Emploi : Julie et Louis, deux jeunes diplômés lyonnais à l'épreuve de la crise sanitaire

La crise sanitaire a fait voler en éclats les perspectives professionnelles des étudiants diplômés en 2020. Entre jobs alimentaires, omniprésence sur les réseaux et retour au foyer familial deux jeunes diplômés lyonnais témoignent.
Fraîchement diplômés, ils espéraient entrer sur le marché du travail après de longues années d’études. Bac+5 en poche, ils se rêvent chargée de communication ou pilote de ligne. Rêver : un attribut de la jeunesse qui, en cette fin d’année 2020,… rêve un peu moins ! En même temps que le virus a mis à terre tout un pan de l’économie, il a ébranlé les ambitions de milliers de jeunes promus. Deux vingtenaires  de cette «génération Covid» racontent leur quête d’emploi entre espoirs et désillusions.

Julie Brun-Berthet, diplômée d'un Master de management et communication


Julie, 23 ans, vit chez sa mère à Vourles, dans le Rhône. En septembre 2020, elle termine ses études en alternance et obtient un Master de management et communication. Un titre qui devait lui permettre de concrétiser un projet élaboré en début d’année : travailler dans la communication en Nouvelle-Zélande.

«En début d’année, je voulais partir en Nouvelle-Zélande pendant un an à partir de septembre. Le projet était d’obtenir un visa vacances-travail et trouver un emploi en communication là-bas. C’était mon objectif et voilà : les frontières ont été fermées. Le pays n’accepte plus aucun visiteur donc j’ai dû rester en France. J’avais commencé à chercher des entreprises et postuler à des offres. Quand les frontières ont été fermées, c’est tombé l’eau».

Julie revoit alors ses ambitions à la baisse et, cet été, avant même de terminer son cursus commence à chercher un emploi. Elle cible toujours un poste à l’étranger mais élargi ses investigations. Sans succès ! Aujourd’hui, confinée, elle s’astreint à une certaine discipline : à raison de quatre heures par jour, elle fait le tour des réseaux professionnels en ligne. Entre candidatures spontanées et offres d’entreprises, elle a déjà envoyé une centaine de CV.

« J’ai très peu de retours, moins d’une dizaine de réponses. Je cherche très large, à l’étranger et en France et il y a quand même quelques offres. J’ai des amis qui cherchent uniquement sur Lyon et là ça devient plus compliqué. Ce que je recherche c’est d’ouvrir ma carrière à l’international mais voilà avec la crise sanitaire c’est vrai que j’ai revu mes critères et si je reste en France parce que c’est plus simple, ça ne me dérange pas ». 

Quand le gouvernement décide de reconfiner les Français fin octobre, Julie constate une baisse significative des offres d’emplois : entre 30 et 40 % de moins. Elle demeure optimiste et reste en lien avec les étudiants de sa promo :

Dans ma classe, je pense qu’on est encore 80% à chercher un emploi. On essaie de se soutenir mutuellement. Je me dis que je vais trouver, que ça prendra forcément plus de temps que les autres années, mais je vais trouver… 

Julie Brun-Berthet

Julie croise les doigts et espère prochainement une réponse favorable du côté de Charleroi en Belgique. Une lueur d’espoir dans cette quête d’indépendance. Depuis le début de la crise, elle avait conservé son job étudiant, ouvreuse 18h par semaine dans un cinéma… Covid oblige, il est aujourd’hui fermé !
 

Louis Asselin, diplômé d'une licence de pilote professionnel


Louis, 21 ans, a un diplôme de pilote de ligne obtenu en juin 2020. En attendant des cieux plus cléments dans le secteur de l’aéronautique, il travaille comme surveillant dans un lycée de Lyon :

« J’ai trouvé ce travail en septembre. Pour le moment, je reste concentré sur un objectif : l’aviation. Mais c’est sûr, si la crise s’éternise, je ne vais pas faire surveillant pendant 10 ans, ça c’est certain. C’est compliqué sur le plan financier. Avec ce poste de surveillant, je tourne autour du SMIC. J’ai un appartement à Bron qui est un peu moins cher que Lyon… Même si mes parents m’ont aidé, j’ai fait un prêt de 50.000 euros pour intégrer une école et décrocher ce diplôme. Ce prêt je commence à le rembourser avec mon maigre salaire. »

Pour l’instant, le jeune homme alterne entre l’internat et l’externat et dès qu’il le peut, il se rend disponible pour des propriétaires d’avion privé. Il a réalisé moins d’une dizaine de vols rémunérés depuis sa sortie d’école. S'il veut avoir une chance d’intégrer une compagnie, il doit engranger des heures.
 

En sortie d’école, on n’a pas énormément d’heures de vol. Les rares compagnies qui proposent des offres d’emplois demandent 3000 heures de vol, j’en ai 500 ! Ils cherchent des personnes très expérimentées ce qui est normal aussi. C’est vrai qu’en temps de crise, c’est compliqué pour nous ; et là avec ce deuxième confinement, c’est difficile de voler.

Louis Asselin


Le virus a cloué au sol la plupart des avions et entravé ce rêve de gosse. Malgré un contexte peu favorable, Louis a envoyé près de 700 candidatures aux quatre coins du monde…700 !

« Les années précédentes, dans l’école que j’ai faite, on pouvait avoir une promesse d’embauche avant même de sortir de l’école chez Ryanair ou Easyjet. J’ai un peu d’espoir car je sens un frémissement du côté de l’Asie. J’ai l’impression que l’activité reprend du côté de la Chine».

Louis oscille aujourd’hui entre espoirs et désillusions. Faute de visibilité sur la reprise du trafic en Europe, il guette les compagnies asiatiques et postule dès qu'il à 5 minutes de répit à l’internat.

 
Les jeunes ingénieurs moins impactés ...
Entretien avec Jean-François Doray, délégué Alumni INSA Lyon. Il accompagne les élèves dans leurs recherches de stages et d’emplois. Si les ingénieurs ne sont pour lui pas les plus à plaindre, il faudra néanmoins que cette crise amène les entreprises et les formations à se réinventer.

>> Avez-vous beaucoup de retours de jeunes diplômés en difficulté ?

« Paradoxalement pas plus que ça ! A ce jour, on n’a pas beaucoup d’informations sur le taux de placement ou les difficultés réelles. Les ingénieurs vont mettre plus de temps à trouver. Avant la crise, il y avait une forte pénurie d’ingénieurs et on avait 12 à 13% des diplômés qui trouvaient un travail à l’étranger pour leur premier job.
Cet excès d’offre par rapport à la demande s’est réduit et certains auront plus de difficultés. Ils mettront plusieurs mois-là où avant les deux tiers trouvaient un emploi avant de sortir de l’école. Pratiquement la moitié était intégrée là où ils avaient fait leur stage de fin d’études. Là, ce sera moins favorable. Ils auront toujours l’opportunité de trouver des stages mais ces stages se transformeront moins en offre d’emploi qu’avant.»


>> Cette situation difficile pour les jeunes diplômés va-t-elle durer ?

« On le saura en janvier février. Les entreprises ne sont pas encore très confiantes dans le timing de la reprise économique. Je pense qu’en attendant cette visibilité, les investissements et les recrutements sont suspendus. Cette crise sera pour beaucoup d’entreprises l’occasion de se remettre en question. Il y a de gros chantiers en termes de transition numérique, de transition énergétique. Elles vont se remettre en question sur leurs chaînes de valeurs qui étaient devenues extrêmement mondialisées, complexes et peut-être pas suffisamment sécurisées. Les besoins en ingénieurs n’ont pas baissé, au contraire, on pourrait en former plus. C’est un mauvais moment à passer qui va durer un ou deux ans mais il n’y a pas de problème de placement pour les jeunes ingénieurs, ça c’est sûr »

>> Du coup, quels sont les profils de demandeurs d’emplois les plus à plaindre ?

« Les gens qui sont peu qualifiés. Je m’étonne des campagnes anti-Amazon alors qu’Amazon crée des dizaines de milliers d’emplois relativement peu qualifiés. On a quand même un gros problème sociologique : avec l’automatisation, l’intelligence artificielle et la robotisation, il est évident qu’il va y avoir de plus en plus de mal à engager des gens qui n’ont pas de qualification. Il y aura sans doute de l’intelligence artificielle qui va diminuer l’emploi dans certains secteurs. On voit par exemple beaucoup ce phénomène dans le secteur bancaire : des agences ferment à tour de bras.

Il faut absolument réorienter les jeunes vers des formations où il y a des besoins. Typiquement le secteur touristique c’est une vocation forte de la France et il emploie énormément de gens même si c’est un secteur qui va mettre du temps à se redresser mais c’est un secteur fortement employeur et en pénurie. Je pense qu’il ne faut pas dramatiser mais secteur par secteur il va y avoir des perdants et des gagnants. Le problème, comme d'habitude, ce seront probablement les seniors qui seront poussés vers la sortie, les entreprises ayant besoin de jeunes pour accélérer l'innovation et les mutations technologiques »

 
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