suivez nos deux éditions spéciales jeudi 1ᵉʳ février à partir de 18h58 sur France 3 et en replay sur France.tv.

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