Coronavirus: "Après la crise, on attend des actes et une véritable reconnaissance!" Nathalie, aide-soignante à Lyon

Nathalie est aide-soignante dans l'ouest lyonnais. En septembre 2019, cette professionnelle chevronnée a entamé une reconversion pour devenir infirmière. Avec la crise du Coronavirus, elle a été rappelée dans son établissement de soins. Elle nous dévoile ses souhaits pour l'après-crise.

La profession d'aide-soignante mise en valeur par la crise sanitaire Coronavirus... "des petits mains, maillons essentiels entre le patient et l'infirmière"
La profession d'aide-soignante mise en valeur par la crise sanitaire Coronavirus... "des petits mains, maillons essentiels entre le patient et l'infirmière" © MAXPPP
Nathalie N. est maman de trois enfants. Elle est aussi aide-soignante depuis 12 ans. Comme de nombreux professionnels "masqués", elle se retrouve aujourd'hui en première ligne dans la lutte contre le Coronavirus. Alors qu'elle a entamé une reconversion professionnelle pour devenir infirmière, Nathalie a été rappelée par l'établissement de soins dans lequel elle travaille, une clinique de l'ouest Lyonnais.

Son établissement, dédié à la rééducation, est mobilisé et a mis en place une unité Covid 19 d'une trentaine de lits. Il reçoit des patients en rééducation physique ou cardiaque, victimes de séquelles ou de traumatismes, qui ont également été infectés par le coronavirus... Des patients qui nécessitent aujourd'hui un protocole particulier pour les soins. Beaucoup d'investissement aussi car certains n'ont pas vu leur famille ou leurs proches depuis plusieurs semaines, notamment en raison du confinement.  Aujourd'hui, malgré le virus et les risques de contamination, Nathalie explique qu'elle "ne pense pas à la mort."

On va au travail avec un esprit combatif. Bien sûr, on culpabilise de mettre en danger nos proches mais on a un savoir-faire et on n'a pas le choix. Personne ne va faire notre travail à notre place."

Son engagement sans faille, elle en parle sans détour mais aussi avec de l'amertume : "quand les gens sont confrontés à la maladie, ils se rendent compte des problèmes que rencontrent les soignants, du manque de moyens, du manque de considération mais aussi de leur investissement personnel dans ce travail," explique-t-elle, presque fataliste. "Il a fallu une crise de cette ampleur pour que certains se rendent compte que l'on manque de personnels dans les hôpitaux, que les équipes fonctionnent à minima et travaillent au ras des pâquerettes," poursuit-elle agacée.

 

Aide-soignante : une profession peu considérée et révélée par la crise sanitaire 


Sur sa profession, elle explique :"c'est un maillon essentiel de la chaîne au service des gens" mais le métier souffre d'un cruel manque de reconnaissance. Et la crise sanitaire qui frappe aujourd'hui le pays n'a fait que révéler un peu plus les problèmes des soignants. A commencer par un manque criant de reconnaissance. "Le plus reconnaissant, au final, c'est le patient, et c'est pour ça qu'on tient !"

Nathalie aime son métier mais avoue avoir envie d'évoluer professionnellement. Le métier d'aide-soignante est très varié mais particulièrement difficile physiquement, peu considéré et peu rémunéré, explique cette professionnelle. "L'aide-soignante est pourtant un maillon essentiel, un relais entre le patient et l'infirmière". Et d'ajouter :

"on travaille beaucoup, on est les petites mains. Certes, nous n'avons pas autant de responsabilités qu'une infirmière ou un médecin mais on est en première ligne avec les patients. On gère de l'humain et il faut vraiment la vocation !" 

Car l'aide-soignante accompagne le patient, souvent dépendant, dans tous les actes essentiels du quotidien: hygiène, toilettes, prise des médicaments, aide au repas. La liste est longue du lever au coucher. Elle est présente quand "le moindre geste du quotidien devient insurmontable," résume-t-elle. "C'est très lourd !" ajoute-t-elle en guise de conclusion sur ce point. 
 

La crise sanitaire a renforcé les liens entre soignants ... 


Comme de nombreuses professions dévalorisées, celle-ci est aujourd'hui occupée à 80% par des femmes. Et avec des horaires compliqués, le métier est de plus en plus vécu comme menant à une impasse avec peu de perspectives d'évolution. Conséquence: il attire de moins en moins de volontaires. C'est aussi l'une des craintes de Nathalie: quelle relève pour demain ?

Le point positif constaté par l'aide-soignante: le travail en équipe. "Aujourd'hui, tout le monde met la main à la pâte. Le soir, à la sortie, on se congratule." La crise sanitaire a visiblement renforcé les liens dans son établissement. "Il ne faut pas oublier non plus le personnel d'entretien et le personnel en cuisine." La crise sanitaire semble aujourd'hui avoir fait tomber des barrières. Mais qu'en sera-t-il demain ? Nathalie ne croit pas que les choses vont se maintenir...
 

Qu'espère cette soignante pour l'après-crise ? 


Parmi les points positifs que l'aide-soignante aimerait cependant voir pérenniser: un dispositif de garde pour les enfants des soignants. Une véritable aide matérielle pour ces personnels qui travaillent souvent en horaires décalés et qui peinent à trouver des solutions de garde. 

"Les applaudissements aux fenêtres le soir à 20 heures, ça fait du bien mais j'aimerais qu'on nous remette au coeur de la vie après la pandémie, qu'on nous revalorise !" 
L'aide-soignante réclame des mesures concrètes, et notamment financières. " Après la crise, on attend des actes et une véritable reconnaissance, pas des annonces ! Pour une profession comme la nôtre, j'attends de voir ce que vont proposer le Président Macron et le gouvernement à l'issue de cette crise, mais j'ai peu d'espoirs," avoue Nathalie. "Mais pour l'heure, on veut éviter que des gens meurent !"

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société solidarité
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter