Lyon : Dans un livre, une mère de famille lyonnaise dénonce l'omniprésence des écrans dans le monde des enfants

Depuis plus d'un an, un groupe facebook consacré à la protection des enfants et des adolescents a réuni des milliers de parents. Un collectif est né. Et parmi ses  participants actifs, une Lyonnaise qui vient de publier un livre sur la question. Son titre : "Protégeons nos enfants des écrans".

© Editions Mame
Une Lyonnaise qui entend protéger ses enfants des écrans a décidé de prendre le taureau par les cornes : les tablettes et autres smartphones, ses enfants n’y ont pas, plus accès. Terminé. Marie-Alix Le Roy, 47 ans, lutte comme elle le peut contre la société numérique dans laquelle on s’enfonce.
Dans le livre qu’elle vient de publier (éditions Mame, Paris), « Protégeons nos enfants des écrans », elle n’hésite pas à pousser le bouchon un peu loin. Au risque de passer pour une ringarde aux yeux des technos, posture qu’elle assume tout en niant être passéiste.
Pour elle, tout a commencé il y a trois ans avec un « incident pornographique » comme elle le nomme gentiment. « Un jour, un élève d’environ 8 ans visionne un film porno sur le smartphone de son cousin. Ma fille en a entendu parler, car son camarade lui parlait de fellation. Certes elle n’a rien vu ce jour-là, mais elle est rentrée à la maison en demandant ce que ça voulait dire de mettre la bite dans la bouche ! »

On passe pour des ringards, mais on n'est pas passeistes !

Douchée par ce qu’elle vient d’entendre, Marie-Alix essaie d’expliquer à sa fillette, mais elle se sent acculée dans son rôle de parent qui n’entendait pas aborder ces questions aussi tôt…
Dans le livre, l’auteure donne le ton :
« Aujourd’hui, les parents qui choisissent de ne pas donner de smartphone à leur enfant, notamment lors de l’entrée au collège, sont minoritaires et bien souvent montrés du doigt. Double peine : ils doivent résister à la pression de leur enfant mais aussi à l’incompréhension des adultes, qui les jugent passéistes, ringards… pour ne pas dire arriérés. »
Avec plusieurs copines, Marie Alix a créé un collectif de « Parents unis conte le smartphone avant 15 ans » qui réunit quelque 10 000 parents en France et des francophones dans plusieurs pays dont les Etats-Unis.
« Beaucoup de parents demandent des infos,  on sent qu' il y a une réflexion sur l’utilisation des écrans, les problèmes qu’ils posent, la façon d’intervenir auprès des enfants et des ados », constate Marie-Alix, responsable marketing dans une agence de publicité.
 
© Editions Mame


Il y a les jeux vidéo, les réseaux sociaux et la pornographie accessible d’un simple clic. « On ne mesure pas l’étendue de la surexposition à la pornographie chez les enfants, assure le docteur Anne-Lise Ducanda, une médecin généraliste et spécialisée dans le développement de l’enfant, membre du collectif. C’est rare, heureusement, mais certains enfants en classe de maternelle ont déjà vu des écrans pornos ! » 

Avec les enfants, ça part vite fait en live !

La période du confinement vécue au printemps a bien montré à beaucoup de parents que si les pré-ados ne sont pas un minimum contrôlés, les cours sur ordi peuvent rapidement déraper vers des sites qui n’ont rien à voir avec les profs, les leçons.
Face à cette réalité et pour éviter tout risque, Clémentine, deux enfants  dont une jeune fille de 13 ans, a préféré organiser le télétravail « en famille ». « On s’est installés dans la même pièce, comme ça on pouvait voir comment elle utilisait l’ordinateur et internet, explique cette cadre dans le courtage d’assurance. Quant à notre fils, il a 18 ans, il a un smartphone depuis qu’il est en troisième, mais on discute beaucoup des contenus, des réseaux, de ce qui se fait ou pas, des risques », reconnaît Clémentine, obnubilée surtout par la nocivité, selon elle, des ondes relayées par les antennes 4 G et peut-être 5G.

Cécile est prof d’anglais dans un établissement privé sous contrat. Son constat : les jeunes qu’elle a en cours ne parviennent plus à se concentrer. Ils n’ont plus le goût de l’effort, plus envie d’apprendre.
Rien de nouveau sous le soleil. Mais en revanche, de plus en plus d’élèves s’endorment littéralement en cours par manque de sommeil, à cause tout particulièrement des jeux vidéo. Et la pornographie ? Elle est présente et pose inévitablement un problème de représentation de la sexualité, de l’amour, de la violence entre partenaires. « L’an passé, nous avons fait un signalement par rapport à un élève en classe de 5 e qui regardait des films porno avec un adulte », continue-t-elle de s’étonner.

Pourquoi pas une loi pour interdire les smartphones avant 15 ans ?

 Alors pourquoi ne pas interdire les écrans avant un certain âge, demande à voix haute Marie-Alix Le Roy et une bonne partie des membres du collectif. En tous les cas, la digitalisation en plein boum à l’école n’est pas pour les rassurer. « Donner une tablette à chaque enfant, ça fait peur !, estime une autre maman d’une quarantaine d’années.  Il faut vraiment que ce soit maitrisé alors que la digitalisation prend une ampleur incroyable avec la crise sanitaire. » Et puis ça fait entrer les écrans à la maison même si les parents préfèrent ne pas », s’insurge le collectif.  

Dans son livre, Marie-Alix apporte des conseils au fil des chapitres, du cyber harcèlement à la pornographie, en passant par les degrés d’interdiction, le droit à l’enfance, etc. Et de conclure dans son prologue par une salve bien sentie : « À une époque, on raillait les « bouffeurs de bio » et les « écolos » (des babas-cool éleveurs de chèvres dans le Larzac), comme les non-fumeurs (des intolérants coincés). Mais le temps leur a finalement donné raison. Protéger notre planète et notre santé est devenu une priorité pour beaucoup. Alors si nous prenions tous une longueur d’avance en décidant de dire stop à cette invasion numérique qui capte l’attention de nos enfants ? »




 
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