Covid-19. Pour le virologue Bruno Lina : "attendre deux à trois ans pour qu'on dise que c'est un mauvais souvenir"

Le professeur Bruno Lina est un virologue lyonnais, membre du conseil scientifique. S'il reconnait être agréablement surpris par les annonces encourageantes autour des vaccins contre la Covid-19, il estime qu'il va falloir maintenant convaincre la population de l'intérêt de se faire vacciner.
Le professeur Bruno Lina est virologue au CHU de Lyon et membre du conseil scientifique.
Le professeur Bruno Lina est virologue au CHU de Lyon et membre du conseil scientifique. © PHILIPPE DESMAZES / AFP
Le professeur Bruno Lina est virologue et membre du conseil scientifique. Il était lundi matin (23 novembre) l'invité de l'émission "Ensemble c'est mieux" sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Il a répondu à Carinne Teyssandier et aux questions que le public se pose après l'enchainement d'annonces prometteuses sur la disponibilité et l'efficacité à court terme d'un vaccin contre le coronavirus Covid-19. 
 
A-t-on passé le pic de l’épidémie ?
En partie, oui. En fait, il faut bien comprendre que quand on parle de pic, on parle de plusieurs choses. Si on regarde le nombre de personnes qui s'infectent aujourd'hui, on est clairement sur un nombre qui baisse, c'est-à-dire que le taux d'infection est en train de diminuer ; ceci en France aussi bien qu’à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes. Toutefois, vous vous en rendez bien compte, on communique beaucoup autour de cela : il y a encore énormément de patients en réanimation. Il y aussi énormément de patients qui sont hospitalisés. Le pic des hospitalisations en réanimation et en hospitalisation conventionnelle vient juste d'être franchi, il faut être extrêmement vigilants parce qu'il y a encore beaucoup de monde en réanimation.
 
Quand pouvons-nous espérer qu’une campagne de vaccination pourra commencer en Europe ?
Alors, on a quelques bonnes nouvelles avec ces vaccins qui aujourd'hui donnent des taux d'efficacité qui semblent étonnamment bons, ce qui est une très bonne surprise. Quand je dis étonnamment, ce n’est pas que je sois surpris, c'est que je trouve que c'est une très bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle qui est portée par plusieurs vaccins. Les premiers vaccins pourront probablement être disponibles en Europe, je dirais au premier trimestre 2021. Un certain nombre de campagnes de vaccinations ciblées, limitées, pourraient commencer à ce moment-là. Il est probable qu’il faudra cibler sur le 2e trimestre ou le 3e trimestre de 2021 pour toute la population générale.

...on aura une balance bénéfices-risques qui doit peser de façon très lourde du côté du bénéfice et de l'objet qui est l’immunité collective...

Serons-nous forcés de nous faire vacciner ?
Très vraisemblablement pas. Vous savez qu'un certain nombre de positions ont été prises déjà par l'exécutif pour dire qu'il n'y aura pas d'obligation nationale. Il va falloir que l'on explique à quoi sert ce vaccin. Il va falloir que surtout les producteurs de vaccins nous fournissent des informations par rapport au fait qu'ils sont sûrs qu'ils ne présentent pas de risques. Donc on aura une balance bénéfices-risques qui doit peser de façon très lourde du côté du bénéfice et de l'objet qui est l’immunité collective, pour que tout le monde soit protégé grâce à ce vaccin.
 
Professeur, si les vaccins sont validés, sommes-nous sûrs qu'ils sont bons ?
On a énormément de structures qui permettent de contrôler et de vérifier que les données fournies par les producteurs de vaccins sont robustes. Cela nous permet, effectivement, d’avoir des garanties sur l'innocuité. Ce qu'on appelle l'innocuité est l'absence de dangerosité du vaccin, l'absence d'effets secondaires… Donc, ces dossiers ne sont pas faits encore. C’est très difficile de le dire, puisqu'il faut attendre la fin des essais vaccinaux. Il faut attendre un délai entre la fin des phases 3 et le moment on enregistre l'ensemble des effets secondaires. Donc, il nous faut un petit peu de temps encore, pour l'instant on n'a pas de mauvais signaux.
 
Si j'ai eu le covid sans le savoir, c'est-à-dire complètement asymptomatique. Ai-je des anticorps ? Comment le vérifier ? Et d'ailleurs est-ce qu'on va le vérifier avant de procéder à la vaccination ?
Ceci n'est pas décidé. Il faut bien voir que si on devait faire un test sérologique à 66 millions de français, cela serait très compliqué. Il est certain que les personnes qui sont immunisées du fait d'une infection documentée, eux, n'ont pas besoin d'être vaccinés sur le court terme. Il y a un certain nombre d’infections asymptomatiques. Mais, très fréquemment, dans ces infections asymptomatiques, la durée des anticorps ne persiste pas longtemps. Donc, il est probable que sur quelqu'un qui aurait une forme asymptomatique qui serait survenue en mars, si on lui faisait un test sérologique aujourd'hui, on ne trouverait pas d'anticorps. Alors, ce sont des personnes qui, effectivement, devraient rentrer dans le circuit de la vaccination, parce que s'ils n'ont pas d'anticorps, ils ne sont pas capables de se protéger contre une infection, et surtout de protéger les autres avec leur immunité.

Le vaccin n’injecte pas la maladie. Il injecte un élément du virus qui fait croire au système immunitaire qu'il est malade...

Les vaccins font peur à un certain nombre de personnes. On a eu beaucoup de réactions comme ça sur les réseaux sociaux et sur le site de France 3. Dans un vaccin on injecte la maladie à des doses très faibles, histoire d’entraîner finalement le corps au moment où il devrait lutter contre la maladie de façon réelle. Est-ce qu'on peut le voir comme ça pour essayer de rassurer la population sur ces vaccins ?
Oui absolument, en sachant que le vaccin n’injecte pas la maladie. Il injecte un élément du virus qui fait croire au système immunitaire qu'il est malade pour qu’il développe une réponse immunitaire. Effectivement, ça nous permet d'apprendre. C'est comme quand on apprend à lire : c'est en lisant qu'on apprend à lire. Et bien, c'est en étant exposé à ces antigènes que l'on apprend à notre système immunitaire à lutter de façon efficace contre ce virus. Si les vaccins sont utilisés, c'est parce que, a priori, ils n’induisent pas la maladie. Ils induisent juste la réponse immunitaire protectrice.
 
A partir de quel moment pourrons-nous dire que cette pandémie n'est plus qu'un mauvais souvenir ?
C'est une bonne question ! A priori, quand tout se sera terminé. Je pense qu'il va falloir attendre deux à trois ans pour qu'on dise que c'est un mauvais souvenir qu'on est en train d'oublier. Je ne suis pas en train de dire que le virus allait circuler encore deux ou trois ans. C'est simplement qu’on est aujourd'hui en plein milieu de cette deuxième vague épidémique qui est en train de se terminer. C’est une bonne nouvelle, j'espère qu'on va pouvoir passer des fêtes dans de bonnes conditions. Cela dépendra du comportement de tout le monde, bien évidemment. Il va falloir aussi qu'on essaye, dans la durée de contrer une reprise épidémique durant les premiers mois de l'année, et justement, qu'on s'appuie sur cette vaccination. Une fois qu'on aura cette fameuse immunité collective, c'est-à-dire qu’entre les infectés et les vaccinés on aura dépassé 65% de la population qui sera immunisé, à ce moment-là ça deviendra un mauvais souvenir.
 
durée de la vidéo: 06 min 40
Le Pr. Bruno Lina dans "Ensemble c'est mieux"
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