Face au variant Delta, Bruno Lina du Conseil scientifique défend l'obligation pour les soignants de se faire vacciner

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Écrit par Aude Henry
Pour le professeur Bruno Lina (virologue et responsable du Centre national de référence sur les virus des infections respiratoires), il faut atteindre un niveau plus haut de vaccination. Pour l'immunité. Pour éviter que la circulation épidémique du variant Delta n'entraine une nouvelle tension hospitalière.
Pour le professeur Bruno Lina (virologue et responsable du Centre national de référence sur les virus des infections respiratoires), il faut atteindre un niveau plus haut de vaccination. Pour l'immunité. Pour éviter que la circulation épidémique du variant Delta n'entraine une nouvelle tension hospitalière. © Maxime Jegat/MaxPPP

Le professeur Bruno Lina, virologue à Lyon, était l'invité ce vendredi 9 juillet 2021 de France 3 Rhône-Alpes. Membre du Conseil scientifique, il explique pourquoi l'instance réclame une obligation vaccinale contre le Covid pour les soignants. L'enjeu ? Faire face au variant Delta.

Dans un avis d'une trentaine de pages, rendu public ce vendredi 9 juillet 2021, le Conseil scientifique s'est prononcé en faveur de l'obligation vaccinale anti-Covid des soignants. Le professeur Bruno Lina, virologue à Lyon, fait partie de l'instance nationale. Lui n'est pas pour rendre la vaccination obligatoire pour tous. Il estime en revanche que "des responsabilités individuelles doivent être prises, notamment par les soignants". 

Objectif : contrer la capacité de transmission du variant Delta

Le professeur Lina explique qu'avant de rendre son avis sur l'obligation vaccinale pour les soignants, le Conseil scientifique a fait toute une analyse de la situation concernant l'épidémie de Covid. Une situation actuellement marquée par la montée en puissance en France du variant Delta. "Il faut bien comprendre que l'on est de nouveau face à une situation où la circulation du virus présente un potentiel de transmission exceptionnel avec ce variant", explique le virologue lyonnais.

Le variant Delta, c'est un virus qui est très hautement transmissible. Et il est très hautement transmissible en particulier chez les personnes non-vaccinées.

Pr Bruno Lina, le 9 juillet 2021 sur le plateau de France 3 Rhône-Alpes

À titre personnel, le professeur Lina dit n'avoir jamais été "en faveur de l'obligation vaccinale pour tous". En revanche, il ne peut concevoir certaines situations. Exemple : des personnes fragiles non-vaccinées, prises en charge dans des établissements médico-sociaux, et qui vont être en contact avec du personnel soignant lui-même non-vacciné.

Il faut être suffisamment convaincant et il faut aussi qu'il y ait des responsabilités individuelles qui soient prises, notamment par les soignants. Qu'ils admettent qu'ils sont dans des situations particulières, dans un métier particulier au contact des fragiles, et là il faut qu'on ait des taux de vaccination très élevés.

Pr Bruno Lina, virologue et membre du Conseil scientifique

La 4ème vague quasi inévitable, l'enjeu c'est la tension hospitalière

Selon les derniers chiffres de l'Agence Régionale de Santé, le taux d'incidence en Auvergne-Rhône-Alpes est de 16.1 pour 100.000 habitants. Bien en-dessous de la moyenne nationale (24.6 pour 100.000 habitants). Mais parmi ces nouveaux cas, la progression du variant Delta est rapide. Entre le 2 et 5 juillet 2021, il est passé de 34% à 51% des tests réalisés. Vu sa capacité de transmission, autant dire que la 4ème vague semble inévitable. "Une quatrième circulation du virus" préfère évoquer le professeur Lina. 

Face à cette quatrième phase de circulation du virus, quel est l'enjeu pour les autorités sanitaires ? C'est l'impact hospitalier de l'épidémie. "Et cela dépend directement de la vaccination", explique le virologue, en prenant l'exemple de la grippe . "Tous les hivers, il y a une épidémie de grippe, qui est gérée par le système de santé", elle ne créé pas de tension hospitalière. 

L'épidémie de coronavirus, on ne peut pas la gérer comme cela. Sauf si on a une immunité et si on est suffisamment de vaccinés. Ce sera une épidémie avec impact hospitalier si on ne l'est pas assez. 

Pr Bruno Lina, le 9 juillet 2021

Convaincre de l'intérêt de la vaccination. C'est essentiel pour les autorités sanitaires qui se félicitent du taux de premières injections réalisé les plus jeunes, les 12-18 ans. "On a ouvert la campagne de vaccination aux plus jeunes il y a un mois à peine. Et on voit qu'aujourd'hui, par exemple dans le département du Rhône, on est entre 18 et 19% des jeunes qui ont reçu une première dose. C'est beaucoup !" Le professeur Lina se réjouit que les jeunes aient compris "l' intérêt individuel et collectif de la vaccination". C'est un bon signe, commente le virologue lyonnais. "Mais malheureusement avec le niveau de transmission du virus, ce n'est pas assez".

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