L'hiver s'annonce difficile pour les restos du cœur du Rhône, avec plus de bénéficiaires et moins de bénévoles

Pour les Restos du Coeur du Rhône, l'hiver s'annonce difficile avec 15% de bénéficiaires en plus et des bénévoles en moins. L'association recherche d'urgence des chauffeurs livreurs avec un permis poids-lourd.
Dansle Rhône, les Restos du coeur prévoient une hausse des bénéficiaires de 15%, avec en même temps une baisse du nombre de bénévoles. L'association recherche surtout en ce moment des chauffeurs livreurs avec un permis poids-lourd.
Dansle Rhône, les Restos du coeur prévoient une hausse des bénéficiaires de 15%, avec en même temps une baisse du nombre de bénévoles. L'association recherche surtout en ce moment des chauffeurs livreurs avec un permis poids-lourd. © L. Bonaventure / AFP
Les Restos du Cœur ont donné le coup d’envoi mardi 24 novembre de leur campagne hivernale, une saison de plus pour cet événement lancé par Coluche en 1985. L'association prévoit 1 million de bénéficiaires cette saison dans le pays, en pleine crise sanitaire et économique.

Pour l'heure, les Restos s'attendent à une hausse des bénéficiaires de l'ordre de 10% en moyenne, les situations étant "variables selon les départements" selon le président de l'association Patrice Blanc. La crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales ont amené des nouveaux bénéficiaires: notamment ceux qui ont perdu leurs petits boulots.  

Dans le Rhône, 15% de bénéficiaires en plus avec moins de bénévoles

Dans le Rhône, de nombreux bénévoles sont recherchés mais en ce moment les Restos sont surtout à la recherche de chauffeurs poids-lourd pour le dépôt de Bron qui gère le stock de denrées alimentaires, prépare et livre les commandes pour les différents centres du département.

Jean Burdin, 70 ans, est chauffeur-livreur bénévole pour l'association. Son profil fait de lui une perle rare. Avec un nombre d'inscrits en hausse de 15%, le responsable des transports a plus que jamais besoin de bénévoles comme lui. L'association n'en compte qu'une dizaine dans le Rhône. Tous sont retraités des transports. Depuis 10 ans, Jean y consacre 2 matinées par semaine.  

Jean Burdin: "C'est simple. Vous venez, vous chargez votre camion ou on vous aide. Ça rigole, ça s'aide. On boit le café à la fin, et après chacun part de son côté ou fait ce qu'il y a à faire.

Les restos recherchent au minimum deux nouveaux chauffeurs pour début 2021.

Les Restos en Drive

La crise sanitaire a changé également l'organisation des centres. La distribution accompagnée (les bénéficiaires entrent dans le centre et sont accompagnés par des bénévoles) a laissé place à un système de drive, où les bénévoles amènent les denrées alimentaires à l'entrée du centre où les bénéficiaires attendent en file.

"La plupart de nos locaux ne sont pas adaptés pour respecter les consignes de distanciation", explique le président Patrice Blanc. L'arrivée de l'hiver et la dégradation des conditions climatiques interrogent sur la pérennité de ce système. Exit également le "coin café" qui offrait un moment de convivialité. 

L'association alerte sur la situation des jeunes, de plus en plus nombreux à frapper à leurs portes. Ils représentent "une source d'inquiétude encore plus particulière" pour Patrice Blanc. Les moins de 25 ans représentent déjà près de la moitié des bénéficiaires, les mineurs, 40%.

Avant la crise du Covid, fin 2019, quelque 9,3 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France, selon l'Insee, et près de 5 millions avaient recours à l'aide alimentaire. Pour certaines associations, la crise va plonger un million de personnes supplémentaires dans la pauvreté.
 
Les gestes barrières contre le coronavirus s'appliquent dans les centres des Restos du Coeur.
Les gestes barrières contre le coronavirus s'appliquent dans les centres des Restos du Coeur. © restosducoeur.org

Et les Enfoirés à Lyon ?

Le grand concert, "Les Enfoirés à côté de vous" doit avoir lieu à la Halle Tony Garnier de Lyon, du 13 au 17 janvier 2021 inclus. Concert en streaming, concert à huis-clos ? Pour l'instant la plus grande incertitude règne encore sur ce sujet.

"Les Restos du Cœur mettent tout en œuvre pour que le spectacle ait bien lieu et dans le respect d’un protocole sanitaire stricte avec les gestes barrières qui seront en vigueur en janvier prochain”, ont simplement écrit, le 28 octobre dernier, les organisateurs sur leurs réseaux sociaux, en attendant de nouvelles décisions. Depuis, plus aucune communication n'a eu lieu.
 

Les associations en flux tendu

L'an dernier, les Restos ont distribué 136,5 millions de repas en France. 907 personnes en difficulté ont été logées, et accessoirement, 93 millions € de ressources ont été collectés auprès du public (les dons mai aussi les manifestations, legs et autres libéralités).

La crise sanitaire et économique a mis sous tension les associations d'aide alimentaire, qui accompagnent 5 millions de personnes en France. Pour les Restos, cela signifie une hausse de 10% des personnes inscrites cet hiver. 

La Croix-Rouge table sur une hausse de 10 à 15% d'ayants droit, et la Fédération des banques alimentaires prévoit 20 à 25% de nouveaux bénéficiaires. Aides de l'Etat, augmentation du fonds européen, générosité des donateurs au rendez-vous: les ressources se sont multipliées pour permettre aux associations de faire face à l'accroissement de la demande. Mais les stocks ne sont pas infinis. "En parallèle de la hausse des bénéficiaires, nos stocks ont baissé en volume de 22%", détaille Claude Baland, président de la Fédération des banques alimentaires qui irrigue 5.400 associations dans toute la France en denrées alimentaires, et 400 de plus depuis le premier confinement. 

"Le juge de paix c'est le 31 décembre parce que l'essentiel des dons se fait entre fin novembre et fin décembre", abonde Patrice Blanc, président des Restos du coeur qui s'attend à accueillir un million de bénéficiaires, contre 875.000 personnes l'année dernière.  

"Pire que la crise de 2008"

Ces derniers mois, les associations ont été chamboulées par ce nouveau contexte et  elles ont dû composer avec une réduction de leurs effectifs. Une partie des  bénévoles, en majorité des personnes âgées, plus fragiles face au Covid-19, se sont retirés de l'activité.

Une réflexion sur la diversification du bénévolat s'amorce, avec des bénévoles plus jeunes. D'autant plus que tout le monde anticipe une longue crise sociale. "On anticipe des conséquences pires que celle de la crise de 2008", s'inquiète Patrice Blanc.  
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
solidarité société restos du coeur