4e jour du procès Preynat à Lyon : “Grâce à Dieu, les faits ne sont pas prescrits” (avocate d'une partie civile)

Procès de Bernard Preynat : les parties civiles 15 janvier 2020 / © C.Busti
Procès de Bernard Preynat : les parties civiles 15 janvier 2020 / © C.Busti

Bernard Preynat, ancien prêtre de la paroisse Saint-Luc de Sainte-Foy-les-Lyon, est jugé depuis le début de la semaine pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts. Des faits vieux de près de 30 ans. Ce jeudi, après la fin de l'examen de sa personnalité, les plaidoiries ont débuté.

Par Dolores Mazzola

Bernard Preynat a quitté le tribunal sans un mot pour la presse vers 19H10
 


19H00 l'audience est suspendue. Elle reprendra vendredi matin à 9H30. 


18H30 : Me Morel représente B.Repoux et de l'association "Enfance et Partage" : "une porte s'est peut-être
entrouverte"

Me Morel évoque l’engagement de l’association Enfance et Partage, qu’elle représente. L’association a souhaité se constituer partie civile dans ce dossier.

Concernant son client Benoît Repoux, elle explique qu'il a mis du temps avant de se décider à porter plainte. « Je ne veux pas que ça me définisse entièrement, » a déclaré la victime. Il a d’ailleurs hésité à demander un huis clos partiel, confie son avocate. « Les faits le concernant « ont été étrangement contestés par M.Preynat ». Elle passe sous silence l’expertise psychologique de son client et rappelle qu’il « n’a pas accès à la paternité ». 
Cette partie civile n'est pas présente. "Il n'a attendu personne pour avancer, pour faire son chemin," explique Me Morel."Il est là plus pour la justice que pour lui-même." Elle précise à l'adresse de Bernard Preynat: "M.Repoux, il a même été jusqu'à vous accorder son pardon ... Mon client vous a accordé une part d’humanité avec son pardon!" déclare-t-elle.
 

Sur la demande de pardon de Bernard Preynat, Me Morel s'interroge: « pardon cosmétique ou sincère ? J’ai envie de croire à ce que disent les deux experts psychiatres, j’ai envie de croire qu’une porte s’est ouverte ou entrouverte avec ce procès. »

 

18H05 : l'avocat de l'association "Innocence en danger" à la barre

 

L'association "Innocence en danger" est l'une des parties civiles de ce procès. A la barre, Me Rozes entend parler au nom des victimes de faits prescrits, de personnes dont les faits sont irrecevables ou qui n'ont pas porté plainte. Me Rozes demande de déclarer recevable l’association. « Innocence en danger » demande en outre 2300 euros au titre des dommages, « ce qui représente une semaine de stage, de thérapie de résilience en Suisse. ». L’association demande aussi 1000 euros au titre de l’article 475-1.
 


17H45 : « Un procès hors norme » selon l’avocate de Stéphane Sylvestre

Pour Me Celerien, "nous sommes dans un procès hors norme parce qu’il touche des enfants âgés entre 8 et 10 ans; un procès hors norme par le nombre de victimes qui se croyaient toutes isolées; un procès hors norme car ces agressions sexuelles sont commises par un homme différent, par un prêtre". Elle poursuit : "ce n’est pas n’importe quel prêtre" mais "un excellent orateur ", "une personne qui hypnotise son public". "Preynat était un chasseur prédateur qui n'avait qu'à se servir !"
Elle évoque aussi le silence de l’Eglise, et un prêtre complètement protégé par sa hiérarchie. Un procès hors norme car "le prévenu n’a jamais nié"; un procès hors norme en raison aussi "de l’ancienneté des faits avec des abus de plus de 40 ans". Enfin un dossier hors norme "car on est dans le milieu du scoutisme" avec des parents dans "un climat de confiance envers l’Eglise".

L’avocate souligne que les réseaux sociaux et la médiatisation ont eu beaucoup d’importance. Stéphane Sylvestre n’a pas participé au procès du Cardinal Barbarin car il ne supportait pas cette médiatisation.

"Au moment des faits, on lui aurait donné le Bon Dieu sans confession a dit une paroissienne. Le Père Preynat, il a utilisé le Bon Dieu sans concessions" (Me Celerien)

Quel a été l’impact de ces agressions sur la vie de S.Sylvestre : "une inhibition sexuelle et une inhibition sociale", explique l’avocate. Elle rappelle au tribunal les propos forts de son client prononcés mercredi à la barre : « quand on est abusé, on  est un pantin dans un corps qui ne nous appartient plus ». Elle estime que les dommages doivent dépasser les 10 000 euros.

« A procès hors norme, demande de dommages et intérêts hors norme, » déclare Me Celerien.
 

17h05 : "Grâce à Dieu, les faits ne sont pas prescrits" (Me Bouchet)

Me Bouchet représente Jean-François G. qui est absent au procès. "Grâce à Dieu, les faits ne sont pas prescrits", l'avocate commence sa plaidoirie en faisant directement référence au film de François Ozon, inspiré de l'affaire Preynat et de l'affaire Barbarin"Il tient avant tout à remercier Alexandre Hezez et tous ceux qui l'ont suivi," déclare l'avocate. Saluant au passage l'association "La Parole Libérée. Cherchant François Devaux des yeux, "vous l'avez aidé à parler," explique-t-elle. 

Elle revient sur les silences de l'Eglise mais aussi sur les faits "minimisés" par Bernard Preynat... "Jean-François G., vous l’avez soumis à des gestes abjects, sans aucun consentement de sa part, " déclare l’avocate.  

"Si Alexandre Hezez ne s’était pas décidé à prendre la parole, où en serions-nous aujourd’hui ?" demande l’avocate à Bernard Preynat. Il ne la regarde pas.

"Quel drame que Rome ne vous ait pas mis hors d’état de nuire. On a préféré l’omerta au lieu de dénoncer le scandale… On n’a rien fait pour protéger les enfants,"  déclare-t-elle.

Evoquant l’éloignement du prêtre, "on vous a laissé enseigner le catéchisme", "à chaque fois, vous avez trahi la confiance des parents" … Me Bouchet interpelle encore Bernard Preynat, avec véhémence. 
Me Bouchet en s’adressant au tribunal : « la peine que vous allez prononcer participera de la guérison de Jean-François G. ». Pour conclure sa plaidoirie, à l’adresse des parents, l’avocate a lancé un appel : « parlez à vos enfants, parlez-leur de leur corps qui leur appartient, dites leur que leur corps est sacré … »


16h45 : la plaidoirie de Me E.Haziza
 

Bernard Preynat reste selon Me Emmanuelle Haziza, "un manipulateur". Elle pointe elle aussi, la mémoire sélective de Bernard Preynat.


"Me Preynat, vous n’avez pas encore libéré votre parole mais la messe n’est pas encore dite!"


"Pourquoi ne pas s’être maîtrisé avant 1991 ?" se demande l’avocate. "Vous avez anéanti mon client, anéanti sa vie d’enfant, sa vie d’adolescent, sa vie d’adulte," assène Me Haziza. L’homme " en sur-puissance " choisissait ses proies, son client en est certain. " C’est un prédateur sexuel !" déclare-t-elle sans détours. Revenant sur les agressions commises à l'encontre de Pierre-Emmanuel Germain-Thill, qu'elle surnomme "le zèbre", elle revient sur le nombre d’agressions : une cinquantaine. "Durant les quatre jours de procès, Bernard Preynat m’a donné froid dans le dos," s’exclame-t-elle . "Les préjudices pour son client sont nombreux… à commencer par des problèmes relationnels et des envies suicidaires."

"M.Preynat ne l’emportera pas au paradis, mon client espère une sanction lourde, " déclare l’avocate.



16h30 suspension de séance pour 15 minutes

16h00 - "Le rendez-vous manqué" d'Anthony Gourd (Me Cauzit)

Anthony Gourd a aujourd’hui 39 ans, scout à la fin des années 80, au sein du groupe Saint-Luc. Il a manifesté ne plus vouloir aller chez les scouts. Son avocate parle de souvenirs « refoulés » qui vont ressurgir en 2016. S’appuyant sur des études, elle indique que ce dernier a été victime d’une amnésie traumatique, « un mécanisme psychique de défense », « une réaction à un stress extrême », «un déni ». Son avocate revient sur ses graves problèmes de santé que le corps médical avait du mal à expliquer … Les souvenirs d’Anthony vont émerger notamment grâce à une thérapie et aux questionnements de tiers, selon l'avocate. 

Lors de l'examen des faits, au deuxième jour du procès, Bernard Preynat a indiqué ne pas se souvenir de cette partie civile. "On ne se prétend pas victime de Bernard Preynat ! M.Gourd, ce n'est pas un menteur !" déclare Me Cauzit. « On ne trouve aucun honneur à être à cette place, à être une victime, à retrouver son visage dans la presse,» insite l'avocate.

Il n’y a pas eu de confrontation durant l’enquête et l’instruction, rappelle son avocate. « Anthony Gourd attendait donc ce procès pour être confronté à Bernard Preynat, la seule chose qu’il obtient c’est un « je ne me souviens pas de vous ! ». A l’issue de la journée d’audience, elle rapporte qu' « il a été peiné et déçu de ce rendez-vous manqué ! ». C’est le seul aujourd’hui qui n’a ni enfant, ni compagne, ni travail, rappelle son avocate. A la barre, le jeune homme avait parlé de sa « vie pourrie ». Pour son avocate, sa reconstruction passe par "une reconnaissance de son statut de victime". 

15H15-"Une comptabilité morbide" des agressions selon Me Boudot, avocat de Matthieu F.

 

Pour l’avocat de Matthieu F,  « La déviance de Bernard Preynat est complètement assumée ». Me Boudot  évoque une « comptabilité morbide » du nombre d’agressions évoquées à l’audience. Son client a subi entre dix à vingt agressions, cinquante pour Pierre Emmanuel Germain-Thill. Me Boudot donne un chiffre  des abus de Bernard Preynat jusqu'en 1991 : entre 3000 et 4000 faits. « Un dossier d’agressions sexuelles à 1000 agressions sexuelles près, » ironise l’avocat. 

Il met par ailleurs en doute la sincérité des remords de Bernard Preynat. « Il était attiré par les jeunes garçons, il l’a dit mais nous, ça ne nous suffit pas, » déclare l’avocat. Il s’étonne aussi de la précision des souvenirs de l’ancien prêtre sur des détails des dossiers d’agressions mais pointe des défaillances sélectives de sa mémoire.

Un peu plus tard : « Qu’on ne nous parle pas de l’époque et des changements de société, » s’exclame Me Boudot. « On n’arrête de s’abriter derrière cette culture de l’époque ! » poursuit-il.  

Revenant à son client : Matthieu F. est un homme de 40 ans, un homme touchant, davantage dans le questionnement que dans les réponses, selon l’avocat. « C’est abominable !» aurait dit Matthieu F. à la vue de l’entrée dans la salle d'audience de Bernard Preynat. L'ancien prêtre était entouré d’un « essaim  de journalistes». Son client a eu une parole de compassion pour le septuagénaire. Selon son avocat, le jeune homme n’est pas venu chercher vengeance.

 "Mon client à lui seul incarne mieux les valeurs chrétiennes que Barbarin et Preynat réunis!"


Matthieu F. a perdu son père à l’âge de 4 ans, avec sa mère, il avait trouvé un refuge dans la religion, explique Me Boudot. " Bernard Preynat a fracassé tout cela!"

Les victimes de Bernard Preynat sont toutes différentes selon Me Boudot mais « ils sont encore unis dans une sorte de silence partagé ! ». « Ils se sont tous faits insultés sur les réseaux sociaux, » rajoute l’avocat.
Pour conclure Me Boudot laisse la parole à son client via la lecture d’un témoignage posté sur le site de l’association La Parole Libérée : « je me rends compte que je dois dépasser la honte, ce n’est pas moi qui doit me sentir coupable, mais cet homme… ». Matthieu F. n’a jamais avoué les faits à sa mère.

14H15 Me Debbache, avocate de F.Devaux, évoque "toute une famille qui va être ostracisée et impactée"

"Mon client est celui qui a le plus fait pour libérer la parole et c'est celui qui a été le plus accablé," explique l'avocate. François Devaux est au centre de cette histoire selon son avocate. « Vos parents vont être les premiers à parvenir à un résultat », explique-t-elle « après un combat de 10 mois, avec votre père qui a rencontré Bernard Preynat ». Les parents de F.Devaux vont également faire différentes démarches dont une lettre auprès de la hiérarchie du père Preynat, notamment le Cardinal Decourtray, rapporte l'avocate. 

Le prêtre est écarté. Mais les parents de F.Devaux avaient également peur d’un suicide du Père Preynat qui aurait fait peser sur les épaules de leur enfant une grande culpabilité.

L’avocate évoque également la colère des paroissiens après le départ du Père Preynat. « Cette famille qui devrait être admirée, on va dire que c’est par elle que le scandale est arrivé parce que les choses n’ont pas été dites, » précise-t-elle. La famille Burdet notamment va « s’insurger » de cette situation. Les faits ont été passés sous silence par le père Preynat mais aussi par sa hiérarchie selon l'avocate : « on entretient le flou sur cette situation et la colère des paroissiens à l’égard de cette famille. » « C’est toute cette famille qui va être ostracisée, » répète-t-elle. Un signe de l’emprise forte de Bernard Preynat d'après Mme Debbache.
Mme Debbache rappelle que François Devaux a été très protégé par sa famille.

« François Devaux n’est pas une victime, il n’a pas de préjudice, c’est ce qu’il dira pendant longtemps ! J’avoue qu’il y a eu des incompréhensions entre nous, » confie Mme Debbache.
L’avocate évoque le déni de son client et sa difficulté à affronter les faits. « Il était dans l’incapacité de verbaliser son préjudice, son traumatisme, » explique-t-elle.

La scolarité difficile de François Devaux à partir de 1991 est également évoquée. L’avocate revient également la tentative de suicide de son client en 1993, il est âgé de 14 ans et a tenté de s’étrangler.  

Elle évoque aussi son conflit avec l’autorité en règle générale. François Devaux est présenté comme « un rebelle en échec scolaire ».  L’avocate évoque des difficultés qui ont rejailli sur toute la famille, notamment sur la fratrie. "C'est toute une famille qui va être impactée par cette situation", résume Me Debbache.

« Une seule agression peut avoir un effet dévastateur, » « le procès a permis à François Devaux de se reconnaître en tant que victime,» ajoute l’avocate en conclusion.
 

13H50 : La parole à Me Doyez qui soulève un problème de droit lié à la prescription

L'avocat de Bernard Preynat commence en demandant que trois parties civiles représentant les associations soient déclarées irrecevables. Il s’appuie sur deux principes: l’objet de l’association doit être relatif à la défense de l’enfant. Et l’association doit avoir été déclarée depuis 5 ans à la date de commission des faits. "Une association qui n’a pas d’objets adéquats avant 1986 n’est pas recevable à se constituer partie civile aujourd’hui. Une d’elles n’a pas réitérer sa constitution de partie civile," indique l'avocat.

Me Doyez soulève un point de droit concernant le point de départ de la prescription"Il faut attendre 1989 pour voir l’amorce d’un progrès en faveur des victimes avec une modification de l’article 7 du code de procédure pénale (relatif aux crimes)" (avec un différé du point de départ de la prescription à compter de la majorité de la victime et non plus de la date des faits), " explique l'avocat. Mais l'article 8, relatif aux délits, n'a pas été modifié. Il faudra atttendre 1995 : "une nouvelle loi vient réparer l’oubli du législateur, « répare » l’article 8 pour faire partir la prescription à compter de la majorité," explique-t-il.
Qu'en est-il des faits qui se sont déroulés de 86 à 89 ?  


12h15 l'audience est suspendue, elle reprend à 13h45; au programme les 12 plaidoiries des parties civiles. 


11h50 - Le Procureur demande à la psychiatre : « Dans toute son histoire, il n'a pas eu un mot, une interrogation sur les conséquences de ses actes ! Pensez-vous qu'il ait la capacité à approcher la véritable souffrance des victimes? » « Il essaie. Il est sur le chemin, » répond brièvement Liliane Daligand.

10h50 Liliane Daligand, psychiatre, évoque un "homme tourmenté" par ses actes

Après le professeur Michel Debout mercredi soir, c'est au tour de Liliane Daligand de prendre la parole devant le tribunal. La rencontre pour expertise a eu lieu en octobre dernier, à la demande de Me Doyez, avocat de Bernard Preynat. Cette rencontre qui a permis à Bernard Preynat de parler "car il rencontre peu de monde," explique l’experte. Avec elle, il a beaucoup parlé de son enfance, de son eczéma … « Il a été un enfant, à part. Il décrit bien son attrait pour le masculin. Comme il le dit, il n’a jamais été attiré par une belle femme, » explique-t-elle.

Sur les révélations récentes des agressions subies par Bernard Preynat, « On peut se demander si c’est utilitaire » indique Liliane Daligand. « Tous les agresseurs sexuelles que j’ai rencontré ont été victimes d’agressions sexuelles quand ils étaient enfants, » dit-elle formellement. Elle souligne cependant que tous les enfants victimes ne deviendront pas des abuseurs.

Elle souligne un « double aspect», « une double face », elle parle d’« un côté obscur qui le pousse à consommer des corps d’enfants » allant jusqu’à parler d’une « addiction ». Dans le cas de Bernard Preynat, « il y a eu beaucoup d’alertes ». L’autre côté du personnage, « c’est la face lumineuse », « bon ami, bon professionnel ».
En matière de thérapie, « En 1967-1968, il a été mis sur le divan. Aujourd’hui, on procéderait à une thérapie hormonale, associée à une psychothérapie, » explique l’experte. Mais elle souligne que la prise en charge des pédophiles est très difficile.

Lors de leur entretien, elle indique que Bernard Preynat a mis du temps à comprendre la souffrance des victimes. L'homme a-t-il changé ? 

« Je pense qu’il est très tourmenté par ce qu’il a fait subir à ces enfants, il est en grande souffrance. » (L.Daligand)

Bernard Preynat cesse ses agissement en 1991, la psychiatre dit que « c’est comme s’il y avait eu un sevrage ». Evoquant la promesse faite par Preynat au Cardinal Decourtray de ne pas recommencer, « c’est une parole qui lui intime un interdit, une parole qui a été suffisante pour marquer un coup d’arrêt », « ça ne veut pas dire qu’il n’a pas de fantasmes mais il résiste à la tentation, » explique-t-elle. « Cette parole a été plus forte que la psychothérapie, » affirme-t-elle.
Elle pense que Bernard Preynat a évolué, qu'il a changé et qu'il reconnait la souffrance des victimes. 

 

10h40 Une thérapie menée durant un an (1967-1968)

 

Bernard Preynat rapporte avoir vu un « psy officiel pour les séminaristes » à Paris.  Il dit ne l’avoir vu qu’une fois, une journée à Paris, avoir passé des tests et avoir été orienté vers le Vinatier  à Lyon. Il a dû travailler pour payer cette analyse menée en 1967-1968. « Le rythme était soutenu, tous les lundis soirs, » demande la présidente. Bernard Preynat aurait révélé les agressions dont il a été victime au spécialiste vu au Vinatier… Au bout d’un an, « il  a dit que j’étais guéri et a écrit au Séminaire que je pouvais continuer la marche vers l’ordination, » raconte Preynat. La thérapie se termine à l'été 1968. Bernard Preynat intègre ensuite durant deux ans l'université et revient au Séminaire en 1970.
 

Le procureur se demande pourquoi Bernard Preynat n'a pas dénoncé les agressions dont il a été victime plus tôt. "Vous comprendrez que ces déclarations sont sujettes à caution pour les parties civiles !" s'exclame-t-elle. " Je n’ai pas inventé ces agressions pour m’excuser devant le tribunal," s'exclame Bernard Preynat.
 

10h30 accrochage et incident dans la salle d'audience 

 

Une victime de faits prescrits par la voix de l’avocat de l'association "L'innocence en danger" demande "Si Preynat se souvient d’un petit garçon qui porte le même nom que lui." cette victime prescrite et jamais entendue au dossier, aurait été agressée pendant trois ans chez les scouts par le père Preynat. C'est Preynat qui a célébré son mariage. Par la voix de l'avocat de l'association, elle demande à ce que l’ancien prêtre demande pardon. Preynat donne le nom de la personne et s'exécute. 

 La victime qui s'est manifestée mercredi soir auprès de l'avocat de l'association à la sortie de l'audience peut-elle s'exprimer? Procureur et avocat de la défense montent au créneau pour dénoncer une entorse au code de procédure. "Ne profitez pas de votre présence pour transgresser les règles du code de procédure pénale" réagit Frédéric Doyez. L'avocat remercie Preynat pour ce pardon.
 

Premiers faits d'agressions commis par B.Preynat, à l'âge de 16 ans

 

Les premiers faits commis par Preynat datent de la période où il était moniteur en colonie, il était âgé de 16 ans : « force est de constater que vous reproduisez les mêmes gestes que vous avez subi les années précédentes, » dit la présidente. « Je n’avais pas fait le rapprochement, » réplique Preynat.

Les parents se plaignent auprès de la direction du camp. L’année suivante, il ne s’occupe que du matériel. Les années suivantes alors qu'il a été moniteur : « deux fois j’ai récidivé, » raconte Preynat.

Ses études à la faculté à Lyon ont été une période heureuse de sa vie. Il évoque une vie heureuse durant deux ans avec des amis « on s’est bien marrés ». Durant cette période, a-t-il commis des agressions ? « Une agression pendant l’été (pendant une colonie à Ste Foy l’Argentière) » raconte Preynat. 


Les premiers faits commencent quand il est moniteur de colonie de vacances, à l’âge de 16 ans, "et ça ne s’arrête plus, jusqu'en 1991," constate la présidente.
 

Le passé caché de Bernard Preynat : des agressions subies à partir de l’âge de 10 ans. 

 

Concernant les agressions dont Bernard Preynat dit avoir été victime : « le sacristain quand j’avais une dizaine d’années, dans la sacristie, à Saint-Etienne, » raconte Preynat, « il m’a appuyé sur le sexe en disant qu’est-ce qu’il y a là ! ». Un épisode qui fait écho au récit de parties civiles selon la présidente. Bernard Preynat explique qu’il est certain de ne pas avoir commis d’agression dans la sacristie de la paroisse Saint-Luc.

« Vous situez les premiers faits dont vous avez été victime autour de 10 ans, » demande la présidente. « C’était en colonie de vacances, dans les douches, » raconte B.Preynat. Il évoque des caresses. En a-t-il parlé à ses parents ? « J’étais gêné mais on en parlait entre nous, » précise Preynat. Ces faits ne l’ont pas détourné de sa vocation. Preynat évoque un moniteur devenue une personne importante au sein de l’église, sans la nommer.

Au petit séminaire, il évoque des caresses dans le dos dans la salle d’étude mais aussi des attouchements sur le sexe commis par un prêtre professeur. « Il avait la manie de me laver le sexe avec un gant de toilettes, » précise l’ancien prêtre. Un homme qui était un proche de la famille. Des faits qui se sont reproduits à plusieurs reprises durant près de trois ans. « Il y avait beaucoup d’autres enfants qui ont été ses victimes, on le savait mais on n’en parlait pas, » explique Preynat. « Il n’avait pas une bonne réputation, on l’appelait le « monkey », le singe », rapporte-t-il. Les faits se sont produits entre l’âge de 11 et 14 ans.

« A Montbrison, j’étais en première, j’avais un professeur qui voulait se montrer affectueux avec moi, j’étais plus grand. Il me serrait contre lui. C’était un ami de mon frère, » raconte Preynat.

Les agresseurs dont Preynat parle aujourd'hui sont décédés. Ses parents sont restés dans l'ignorance de ces agressions.

 

Bernard Preynat 14/1/20 / © C.Busti
Bernard Preynat 14/1/20 / © C.Busti

Une vocation précoce : "on jouait à la messe"

 

« Vous êtes bien l’aîné d’une famille de 7 enfants, vous avez encore tous vos frères et sœurs (l’un est aujourd’hui décédé). Vous avez encore des contacts avec eux mais les liens sont distendus avec certains neveux, » dit la présidente. « Vous aviez la figure du frère aîné avec peu d’affect » « une famille ou la religion tenait une grande place, peu de paroles et peu de moyens,» selon une sœur de Bernard Preynat. Le père était très sévère.

Ce dernier a quitté la maison à l’âge de 14 ans et revenait à la maison une fois tous les 15 jours. Selon sa sœur, il tenait sa place d’aîné, organisait des jeux… Bernard Preynat a tout de suite alerté ses frères et sœurs de l’affaire, avant d’être interrogé par la police.

« Vous étiez doté d’un grand charisme, d’un don pour organiser et fédérer des activités, mais il semble que vous avez peu d’amis. Vous êtes décrit comme quelqu’un de brillant mais distant, « froid, autorité et même cassant, » selon certaines personnes, pouvant apparaître comme « orgueilleux ». « On me l’a souvent dit, j’étais quelqu’un de sévère, » confirme B.Preynat. Ce sont essentiellement des femmes qui ont été entendues dans le cadre de l’enquête de moralité, selon l’une d’elles, « pour vos paroissiens, vous aviez l’étoffe d’un évêque, » précise la présidente. Bernard Preynat avait des rapports plus proches avec un couple d’ami.

« Votre vocation a été très précoce, dès l’âge de 7 ou 8 ans, » dit la présidente évoquant les dires d’une sœur de l’ancien prêtre. B.Preynat confirme « on jouait à la messe. » « Mes parents ne m’ont pas poussé, ils m’ont accompagné ».


9h30 - L'audience reprend avec un retour sur le parcours de Preynat

 

Le Professeur Liliane Daligand, expert psychiatre, doit prendre la parole. Mais avant cette Prise de parole, la présidente souhaite revenir sur la vie et le parcours de Bernard Preynat.
 

Des experts psychiatres ont tenté de sonder la personnalité de Bernard Preynat, ancien prêtre accusé d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts dans les années 80-90. Ils sont appelés à la barre. Après avoir écouté le Professeur Debout, le tribunal va entendre le deuxième expert. L'audience doit reprendre à 9h30.

Après la révélation de la tentative de suicide de François Devaux mardi, c'est une nouvelle révélation qui a eu lieu mercredi après-midi au procès de Bernard Preynat. Ce dernier a expliqué avoir été "victime d'agressions sexuelles dans sa jeunesse. Le septuagénaire a expliqué avoir été notamment agressé sexuellement par un sacristain de sa paroisse et un prêtre au petit séminaire. Une information que l'ancien prêtre de la paroisse Saint-Luc n'avait pas révélé à l'expert psychiatre entendu mercredi soir. Il a écrit au diocèse de Lyon pour raconter ce fait tout récemment.

 

Le défilé des parties civiles à la barre mardi pour raconter les agissements de Bernard Preynat.

"Pour moi, à l'époque je ne commettais pas d'agressions sexuelles mais des caresses, des câlins. Je me trompais. Ce qui me l'a fait comprendre, ce sont les accusations des victimes", s'est défendu mardi l'ancien prêtre de 74 ans à son procès. Ses proies étaient de jeunes scouts âgés de 7 à 15 ans à l'époque des faits. Des jeunes sous l'emprise de ce prêtre imposant et charismatique.

 

L'ex-curé, réduit à l'état laïc au terme de son procès canonique l'été dernier, encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.
 

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