Témoignages. "On va crever ton gosse ! " : des maires menacés et agressés dans le Puy-de-Dôme

Publié le Écrit par Stéphanie Vinot

Les agressions contre les élus ont augmenté de 15 % en France en 2023. Récemment dans le Puy-de-Dôme, le maire du village de Limons, a reçu de nouvelles menaces de mort. Ce ne sont pas les premières. La création d'un statut de l'élu local est en débat au Parlement pour mieux les protéger.

Pour l’un comme l’autre, c’est un souvenir difficile. Chacun maire d’une petite commune du Puy-de-Dôme et chacun menacé ou agressé.

Deux histoires, deux maires, deux témoins de la violence qui devient ordinaire. Même au fin fond des campagnes.

Couteau de boucher

Ce 6 août 2019, Jean-Pierre Muselier, en compagnie de son 1er adjoint, se rend chez un administré qui laisse un colis alimentaire sur le pas de la porte en plein soleil. « Il y avait des produits frais et du moment qu’on demande l’assistance alimentaire, on essaye quand même de récupérer ses affaires », indique le maire de Saint-Myon. L’élu frappe à la porte, frappe à la fenêtre. Sans réponse. Jusqu’à ce qu’un homme d’environ 25 ans surgisse un couteau de boucher à la main. « Je vais te tuer ! Je vais te tuer ! » Le maire a juste le temps d’esquiver quand le 1er adjoint bloque le bras de l’agresseur. Il sera blessé légèrement. « C’est un moment difficile. Vous voyez la mort de près ! » Le maire, qui en est à son 4e mandat et qui a déjà une certaine expérience de la vie, arrive à prendre du recul. Il surmontera cette violence en partant s’aérer aussitôt au bord de la mer. « Depuis plus de 25 ans que je suis maire, les habitants me respectent, sont polis, je n’ai pas de souci avec ma population. »

Mateo Morel, lui, est tout jeune. 24 ans. La motivation d’un premier mandat à Limons près de Puy-Guillaume. Mais déjà 5 menaces de mort. Les dernières en date, des lettres qui menacent son fils.  « On va crever ton goss (sic) » ou encore  « Vous n’êtes que le fruit d’une idéologie qui va dévaster notre pays et notre civilisation, vous êtes directement liés à l’islamisation de notre nation et nous vous en tiendrons responsables avec vos collègues de la France soumise. [….] Vos crimes seront sévèrement punis. Nous commencerons par votre bâtard de fils. Pendu devant votre mairie…. »

 Le jeune maire est élu d’une petite commune rurale de 700 habitants près de Puy-Guillaume. « Déjà cela fait bizarre quand on reçoit des menaces contre sa propre menace mais dès que cela touche ses enfants, on n’a plus envie de laisser passer et on a envie de trouver des solutions pour que cela n’arrive plus. »

L’agresseur du maire de Saint-Myon a été condamné à de la prison mais a fait appel. L’auteur des menaces du maire de Limons, anonyme, pourra difficilement être identifié. « Pour que cela s’arrête, il faudrait que la personne change d’avis sur l’idée d’envoyer des menaces aux élus », explique Mateo Morel. « Il faudrait qu’elle comprenne que c’est grave et que les conséquences peuvent être importantes. » L’élu pense à tous ces maires qui s’engagent non par envie mais parce qu’il n’y a pas d’autres candidats dans leur commune. « Si ces gens reçoivent des menaces, ils vont vite arrêter. La fonction d’élus n’est plus attractive. »

Mieux protégés

Les chiffres du Sénat sont sans appel : 3 % des maires élus en 2020 ont déjà démissionné. Une proposition de loi est en cours d’étude au parlement pour créer un statut de l’élu local qui améliorerait notamment l’indemnisation des élus ou qui accorderait automatiquement la protection fonctionnelle. « Je pense que c’est la moindre des choses », confie Pierrette Daffix-Ray, présidente de l’association des maires du Puy-de-Dôme. « On peut déjà avoir cette protection fonctionnelle mais il faut la demander à son conseil municipal et ce n’est pas toujours évident car les délais sont longs. »

Une élue qui a vu, elle aussi, la fonction de maire évoluer. « Elle s’est beaucoup complexifiée alors que les droits et les garanties n’ont pas suivi nécessairement. »

Mateo Morel, le jeune maire de Limons, réclame aussi une meilleure protection et une meilleure indemnisation. « Le maire est là pour aider ses concitoyens. Le plus souvent en bénévolat. Il faut être présent aux manifestations, il faut répondre aux appels, parfois tard la nuit. C’est une charge mentale qui est énorme. »

Éducation à la citoyenneté

La création d’un statut de l’élu local est une grande avancée mais loin d’être suffisante. «  Il faudrait qu’il y ait aussi une éducation à la citoyenneté », ajoute Pierrette Daffix-Ray, la présidente de l’association des maires du Puy-de-Dôme. « C’est ce qui manque pour nos jeunes et pour la population qui ne comprend plus quel est le rôle des institutions. »

Le maire de Limons abonde dans ce sens : « Il faut faire comprendre à la population que le maire, ce n’est pas Dieu. Il ne peut pas tout faire. Il y a des choses qui ne sont pas possibles. »

De son côté, Jean-Pierre Muselier, le maire de Saint-Myon, continue vaillamment sa mission : « Cela ne m’est pas venu à l’esprit de démissionner dans le sens où j’aime beaucoup ma fonction d’élu. Après 4 mandats, je n’ai pas encore fini le travail que je voulais accomplir avec mes équipes. » L’élu attend désespérément que la justice apporte une conclusion à son agression. Le jeune homme a été condamné à de la prison dans un premier jugement mais il a fait appel et le parquet statuera d’ici un an et de mi sur cet appel. « Il faudrait que la justice soit plus rapide dans ce genre d’agression », demande Jean-Pierre Muselier. « Attendre 4 ans, ce n’est plus compréhensible. »

 

 Propos recueillis par Marie Le Bobinnec et Julien Boscq pour France 3 Auvergne

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