Coronavirus Covid19 Portrait d'une animatrice radio, confinée dans son studio à Lyon, que je redécouvre vingt ans après

Manylam Mao, animatrice des matinales sur la radio Lyon 1ère, est confinée volontairement , seule, depuis le 24 mars dans son studio
Manylam Mao, animatrice des matinales sur la radio Lyon 1ère, est confinée volontairement , seule, depuis le 24 mars dans son studio

Hasards de la vie et effet inattendu du confinement... L'histoire de Manylam, une animatrice de radio confinée en permanence dans son studio à Lyon, que l'on me charge de raconter, me réserve une belle surprise. Je découvre, pendant l'entretien, que l'on a débuté ensemble, vingt ans plus tôt. Récit

Par Yannick Kusy

« Lyon 1ère, bonjour… »
La voix qui me répond au téléphone est douce et posée. Aucun doute, mon interlocutrice est une pro. En fait, Manylam Mao répond directement elle-même au standard, lorsque l’on appelle la station de radio lyonnaise.
Et pour cause : elle y est seule. 

Ca tombe bien, c’est avec elle que je souhaitais échanger. Depuis plusieurs jours, Manylam fait en effet parler d’elle, et pas seulement sur les ondes de cette radio, où elle officie en tant qu’animatrice de la tranche matinale, de 7h à 10h du matin. Plus précisément, sa vie a radicalement changé depuis le mardi 17 mars, au lendemain du confinement sanitaire imposé par le gouvernement.

Les auditeurs l’ignorent généralement… mais la recommandation « Restez chez vous » n’est pas un réel problème pour les voix que vous entendez sur certaines de vos radios préférées. La plupart, depuis des années, vous parlent quotidiennement depuis un lieu excentré, et pas forcément en studio, comme au bon vieux temps des radios locales. Pour des raisons pratiques et économiques, nombreux sont en effet les animateurs ou animatrices qui préenregistrent leurs interventions, qui sont ensuite réinsérées -comme du direct- dans un programme, grâce à un logiciel. Nos oreilles n’y voient que du feu… D’autres, mieux équipés, animent aussi leurs émissions en direct, depuis leur propre domicile. Le confinement n’a donc pas totalement bouleversé leur quotidien de ce point de vue.
 
Pour Manylam, c’est exactement… le contraire. Depuis le début de ce confinement, si tous ses collègues animateurs travaillent logiquement à distance, elle s’est a contrario installée intégralement… dans les studios. 24 heures sur 24. C’est cette idée originale que j’ai voulu vous raconter mais, lorsque j'ai tenté de dresser son portrait, une surprise m’attendait…
Revenons aux prémices de cette affaire. Manylam Mao est une passionnée de radio. Se présentant « d’origine asiatique et alsacienne », elle explique qu’elle a toujours été bercée par les voix des animateurs qui officiaient, à Strasbourg où elle a grandit, sur les ondes des radios locales qu’elle écoutait sans arrêt. Elle s’enregistrait, enfant, sur un magnétophone, pour les imiter. C’est la profession à laquelle elle se destinait. Au point, un jour, d’entrer dans le métier. Par une petite porte d’abord. Elle devient stagiaire pour la station régionale d’un grand groupe radiophonique basé dans sa ville. Elle y côtoie toute une équipe, dont elle se souvient parfaitement. Je l’écoute me les décrire avec précision. C’était à la fin des années 90, et c’est comme si c’était hier… Des commerciaux, programmateurs, animateurs et un journaliste, dont elle a encore parfaitement en tête le visage. Elle me le décrit...
Et -hasard de la vie et effet imprévisible indirect du confinement- elle me parle... de moi! Incroyable coincidence. Il y a plus de vingt ans, j’étais en effet jeune journaliste radio dans cette ville, précisément dans cette station et j’y croisais sans doute cette stagiaire qu’aujourd’hui, sans le savoir, je contacte pour raconter son aventure. Effet secondaire du confinement, mon récit rebondit : cette histoire de passion que je veux vous raconter, c’est au final un peu également… la mienne.
 
Manylam Mao et Yannick Kusy se retrouvent au hasard d'une interview par téléphone, en plein confinement, plus de 20 ans après leurs débuts
Manylam Mao et Yannick Kusy se retrouvent au hasard d'une interview par téléphone, en plein confinement, plus de 20 ans après leurs débuts

Mais revenons à aujourd’hui. Pourquoi s’être installée à temps plein dans ce studio à Lyon 1ère? Tout simplement par choix personnel. Manylam m’explique avoir ressenti, « au fil de ses discussions avec ses colocataires, parmi lesquels un journaliste, et aussi fortement influencée par sa culture asiatique » dit-elle, que quelque chose d’exceptionnel allait se produire. Le week-end précédent, elle effectue donc un aller-retour en Alsace pour voir sa famille, puis elle revient travailler à Lyon le dimanche soir, dans une atmosphère « bizarre ». Lorsque le président Macron a pris la parole le lendemain à la télévision, mon ancienne stagiaire des années 90 a immédiatement perçu l’ampleur de ce qui attendait les français. « Les asiatiques ont cette culture. Dans les grandes métropoles, au Japon, ou en Chine, ils ont l’habitude de porter un masque pour se protéger de la pollution ou pour éviter de tomber malade. Plus je coimprenais ce qui était en train de se mettre en place, plus j’avais nettement l’impression que les français n’avaient pas vraiment réalisé la gravité des événements » Avec l’accord de sa direction, elle s’est alors installée sur son lieu de travail. Elle a tout prévu ou presque. « C’est confortable en fait. J’ai toute la nourriture nécessaire dans un petit frigo.. Mes collègues m’approvisionnent (avec toutes les précautions nécessaires) en m’apportant même des vêtements propres… Même si la station n’est pas équipée d’une douche. C’est mon seul regret dans cette aventure ».
 
« Je me souviens parfaitement de toi dans les années 90, et de ton exigence vis à vis de ta profession », me dit-elle avec beaucoup de gentillesse. La qualité des rapports humains est manifestement importante pour elle. « Même si j’avais pu faire mon émission depuis mon domicile, je n’aurais pu voulu. J’ai senti qu’il fallait que je reste ici, au contact des auditeurs. Je suis très heureuse dans cette radio, où règne une humanité que j’apprécie énormément. J’ai d’excellents rapports avec ma direction et mes confrères. On se sert les coudes, notamment avec Amaury, le journaliste qui me rejoint chaque matin. Même si on travaille chacun dans des pièces séparées, c’est très agréable. Au fond, la radio, c’est ce que j’ai toujours voulu faire… Et là, je le vis à fond ! »
 
Le quotidien peut parfois être long, mais Manylam s’est adaptée. « Le matin, quand je suis à l’antenne, le temps passe très vite. Au delà de toutes les chroniques que l’on entend dans une matinale, je donne la parole aux auditeurs, qui partagent leur quotidien. En fait, en vivant de ma passion, je me protège moi-aussi, confinée dans le studio » explique-t-elle. « Puis, le reste de la journée, je m’organise. Je peux faire un peu d’exercice, avec mon tapis de yoga. Je prends des bains de soleil sur le balcon. Evidemment, ici, j’écoute de la musique » Et elle ajoute une anecdote étonnante « Je vais te confier un petit secret. Après tout, on se connaît depuis longtemps, non ? Il m’est arrivé, un jour, de modifier la programmation musicale de la station pour y ajouter… mes morceaux préférés ! Mais ma direction a fini par s’en apercevoir, et j’ai du arrêter », précise-t-elle avec le sourire. « Et toi, le confinement, tu le vis comment ? » me demande-t-elle. Chassez le naturel, et l'animatrice revient au galop... On en parlera surement un jour, quand tout cela sera terminé et que l’on pourra, plus de vingt ans après, se revoir. Quelque chose me dit que l’on parlera aussi… de radio. 

 

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