"Il y en a marre ! Il y a une vraie crise des vocations", comme le maire de Longes, ils sont nombreux à démissionner

Réunis en congrès à Caluire-et-Cuire, près de Lyon, des maires évoquent une crise des vocations. Complexités administratives, violences, crise civique, autant de causes qui en poussent certains à la démission.

"Il y en a marre". C'est un cri du cœur. Celui de Lucien Bruyas. Il est le maire de la petite commune de Longe, mille habitants, dans le Rhône, depuis treize ans. Élu depuis quarante ans, il a passé une grande partie de sa vie à gérer les affaires municipales.

"Plus envie"

"Il fallait s'arrêter un jour, j'avais prévu de laisser ma place en cours de mandat". Il n'a jamais connu de problème majeur, de conflit ou de menace, mais il le reconnaît, il n'arrive plus à suivre : "les réseaux sociaux, les tracas, tout ça, je n'avais plus envie".

Des démissions de plus en plus nombreuses

Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à s'arrêter. On parle de quarante démissions par mois en France. Entre 2014 et 2024, il y en a eu deux fois plus que lors de la précédente décennie. Depuis 2020, six maires ont quitté leur fauteuil en cours de mandat dans le département du Rhône.

Une crise des vocations

Une crise des vocations qui s'explique notamment à cause de plusieurs facteurs. Les tâches administratives d'abord. Elles sont de plus en pus complexes, elles s'empilent sur les bureaux des maires. Les violences contribuent, elles aussi, à faire douter les élus.

Une injustice

Les violences à répétition contre sa mairie à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or l'ont amené à se questionner. En février dernier, deux incendies dans des véhicules de la police municipale avaient endommagé l'hôtel de ville. Les dégâts se chiffrent en milliers d'euros. Le maire, Patrick Guillot parle d'injustice.

Ces faits-là, nous rappellent que nous sommes fragiles. Mais, même si c'est un choc violent, on va jusqu'au bout. Je ne pense pas démissionner, mais ça peut décevoir. Notre engagement est de plus en plus contraignant.

Patrick Guillot, maire (DVD) de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or.

"Je suis amer"

Il y a les violences, les tâches administratives et aussi une crise civique. Le statut de l'élu est malmené, sans doute pas reconnu à sa juste valeur. Le maire de Genas, en banlieue lyonnaise, est "amer". L'État lui réclame plus d'un million d'euros pour non-respect de la loi S.R.U., la commune est en pénurie de logements sociaux, elle doit payer des pénalités. Face à ces menaces sur le budget, le maire a mis son mandat en jeu. Lui et ses vingt-neuf colistiers menacent de démissionner. "J'ai signé vingt permis de construire, mais les promoteurs ne lancent pas les travaux".

Trop de normes, de décrets, de réglementations

Daniel Valéro parle également de la crise de l'emploi qui touche les mairies. Il cherche depuis plus de quatre mois un directeur des services techniques. Il évoque les difficultés des relations entre la commune, le département, la région et l'État. "Les normes, les décrets, la réglementation nous tombent dessus".

Tout le monde me pose la question de ce que je ferai en 2026. Je ne savais même pas si je n'allais pas démissionner en 2024, alors 2026, c'est trop loin pour moi. Le sujet du jour, c'est l'année 2024.

Daniel Valéro, maire (Horizon) de Genas.

"Un beau mandat, concret"

Le président de l'association des maires de France, David Lisnard, se veut optimiste. "Malgré les difficultés, le mandat de maire est un beau mandat. Il est concret, au plus près des habitants". 

La commune est une réalité historique selon lui. "Pour lutter contre la crise des vocations, il faut retrouver de la capacité d'action".

Un maire, rencontré lors du congrès qui se tenait à Caluire-et-Cuire, va même jusqu'à encourager les jeunes à se lancer, au-delà des étiquettes politiques, "pour la passion, tant qu'elle est là, c'est bon signe. Le jour où il n'y en a plus, il faut s'arrêter", conclut-il.