Le propriétaire avait-il le droit d’abattre une trentaine d’arbres de la colline "protégée" de Fourvière à Lyon ?

La colline de Fourvière déboisée... une trentaine d'arbres, dont certains centenaires, ont été coupés il y a quelques semaines. Les voisins sont furieux. Le propriétaire explique qu'il était dans son droit. Malaise chez les élus écologistes de Lyon.

Sur les hauteurs du Vieux-Lyon, les habitants de la montée du chemin neuf, sur la colline de Fourvière sont partagés entre colère et désarroi. Une trentaine d'arbres ont été abattus sur un terrain de deux hectares, voisin du site classé de l'Antiquaille. Le promoteur lyonnais propriétaire de cette petite forêt urbaine a-t-il pris des libertés ? 

Au coeur du quartier classé, un cube de béton

La montée du Chemin neuf relie le quartier Saint-Jean à la colline des Minimes et au quartier Saint-Just. Depuis plusieurs mois, des travaux sont en cours sur une parcelle en terrasse de deux hectares : le PDG lyonnais de "6e Sens Immobilier" a décidé d'y élire domicile et d'en faire sa résidence principale.  

Un cube gris béton de six niveaux donne aujourd'hui sur la montée du Chemin neuf. Le mur de la balme a été creusé de voûtes... avec engins de chantier et grues, les travaux titanesques dans ce secteur classé patrimoine mondial de l'Unesco durent depuis bientôt quatre ans. A l'arrivée : la bâtisse cubique tranche sévèrement avec les vieilles pierres du quartier historique. Située à l'aplomb de la basilique de Fourvière, elle est même loin de faire l'unanimité dans le quartier. Le cube a été installé à quelques de centaines de mètres de l'endroit où la colline s'est effondrée une nuit de 1930 faisant des dizaines de morts. Le propriétaire a pourtant obtenu l'aval de l'Architecte des Bâtiments de France. 

Si l'architecture fait encore couler de l'encre, une autre polémique a vu le jour : la coupe d'une trentaine d'arbres de la parcelle. L'incompréhension des riverains est à son comble. Des frênes, des érables et des marronniers, dont certains étaient centenaires, ont été coupés sur demande du promoteur lyonnais propriétaire des lieux. Selon des études commandées par ce dernier, les arbres abattus étaient malades "Je ne suis pas connaisseurs en arbres. Ces études ont les a annexées aux déclarations préalables de travaux déposées en mairie," explique Nicolas Gagneux, PDG de 6e Sens Immobilier. Ce dernier admet aussi un élagage peut-être trop sévère sur certaines plantes anciennes. Le promoteur se veut rassurant : "On rase mais on replante! Mais ça vient d'une incompréhension ou peut-être d'une interrogation".

30 arbres tronçonnés sur la colline de Fourvière

Le terrain fait partie d'un espace boisé classé, ou EBC, recelait au dernier comptage en 2017, 38 arbres. Le propriétaire avait-il le droit de les tronçonner ?  

Ces abattages ont fait l'objet d'une première demande officielle en mairie, intervenue un an après la demande de permis de construire déposée en 2017. Il fait d'abord une première demande d'abattage de 11 arbres, avec diagnostic de l'ONF à l'appui. Certains de ces végétaux seraient malades. La ville de Lyon donne son feu vert. Fin juin 2020, le promoteur dépose ensuite, une deuxième demande d'abattage auprès de la municipalité, un complément d'expertise à l'appui réalisé par une société privée cette fois-ci.

"Monsieur Gagneux a obtenu un permis de construire en 2018 qui n'autorisait pas la coupe d'arbres. (...) Il a déposé une déclaration préalable de travaux pour pouvoir abattre un certain nombre d'arbres conformément aux recommandations qui avaient été faites lors des diagnostics antérieurs, celui de 2018 par l'ONF et celui qu'il a fait compléter en 2020," confirme Nicolas Husson, adjoint à la biodiversité à la mairie de Lyon.

Mais l'heure est alors aux élections municipales et la ville est en pleine transition.  

Incompréhensible déboisement : le couac de la nouvelle municipalité écologiste

Mais pour les écologistes, les arbres de cette balme n'auraient pas dû être coupés. Que s'est-il passé ? En fait, le dossier avait été déposé à l'heure du changement de municipalité, fin juin. Grégory Doucet venait d'être élu : les écologistes se sont emparés de Lyon et de la Métropole. L'administration avait un mois pour donner une réponse. Passé ce délai, l'autorisation est automatique. Qui ne dit mot consent. Le couperet est tombé au beau milieu des vacances d'été, fin juillet. Les tronçonneuses ont pu entrer en action sans difficulté. Le propriétaire a donc agi en toute légalité même si la mairie écologiste de Lyon grince aujourd'hui des dents devant ce couac. 

Couac ou problème de timing. L'adjoint à la biodiversité à la mairie de Lyon explique comment les choses se sont déroulées : "la déclaration avait été déposée le 30 juin, soit 4 jours après l'élection du conseil municipal actuel. Or le conseil municipal a élu son maire et ses adjoints le 7 juillet. Nous étions à ce moment-là en vacances de pouvoir. La déclaration n'a pas été présentée à l'adjoint en charge de l'urbanisme pour une instruction convenable et pour pouvoir signifier une autorisation ou un refus. La déclaration a été validée de manière tacite par les services de l'instruction de l'urbanisme". 

La municipalité aurait-elle donné son aval pour la coupe? "Non nous n'aurions pas donné cette autorisation en l'état", assure l'adjoint à la biodiversité. Cette coupe d'arbres représente selon Nicolas Husson, "un gros gâchis dans ce magnifique boisement de la balme de Fourvière" et potentiellement une énorme perte pour la richesse en biodiversité de la ville. "C'est une balme qui était boisée depuis longtemps. Précédemment c'était des vignobles. ça n'a jamais été construit". Pour l'élu, "certains de ces arbres n'auraient pas dû être coupés, ils étaient en bon état. Ils pouvaient participer à ce vaste paysage".

Sur la parcelle en terrasse, seule une petite dizaine d'arbres a échappé aux tronçonneuses. De son côté, lors d'une réunion organisée mi-juin avec les riverains, le propriétaire s'est engagé à replanter des centaines de végétaux. 

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