Elus agressés : en visite à Lyon, le président des Maires de France François Baroin demande plus de fermeté à l'Etat

Le président de l'Association des maires de France (AMF), François Baroin, a demandé ce jeudi 4 mars que l'Etat garantisse "l'ordre public" et que la justice apporte "des réponses adaptées" après les récentes menaces et violences ayant visé des élus de la métropole lyonnaise et de la Drôme. 

"Ce que nous attendons de l'Etat, c'est de garantir l'odre public, ce que nous attendons de la justice et des procureurs (...) c'est des réponses adaptées", a martelé François Baroin, président de l'association des maires de France, en visite à Lyon
"Ce que nous attendons de l'Etat, c'est de garantir l'odre public, ce que nous attendons de la justice et des procureurs (...) c'est des réponses adaptées", a martelé François Baroin, président de l'association des maires de France, en visite à Lyon © PHOTOPQR/EST ECLAIR/MAXPPP

"Attaquer un maire, c'est attaquer la République très directement", a déclaré François Baroin lors d'un point-presse à Lyon après une rencontre avec le procureur de la ville et plusieurs élus locaux. "Ce que nous attendons de l'Etat, c'est de garantir l'ordre public, ce que nous attendons de la justice et des procureurs (...) c'est des réponses adaptées", a martelé le maire de Troyes (Aube), qui a assuré aux élus de la métropole lyonnaise sa "pleine et entière solidarité" et les a appelés à porter systématiquement plainte.

"Une réponse adaptée, ce n'est pas un rappel à la loi quand il y a des menaces de mort. Une réponse adaptée, c'est celle qui sera vue par l'autorité judiciaire comme étant celle qui apportera le plus de paix sociale", a poursuivi M. Baroin, qui a évoqué les pistes de la "comparution immédiate", de "l'éloignement du territoire" ou de "l'interdiction de séjour" pour tout auteur de menaces et violences contre des élus. 

D'après nos informations, François Baroin a rencontré les maires de Grigny, Rillieux-la-Pape et Bron en petit comité avant de prendre la parole.  Ces élus lui ont demandé "d'encourager les élus à déposer plainte systématiquement et de communiquer sur ce problème" précise Jérémie Bréaud, maire de Bron. " Nous avons également réclamé une rponse judciaire extrêmement sévère, quelque soit l'étiquette politique de l'élu aggressé".

Message bien reçu par François Baroin : "Ce qui se passe ici se passe sous d'autres formes à d'autres périodes de manière différente un peu partout en France", a t-il ajouté, parlant "d'une dérive incontestable" du seul fait de "petites minorités" de gens.  "Je me déplacerai sur le territoire là où cela sera nécessaire(...). Et naturellement nous regarderons toutes les évolutions des réponses apportées par la justice", a-t-il conclu.

Jérémie Breaud, maire LR de Bron, ne change rien à ses habitudes

Parmi ces élus concernés, le maire LR de Bron, Jérémie Bréaud, qui a fait l'objet depuis le mois d'octobre de tags le menaçant de mort et plus récemment d'insultes, de menaces physiques et de jets de projectiles qui ont notamment dégradé son véhicule. Il avait alors commenté cette agression par ces mots : "Le sentiment de peur, je ne l'ai pas eu dans le feu de l'action hier, mais c'est une fois que vous rentrez chez vous le soir et le matin. J'avoue que mon équipe et moi, ça nous a un peu brassés."

Le maire (LR) de Bron, Jérémie Bréaud, avait dénoncé un groupe d'individus gênés dans leurs trafics d'être à l'origine du caillassage et des insultes subis la veille dans le quartier de Parilly le 24 février dernier
Le maire (LR) de Bron, Jérémie Bréaud, avait dénoncé un groupe d'individus gênés dans leurs trafics d'être à l'origine du caillassage et des insultes subis la veille dans le quartier de Parilly le 24 février dernier © Mairie de Bron

Pour rappel, les faits s'étaient déroulés mercredi 24 février en fin d'après-midi dans le quartier de Parilly à Bron : vitres brisées, carrosserie cabossée, rétroviseur arraché, le véhicule de la municipalité retrouvé en piteux état après un caillassage mené par un groupe d'une dizaine de personnes. Jérémy Bréaud, le maire (LR), était directement visé.

J'ai toujours ça dans le coin de la tête, mais, au contraire, cela me motive davantage. Cela n'enlève rien à ma détermination.

Jérémie Breaud

Quelques jours après cette attaque, le maire LR de Bron, confirme avoir déposé plainte au lendemain de l'agression, sans se faire trop d'illusion "Ca s'est passé dans un lieu sans caméras. Je doute que les auteurs soient identifiés" explique-t-il. Jérémie Breaud estime "être passé à autre chose. J'ai toujours ça dans le coin de la tête, mais, au contraire, cela me motive davantage. Cela n'enlève rien à ma détermination. D'un côté, il faut continuer à remettre de l'ordre là où il n'y en avait plus, et de l'autre, il faut surtout aussi, sur le volet préventif, mettre l'accent sur le dialogue avec les jeunes, en trouvant des solutions en matière d'emploi, d'insertion."

Le maire de Bron estime que rien n'a changé dans sa vie quotidienne. "Ce matin, de 9h30 à 11h, j'étais à Parilly. Comme chaque semaine, je suis dans les quartiers. Pendant environ 90 minutes, sans but précis, je m'y promène et cela me permet de me faire aborder par les gens, et cela me donne l'occasion de sentir la température... et puis surtout d'écouter. Qui mieux qu'un habitant de Parilly sait mieux de quoi le quartier a besoin ?"

Olivier Berzane, élu écologiste menacé de décapitation, estime que la réponse des pouvoirs publics a été proportionnée

La solidarité vis-à-vis d'élus agressés va clairement au-delà des partis, dans le monde politique. Olivier Berzane, maire écologiste du 8ème arrondissement de Lyon n'hésite pas : "Je ne peux pas cautionner deux secondes ce qui est arrivé à Jérémie Breaud à Bron ou à tous les autres maires qui se sont fait agressés dans le cadre l'exercice de leurs fonctions. C'est pas normal que l'on ne puisse pas, aujourd'hui, exercer un mandat sereinement sans risquer une agression parce que la mise en oeuvre d'une politique publique ou d'une action génère un désaccord ou une incompréhension. Personne ne peut accepter cela" explique l'élu lyonnais.

Les tags menaçants ont été inscrits sur la façade d'une école du 8° arrondissement de Lyon.
Les tags menaçants ont été inscrits sur la façade d'une école du 8° arrondissement de Lyon. © image tweeter

Le 3 novembre 2020, deux jeunes hommes de 18 et 19 ans ont été condamnés à deux ans de prison dont un avec sursis pour avoir tagué des menaces de décapitation à l'encontre du maire du 8e arrondissement de Lyon sur les murs d'une école. "Je pars du principe que ce qui m'est arrivé a été correctement pris en charge par les forces de police, qui ont immédiatement diligenté une enquête. Les gens ont été arrêtés dans un délai pertinent. Et je trouve que la réponse de la justice a été pleinement à la hauteur. La sanction a été suffisamment sévère, selon moi, pour que ces personnes puissent comprendre la gravité de leurs actes. Je pense aussi qu'il faut toujours que la sanction soit proportionnée et permette une réintégration dans la vie normale des auteurs de ces faits."

Sur le plan personnel, il estime être "passé à autre chose. C'est toujours un moment un peu difficile à vivre quand cela arrive, et je ne peux pas le cacher. Mais aujourd'hui cela ne me poursuit pas. Je ne crains pas du tout de me déplacer dans la rue et dans les quartiers." 

Des élus de plus en plus ciblés par des agressions en France

Mardi, Gérald Darmanin a annoncé avoir décidé d'accorder une protection policière au maire de Bron, et rappelé que le Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti avait pris une circulaire "demandant au parquet la comparution immédiate de toute personne qui s'en prend à des élus".
Cette annonce faisait suite également à une tribune, parue le 22 février dans le Figaro, de M. Bréaud mais aussi des maires de Grigny et de Rillieux-la-Pape (Rhône) ainsi que celui de Valence (Drôme), également menacés. "Ensemble, nous prenons désormais l'engagement de ne rien laisser passer et de porter systématiquement plainte contre ces sinistres individus, auteurs de ces menaces", avaient-ils écrit.

Selon l'Obervatoire AMF des agressions envers les élu(e)s, 233 maires ont été agressés en France de janvier à juillet 2020, contre 198 l'année précédente à la même époque.

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