Ce qu'il faut savoir sur la vidéo protection en Auvergne-Rhône-Alpes

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Écrit par Théo Touchais .

Régulièrement, le débat autour de la vidéo protection revient sur la table. Dernier fait en date : les policiers visés par des tirs dans le quartier de La Duchère (Lyon 9e). Alors faut-il davantage équiper les communes de caméras de surveillance ? Est-ce un dispositif efficace ? Décryptage.

Lundi 25 octobre, des policiers de la BAC essuient des coups de feu dans le quartier de la Duchère (Lyon 9e). Les réactions politiques sont immédiates, jusqu’à celle du ministre de l’Intérieur. Au lendemain des tirs, Gérald Darmanin tacle Grégory Doucet en critiquant le manque de caméras de surveillance. Le ministre exhorte le maire de Lyon à "sortir de l’idéologie et d’aider les policiers en mettant des caméras de vidéo protection".

Le principal concerné réplique : "60 caméras sur le quartier de la Duchère, ça suffit pour couvrir l’ensemble du territoire. Il n’a pas les bonnes infos le ministre. Avant de communiquer dans la presse, il aurait mieux fallu qu’il demande des renseignements au maire ou à ses services, nous lui aurions fourni." 

Le débat autour de la vidéo protection, loin d’être nouveau, est ravivé à la moindre recrudescence de faits de délinquance. Des interrogations font régulièrement irruption. Comment notre région est-elle équipée en matière de vidéo protection ? Comment les dispositifs sont-ils encadrés ? Qui peut avoir accès aux enregistrements ? La vidéo protection est-elle efficace ? Décryptage.

En Auvergne-Rhône-Alpes, de grandes disparités d’équipements

Qui est «Big Brother», la ville la plus vidéo surveillée de la région ? Annecy remporte le titre avec 273 caméras. La commune dispose d’une caméra pour 470 habitants. Un chiffre très important qui classe Annecy à la 4e place des villes les plus vidéo surveillées en France, selon un classement établi par la Gazette des communes. Dans ce même classement, on retrouve Saint-Etienne à la 10e position. La ville compte 271 caméras, une pour 638 Stéphanois. La commune est d’ailleurs pionnière en termes de vidéo verbalisation. Dès 2013, les caméras pouvaient identifier et verbaliser les conducteurs de véhicules mal garés

Concernant Lyon, le maire Grégory Doucet l’a déclaré fin octobre : la ville compte 571 caméras, soit une caméra pour 886 habitants. L’ancien maire de Lyon, Raymond Barre, est à l’origine des premières caméras à la fin des années 1990. La Duchère était d’ailleurs le premier quartier à expérimenter ces technologies. Les autres villes de la région sont largement moins équipées. En 2019, Clermont-Ferrand était équipée de 80 caméras (une caméra pour 3 406 habitants). Grenoble, elle, disposait de 70 caméras, soit une pour 6 444 habitants. Des chiffres très disparates comparés à Saint-Etienne et Lyon.

Pour Guillaume Gormand, chercheur en administration publique à l’Université de Grenoble, cette disparité s’explique "principalement pour des raisons de moyens. Les grandes villes ont commencé à s’équiper de caméras à partir des années 2000 suite à la légalisation en 1995. À partir des années 2010, les petites communes ont suivi avec quelques caméras à l’entrée des villes."

La vidéo protection, une procédure très encadrée

Pour installer une caméra sur la voie publique, l’autorité doit disposer d’un motif valable. Ceux-ci sont divers et variés : la surveillance d’une voie publique peut tout autant être autorisé pour prévenir d’actes de terrorisme que pour identifier les personnes qui abandonnent leurs déchets.

Un certain cadre, défini par la Cnil, doit être respecté. Le principe de vie privée est primordial : interdiction de filmer l’intérieur des immeubles d’habitation, ni même leurs entrées. La protection des données doit aussi être assurée : les enregistrements doivent être conservés dans un lieu sûr et ce pour une durée maximum d’un mois (sauf procédure judiciaire en cours).

Des affiches et des pictogrammes doivent également avertir les personnes filmées de la présence de caméras. Sur ces affiches, les coordonnées du responsable du système de vidéo protection sont indiquées. Cela pour permettre aux intéressés de faire une demande accès aux enregistrements. Cet accès est un droit qui ne peut être refusé, sauf dans quelques cas exceptionnels. Par exemple, lorsque la sûreté de l’Etat est engagée, lorsqu’une instruction judiciaire est en cours ou pour protéger le secret de la vie privée d'autres personnes.

Un dispositif efficace ?

"Lorsque la vidéosurveillance est légalisée en 1995, son objectif est de dissuader les infractions, rappelle Guillaume Gormand, auteur d’une thèse sur l’efficacité de la vidéosurveillance. Mes recherches ont conclu que la vidéosurveillance ne parvient pas à dissuader sur les espaces publics."

La vidéo protection n’est donc pas un outil dissuasif. En revanche, il peut se révéler utile dans d’autres situations. "L’efficacité la plus importante, c’est l’aide à l’intervention des forces de l’ordre. Lorsqu’il y a une bonne exploitation par les opérateurs, on arrive à accompagner des interventions de façon efficace et organisée." Mais Guillaume Gormand le rappelle : "la vidéosurveillance est considérée comme plus efficiente à partir du moment où elle est exploitée en direct. C’est-à-dire quand des agents sont présents pour visualiser les caméras."

Un outil qui coûte très cher

Une condition qui n’est pas toujours remplie selon le chercheur : "Souvent, on va avoir deux à quatre opérateurs pour piloter une centaine de caméras." Et pour cause, la vidéo protection coûte cher. "Exploiter des caméras de vidéosurveillance sept jours sur sept, 24/24h avec trois opérateurs, cela revient à un budget de fonctionnement annuel d’environ un million d’euros."

En revanche, la vidéo protection permet-elle de résoudre des crimes ? «Dans l’absolu, oui. Mais en réalité, le ratio d’enquêtes résolues grâce à la vidéosurveillance est très faible. On n’est pas dans Les Experts ou dans NCIS, l’exploitation vidéo est extrêmement chronophage».

 

Vidéoprotection, à ne pas confondre avec vidéosurveillance

 

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a établi une distinction entre les deux termes en 2011. Lorsque les caméras sont installées par les autorités publiques pour surveiller des lieux publics, c’est de la vidéoprotection. A contrario, lorsque les caméras contrôlent des lieux privés, on parle de vidéosurveillance.

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