Coronavirus Covid 19 : que devient Jérémy victime d'une violente agression à Lyon en décembre?

Jeremy, victime d'une violente agression le 18 décembre 2019. / © DR
Jeremy, victime d'une violente agression le 18 décembre 2019. / © DR

La vie de Jeremy a basculé en décembre. L'étudiant de 21 ans a été victime d'une violente agression à Lyon. Sorti du coma fin janvier, il est toujours hospitalisé à l'hôpital Neurologique de Bron. Pour cause de confinement coronavirus, Jérémy aujourd'hui privé de contacts physiques avec ses proches.

Par Dolores Mazzola


Plus de trois mois après la violente agression dont il a été victime, Jérémy se bat pour retrouver des forces et ses capacités. Après sa sortie du coma fin janvier, il était entré en service de réadaptation le 10 février dernier; un service qui dispose de 15 lits. Après un nouveau passage par la case neurochirurgie, il est enfin revenu au service de réadaptation (SRPR). Les équipes des deux services collaborent pour améliorer son état mais les progrès du jeune homme va de prendre de longs mois.

Jérémy a subi une trachéotomie mais il respire seul. Il est "actuellement toujours au lit, il n'a que l'usage de sa tête, de la main droite et de la jambe droite," explique son père Laurent M. qui suit de manière permanente l'évolution de la santé de son fils. "Il vient de passer onze jours alité, mais l'équipe va tâcher de le remettre en fauteuil aujourd'hui."  La situation de confinement causée par la crise Coronavirus vient ajouter au calvaire du jeune étudiant aujourd'hui privé de contacts physiques avec ses proches. Des contacts essentiels pour les patients cérébro-lésés en rééducation. 
 

Un contact quotidien via SKYPE 


"Jérémy est seul à NeuroCardio depuis onze jours. Mais nous pouvons le joindre pas Skype une fois par jour avec la complaisance de l'équipe du service pour maintenir des liens affectifs et le soutenir," explique le père du jeune homme. Un contact virtuel indispensable qui permet de maintenir le lien et encourager Jérémy à s'accrocher. 

La dernière fois que ses parents ont été en proximité physique avec lui c'était le dimanche précédent le confinement, soit le 15 mars. Avant le confinement, ils se rendaient tous les jours à ses côtés, faisaient la route depuis leur village du nord-Isère jusqu'à Lyon. Jérémy ne pouvait recevoir qu'une personne à la fois à son chevet.

Le mardi 17 mars, ils l'ont aperçu de loin une dernière fois, par la fenêtre, lors d'un dernier rendez-vous exceptionnel à l'hôpital avec l'équipe médicale. "Nous nous sommes montrés, on l'a vu et il nous a vu!" a expliqué le père de Jérémy avec émotion, conscient de l'importance des visites quotidiennes pour son fils. 

Malgré l'obligation de confinement, les parents de Jérémy sont en relation quotidienne avec leur fils, via Skype. "J'avais pressenti les choses et j'avais laissé une tablette configurée dans sa chambre," a expliqué Laurent M. "Les trois premiers jours (du confinement), on n'avait que le téléphone pour communiquer avec lui," indique son père. Finalement le contact a pu être établi via Skype grâce au personnel soignant.
 

On le contacte chaque jour entre 10 et 20 minutes, en fonction de son état.
 

Jérémy ne parvient pas encore à parler mais il fait de nombreux efforts pour former des mots. "On continue aussi à appeler l'hôpital chaque jour pour prendre de ses nouvelles et un soignant lui passe le téléphone pour qu'il puisse nous entendre," ajoute le père du jeune homme, très ému. "Je lui ai parlé ce matin." 

Concernant le confinement et la distance avec son fils, le père de Jérémy s'est fait une raison : "Ne pas aller le voir crée de la frustration mais on risquerait d'apporter le virus dans le service". Il ne cache pas sa crainte si le coronavirus infectait l'hôpital. Mais malgré le long chemin qui reste à accomplir vers la récupération et malgré la distance avec son fils, Laurent M. ne veut pas baisser les bras :

 J'essaie de rester positif, j'avance et je me dois de tenir le cap !

 

Pour aider financièrement Jérémy et ses proches


Une cagnotte intitulée "Soutien à Jeremy et sa famille" accessible sur la plateforme Leetchi est toujours en ligne. Lancée par Clément Arnau, un ami d'enfance de Jérémy, elle est en ligne depuis janvier et a permis de récolter près de 15 000 euros. Sur la plateforme, les messages de soutiens au jeune étudiant et sa famille sont nombreux. 
 
 

3 Questions à ... Audrey Sauvajon, Présidente de l'association "La Tête Haute - Je soutiens Marin"

Le drame que connaît Jérémy n’est pas sans évoquer celui de Marin, jeune étudiant Lyonnais sauvagement agressé en 2016. Victime d’un grave traumatisme crânien, il en conserve de lourdes séquelles. Les parents de Jérémy sont en contact avec Audrey Sauvajon, la mère de Marin et Présidente de l’association "La Tête Haute -Je soutiens Marin". Cette association, elle l’a fondée pour venir en aide aux personnes victimes d’un traumatisme cranio-cérébral ainsi qu’à leurs proches et soutenir la recherche médicale sur le cerveau.  

On lui a posé trois questions sur les conséquences de ce confinement sur les patients, leurs familles et le fonctionnement de l'association.
 

  • Quelles conséquences pour les patients cérébro-lésés, hospitalisés mais privés de contact physiques avec leurs proches en raison du confinement?

Le stress est l’ennemi numéro un du cerveau lésé. Traumatisme ou un accident vasculaire cérébral, c’est le même problème pour toutes les lésions cérébrales. Pour le patient, le fait d’avoir des personnes autour de soi est capital. Les aidants ont un rôle très important. La période de confinement, avec des familles qui ne peuvent se rendre à l’hôpital rend la situation très compliquée. Mais il est important de maintenir le lien avec le proche hospitalisé, via la vidéo ou le téléphone.
 

  • Quel conseil aux personnes qui ne peuvent se rendre à l’hôpital -en raison du confinement- pour assister leur proche victime d’un traumatisme cérébral ?

C’est un moment difficile mais il faut préparer l’après, se projeter et aussi mettre à profit ce temps pour "se retaper". Avec un proche hospitalisé, victime d’un traumatisme cérébral, on ne pense pas à soi, on est en mode survie. Aujourd’hui le confinement sanitaire vient compliquer les choses mais il faut essayer de prendre du temps pour se reposer durant cette période car on a vécu un véritable choc. C'est le cas des parents de Jérémy qui ont vécu des choses fortes, extrêmement brutales, sur un temps très court.
Ces familles ne doivent pas culpabiliser non plus. Car c’est un marathon qui les attend ! Durant le confinement, il va leur falloir "recharger les batteries".
 

  • Comment travaille aujourd’hui l’association dont vous êtes Présidente malgré le confinement ?

Les activités de l'association sont ralenties à cause du confinement et de la crise sanitaire Coronavirus. Mais on maintient une présence téléphonique auprès des familles qui nous contactent pour avoir de l’aide et pour obtenir des informations. Pour les aidants, la charge est plus lourde, notamment lorsque les programmes de rééducation en accueil de jour sont suspendus. Ils doivent prendre le relais et on n’est pas dans le cadre médical. Enfin, pour l’heure, la distribution des coffrets « Cap » (Coffret d’Aide aux Patients cérébro-lésés ) a été suspendue. Déjà 200 coffrets ont été distribués à des familles, mais aussi dans toutes les réanimations lyonnaises. Et par ailleurs, 300 coffrets ont été mis en production. La demande est énorme.  
L'association aujourd'hui ne relâche pas ses efforts pour trouver des soutiens et poursuivre son engagement auprès des familles. 

 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus