Grandeur et décadence : regards sur Bernard Preynat durant les 5 jours de son procès à Lyon

Bernard Preynat, l'ancien prêtre de la paroisse Saint-Luc, au tribunal correctionnel de Lyon, 13 janvier 2020 / © Alex Martin/EPA/Newscom/MaxPPP
Bernard Preynat, l'ancien prêtre de la paroisse Saint-Luc, au tribunal correctionnel de Lyon, 13 janvier 2020 / © Alex Martin/EPA/Newscom/MaxPPP

Le procès de Bernard Preynat, qui s'est déroulé à Lyon du 13 au 17 janvier, est qualifié d'hors norme. Les faits datent d'au moins 30 ans. Le nombre de victimes, inestimable. Le prévenu, un ex prêtre pédophile. Quelle attitude Bernard Preynat a-t-il adoptée durant l'audience ? Décryptage.

Par Aude Henry

Tous les jours, Bernard Preynat suit le même rituel. Il entre le matin, et sort le soir de la salle d'audience, toujours de la même manière. Encadré de policiers, le pas lent, cherchant parfois à protéger de la main son visage des photographes et reporters d'image, sans un mot pour les micros tendus.

A l'audience, Bernard Preynat ne bronche guère. Assis juste à la droite des victimes qui se présentent successivement à la barre, il garde le regard fixe, droit devant lui.

Après leur témoignage, il exprime des regrets, demande pardon. Une seule victime le lui accorde, Benoit Repoux. Les autres jugent les regrets, manquants de sincérité. Et les demandes de pardon exprimées de manière "mécanique" selon Me Sauvayre, avocat de S. Hoarau.
 
 

Contraste saisissant


Bernard Preynat s'exprime lorsqu'il est appelé à la barre. Répond aux questions de la présidente du tribunal, des avocats ou du procureur. S'excuse de sa voix un peu faible "parce qu'il a été malade, et souffre de problèmes cardiaques".
Il affiche en tous les cas une mémoire incroyable. Il donne des noms et des identités précises, rectifie parfois jusque dans les détails. Il se souvient "de deux doigts passés dans le ceinturon d’un autre scout", mais absolument pas d'Anthony Gourd, pourtant partie civile au procès.

Agé de bientôt 75 ans, Bernard Preynat renvoie une image bien lointaine de celle qu'il affichait à l'église et chez les scouts de la paroisse Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon : "un homme à la fois charismatique, autoritaire, surnommé petit Hitler. L'incarnation de Dieu insinuant la crainte et la culture du silence chez ses victimes. Un homme au gros ventre, portant une odeur de cigare, serrant très fort sur lui des enfants".

Le contraste est saisissant. Bernard Preynat ne fait plus peur à ses victimes, dont la parole se libère durant ce procès. Il fait presque pitié, inspire même de la compassion à Matthieu F., lorsque celui-ci voit l'ancien prêtre, cerné par la presse au premier jour du procès.
 

Un homme encore sur le chemin 

 
Décrit par les experts psychiatres comme une personnalité double, Bernard Preynat vit depuis des décennies dans le clivage. Prêtre et pédophile. Dans le déni de la souffrance de l'autre, et des ravages causés à la dizaine de parties civiles. Un prêtre se satisfaisant à l'époque d'aller se confesser, et d'obtenir l'absolution pour soulager sa conscience.
 

Bernard Preynat n'a pas voulu jouer la carte de la victimisation, selon Me Frédéric Doyez. Mais l'ancien prêtre a révélé à l'audience avoir lui-même été agressé sexuellement : "victime d’un moniteur, victime d'un sacristain, victime d'un prêtre alors qu'il était séminariste".

Ces révélations ont entraîné un large murmure dans la salle d'audience. Et très vite, interprétées comme étant opportunistes. Les parties civiles y ont vu comme "un effet de manche à l'audience", "une excuse".

Bernard Preynat, je ne vous aime pas (Me Y. Sauvayre)

Cette petite phrase de l'avocat de Stéphane Hoarau est venue conclure les plaidoiries des parties civiles. "Bernard  Preynat, je ne vous aime pas. Parce que vous avez enfreint les plus élémentaires précautions que l’on doit avoir pour le corps d’un enfant. Parce que le corps d'un enfant est un sanctuaire" a déclaré Me Sauvayre.
Durant la semaine, après avoir assisté aux débats, des anonymes du public nous ont avoué le dégoût que Bernard Preynat leur inspirait.

L'avocate générale a requis une peine minimale de 8 ans d'emprisonnement à son encontre. Assis dos au public, Bernard Preynat est, semble-t-il, resté totalement impassible. 
Appellé une dernière fois à la barre, Bernard Preynat a eu ces derniers mots pour sa défense : "Je suis venu devant le tribunal dans le but d’être loyal. Je n’ai pas menti... Ma demande de pardon est sincère et je la réitère sincèrement auprès des victimes. Mais mes excuses vont aussi à l’Eglise que j’ai salie".

Le jugement a été mis en délibéré au 16 mars 2020.
Et Bernard Preynat a quitté le tribunal comme les jours précédents : une pochette jaune sous le bras, chaudement couvert d'un manteau et d'une écharpe, casquette sur la tête. Imperturbable.

 



 

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