Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin fête ses 100 ans

Résistant, son destin bascule à Lyon en juillet 1942. Parachuté depuis Londres, Daniel Cordier rencontre pour la première fois Jean Moulin dans un bouchon lyonnais. Celui qui deviendra son secrétaire fête ses 100 ans, ce lundi 10 août. 
Daniel Cordier est devenu secrétaire personnel de Jean Moulin à 22 ans. Il servira cette figure de la Résistance pendant 11 mois à Lyon.
Daniel Cordier est devenu secrétaire personnel de Jean Moulin à 22 ans. Il servira cette figure de la Résistance pendant 11 mois à Lyon. © Alexandre MARCHI/MaxPPP
Une petite fête entre intimes dans son appartement de Cannes (Alpes-Martimes) pour célébrer ses 100 ans d'une vie multiple et exceptionnelle. Daniel Cordier, le résistant, secrétaire de Jean Moulin, devenu marchand d'art et historien est né à Bordeaux le 10 août 1920.


A 20 ans, il embarque pour Londres et rejoint le général de Gaulle 

Marqué par une enfance bercée par les souvenirs des combattants de 14-18, il n'accepte pas la défaite de 1940 et rejoint aussitôt le Général de Gaulle à Londres à 20 ans. Sur la base d'entraînement des Français, il est rompu aux techniques de la Résistance et est formé comme opérateur radio.  Résistant de la première heure, il expliquera avoir accompli son devoir : "c'est le sens du sacrifice de ces hommes, nous n'étions pas 3000 autour du général de Gaulle en juillet 1940 à Londres, il n'y avait personne."

A Lyon, il devient le secrétaire de Jean Moulin

Parachuté à Lyon, en zone libre le 25 juillet 1942, il rencontre Jean Moulin, alias Rex dans le restaurant "Le Garet" dans le centre de Lyon. Daniel Cordier avouera n'avoir connu l'identité du représentant personnel du Général de Gaulle qu'à la fin de la guerre. Lors d'une de ses dernières interviews à France 3 Rhone-Alpes, il se souvenait précisement cette rencontre : " Jean Moulin voulait voir ce qu'il se passait, qui allait rentrer, c'était un homme toujours sur le qui-vive". A l'issue du dîner, Jean Moulin engage Daniel Cordier comme secrétaire personnel. Se noue alors une complicité entre l'ancien préfet, radical-socialiste et le jeune résistant, issu d'une famille d'extrême droite, aux idées monarchistes. 

Un grand écart politique

Dans ses mémoires intitulés "Alias Caracalla", parus en 2009, Daniel Cordier, revient sur son passé et son évolution politique. Jeune homme avant la guerre, il milite à l'Action française et admire Charles Maurras. Il se décrit lui-même comme férocement antisémite. Au contact de celui qu'il continuera des années plus tard d appeler "le patron"et de son expérience de la guerre, il abandonne ces idées et évolue politiquement.

Après l'arrestation de Jean Moulin à Caluire (Rhône), en juin 1943 et sa mort sous la torture, Daniel Cordier rejoint l'Angleterre. La guerre finie, il entame une carrière de galeriste, le héros de le Libération nourrit une passion pour l'art initiée...par Jean Moulin.


 

Quand la guerre était finie, pour moi c'était fini mais petit à petit, l'Histoire m'a rattrapé"

Daniel Cordier

Pendant trente ans, le secrétaire personnel de Jean Moulin se tiendra à distance de son passé de résistant.
" Quand la guerre était finie, pour moi c'était fini. Mais petit à petit l'histoire m'a rattrapé, jamais je n'ai été à aucune cérémonie mais à mesure que mes camarades disparaissait, j'avais un devoir, c'était d'être présent en souvenir de mes camarades."
Lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon en 1964, Daniel Cordier ne sera d'ailleurs pas invité. Un évènement va libérer la parole et replonger Daniel Cordier dans son histoire . En 1977, Henri Frenay, ancien chef de la Résistance et fondateur du mouvement Combat insinue que Jean Moulin était un agent communiste. Pour défendre la mémoire de son mentor, Daniel Cordier se lance dans un travail d'historien. De ses recherches, aboutiront deux ouvrages de référence, des milliers de pages consacrées à Jean Moulin (Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon parus chez Lattès entre 1989 et 1993 puis en 1999, Jean Moulin, la République des Catacombes, paru chez Gallimard).

Sur les 1 038 compagnons de la Libération, Daniel Cordier est l'un des quatre derniers témoins. Le premier ministre Jean Castex a rendu hommage au résistant.

 
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