Braquage d'un fourgon en Suisse : une affaire rocambolesque jugée devant les Assises du Rhône

Trois hommes comparaissent depuis ce mercredi 29 mars devant les Assises de Lyon pour un braquage de fourgon en Suisse. L'affaire, qui remonte à 2018, avait été émaillée de rebondissements sur fond de kidnapping, rançon et règlement de compte.

Âgés de 30 à 48 ans, cinq hommes sont accusés d'avoir participé à des degrés divers à l'attaque d'un fourgon de transport de fonds en Suisse. L'affaire, digne d'un polar, remonte au 8 février 2018. L'attaque s'était soldée par un butin total de 25 millions de francs suisses. Seuls 2 millions ont été retrouvés peu de temps après le braquage.

Cinq ans après les faits, un procès doit se dérouler devant les Assises du Rhône, du 29 mars au 7 avril 2023. Cinq hommes sont renvoyés devant la justice. Un des accusés, un quadragénaire originaire de Vaulx-en-Velin et considéré comme le cerveau de l'affaire, était en cavale jusqu'à récemment. Arrêté en Tunisie, il pourrait faire l'objet d'une extradition. Seuls quatre hommes dont le convoyeur soupçonné d'avoir participé à l'organisation du guet-apens étaient appelés à se présenter devant la justice ce mercredi matin, trois des quatre accusés comparaissant libres.

A l'ouverture de l'audience, il a été décidé de disjoindre le dossier de l'un des accusés, Mektoub M., de l'affaire. L'état de santé de ce dernier, gravement malade et hospitalisé, ne lui permet pas de comparaître. Il sera jugé ultérieurement. Aujourd'hui, sur les 5 hommes renvoyés devant les Assises du Rhône, seuls trois figurent dans le box des accusés. Aucun des membres du commando qui s'est emparé du butin n'est présent ce mercredi devant les assises.

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Rocambolesque braquage en Suisse : le rappel des faits ©France tv

Kidnapping et rançon : une rocambolesque affaire

Le 8 février 2018, les braqueurs s'étaient fait remettre dans le canton de Vaud, un important butin en échange de la libération de la fille d'un des deux convoyeurs de fonds. Cette dernière avait été enlevée la veille à son domicile lyonnais du 6e arrondissement. Une équipe de malfaiteurs de la région lyonnaise est aussi soupçonnée d'avoir organisé sa séquestration. L'étudiante de 22 ans avait déclaré avoir été enlevée par un faux plombier et un homme cagoulé. Des hommes bien renseignés. La jeune femme a été ligotée, embarquée dans un conteneur à poubelle puis conduite en pleine nature dans une camionnette.

Selon l'étudiante, ses ravisseurs lui avaient demandé de joindre son père sur son téléphone portable. Ce dernier, domicilié à Annemasse, travaillait pour une société suisse. Il était en train d'effectuer une tournée avec son collègue dans un fourgon blindé rempli d'argent. Le conducteur avait obéi à la demande des ravisseurs : le fourgon qui se dirigeait vers Lausanne, avait alors bifurqué pour se rendre sur un parking isolé de Chavornay, dans le canton de Vaud. 

Là, un trio cagoulés, gantés et munis d'armes de guerre attendait. Les braqueurs avaient ordonné aux deux convoyeurs de vider leur fourgon, déplomber les caisses et de leur remettre le contenu intégral du fourgon. Le butin a été chargé dans une grosse cylindrée. Les malfaiteurs étaient repartis avec plus de 25 millions de francs suisses. Quant à la jeune fille enlevée, elle avait finalement été recueillie le soir au bord d'une route dans l'Ain, à Tramoyes. La commune aindinoise se trouve à quelques kilomètres de l'autoroute A42. 

En juillet 2018, quelques mois après le braquage, une petite partie du butin avait été retrouvée. 

Convoyeur complice ?

Décrit dans l'ordonnance de mise en accusation du juge d'instruction comme "le principal organisateur de ce braquage", Mehdi A., 42 ans, est en cavale. Il a pris l'avion à destination de la Thaïlande quelques jours après les faits. Depuis 2018, il s'est volatilisé. 

Mehdi B, 31 ans, autre accusé poursuivi pour association de malfaiteurs en raison de ses échanges présumés avec les principaux protagonistes, a été mis en examen dans un autre dossier de vol de lingots d'or en janvier 2021. Ce mercredi 29 mars, il a clamé son innocence estimant faire l'objet d'une "dénonciation calomnieuse".

Parmi les accusés figure aussi Yusuf K., 31 ans, le convoyeur de fond suspecté d'avoir renseigné les malfaiteurs sur l'itinéraire du véhicule blindé. Ce qu'il a nié, y compris ce 29 mars, "j'attends depuis 4 ans d'être lavé de tout soupçon". Il était présent dans le fourgon le soir du braquage, aux côtés du conducteur. Il pourrait être "la pierre angulaire" de ce braquage. Il aurait notamment transmis des informations sur la famille de son collègue, permettant ainsi l'enlèvement et la séquestration de l'étudiante. Les soupçons se sont orientés sur lui lorsqu'il a avoué aux policiers français avoir caché un carton contenant 605.000 francs suisses. Une récompense pour "préjudice" selon le convoyeur. Il a été mis en examen pour complicité de vol en bande organisée avec arme. 

Une malle enterrée

Quatre mois après le braquage, à la suite d'un appel anonyme, les enquêteurs avaient retrouvé une partie du butin dans une malle enterrée dans un garage situé à Trévoux, dans le département de l'Ain. Pascal G., le propriétaire du garage, renvoyé aux assises, affirme que son rôle s'est limité à fournir une cache à la demande d'un ami. Ce père de famille a reconnu lors de ce premier jour d'audience avoir accepté de rendre service à un ami d'enfance. "C'est la seule erreur de mon parcours et je suis là pour l'assumer" a t-il déclaré devant la cour.

Cette découverte a permis de prélever des traces ADN sur des outils et les sachets de billets renfermant au total 2,5 millions de francs suisses. Plusieurs individus originaires de la banlieue lyonnaise ont ainsi été identifiés par les enquêteurs. Notamment, Mektoub M. qui doit répondre de vol en bande organisé pour sa participation présumée à l'attaque du fourgon et pour vol avec ruse.

"Repérages minutieux"

Pour le juge d'instruction, l'affaire s'inscrit dans les épisodes les plus marquants du banditisme lyonnais. "Le déroulé des faits lors de l'attaque du fourgon révèle une organisation millimétrée et pensée dans le détail, avec une coordination des différentes équipes nécessitant des repérages minutieux durant de longs mois aussi bien en France qu'en Suisse".

Menée côté français par l'office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) et la direction inter-régionale de police judiciaire de Lyon (DIPJ), l'enquête a connu un volet suisse conséquent, révélant les contacts des malfaiteurs lyonnais, par l'intermédiaire d'un loueur de voitures de luxe à Genève.
Selon ces investigations, évoquées dans le dossier de Lyon, certains protagonistes de l'équipe auraient planifié une précédente attaque, à Daillens, en Suisse, en janvier 2017, dans des circonstances similaires, avec le même convoyeur soupçonné de complicité.

Renseignements précis, armement lourd, préparatifs, itinéraires de replis, interception de fourgon: ce mode opératoire a été utilisé dans huit braquages de fourgons en Suisse au cours des sept dernières années.

Règlements de comptes

"Cette affaire n'a pas livré tous ses secrets et des zones d'ombre demeurent", relève le juge d'instruction dans son ordonnance de renvoi aux Assises, soulignant que ce braquage au butin très élevé a "manifestement provoqué, sitôt commis, de très fortes tensions des milieux criminels lyonnais et genevois"

Le butin a suscité des convoitises. Un sixième accusé aurait dû comparaître, mais il a été assassiné en avril 2021. Deux autres règlements de compte perpétrés dans la région lyonnaise, fatals aux frères d'un accusé, sont directement liés à cette affaire, estime la police judiciaire. La plus importante partie de la somme dérobée n'a pas été retrouvée : près de 22 millions de francs suisses.

Les peines encourues aujourd'hui par les accusés s'échelonnent de dix ans de réclusion à la perpétuité. 

Avec AFP et V. Benais

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