Lyon : avec «Otages », la violence sociale monte sur les planches du théâtre

Dans "Otages", pièce créée à Valence dans la Drôme puis jouée à Lyon, il est question de la violence sociale. / © Jean-Louis Fernandez
Dans "Otages", pièce créée à Valence dans la Drôme puis jouée à Lyon, il est question de la violence sociale. / © Jean-Louis Fernandez

Le directeur de la comédie de Valence met en scène « otages » de Nina Bouraoui. Après sa création dans la Drôme, il présente la pièce au théâtre du Point du jour à Lyon jusqu'au 30 novembre.

Par Franck Giroud

Richard Brunel, actuel directeur de la comédie de Valence, vient d’être nommé à la tête de l’opéra de Lyon. Il prendra ses fonctions en septembre 2021. En attendant, cet homme de théâtre continue son travail sur le monde d’aujourd’hui, avec « Otages » de Nina Bouraoui. Cette pièce aux accents de petites tragédies du quotidien est une belle occasion d’apprécier le travail du metteur en scène.

Ils sont deux en scène, une femme, Anne Benoit, un homme, Tommy Luminet. Mais il s’agit surtout de l’itinéraire de Sylvie Meyer, 53 ans, quittée par son mari et pressée dans son travail dans une usine de caoutchouc. Nina Bouraoui nous propose dans ses mots des fragments de cette vie de femme face à son mari et surtout face à son patron. La comédienne Anne Benoît porte ce soliloque de sa voix grave et contrastée de séquences en séquences : du départ de son mari qui la quitte aux petites tensions avec son patron, jusqu’à la montée d’une violence rentrée et de plus en plus exprimée. Elle passe ainsi du « c’est normal pour nous les femmes de souffrir » à « j’ai décidé d’exister d’une autre façon ». Et c’est ainsi que face à la violence sociale en entreprise elle prendra en otage son patron.

Comme des souris en cage

La scène est divisée en espaces transparents. Ils sont occultés ponctuellement de persiennes et délimitent les parties de bureaux, de vestiaires, d’atelier, d’appartement. Tout est sous caméra de surveillance et projeté sur des stores verticaux nous invitant à suivre ce cheminement intérieur. Les spectateurs deviennent des observateurs de laboratoire humain. Les mots ont-ils vraiment franchi les lèvres de Sylvie Meyer ? Dans son jeu totalement maîtrisé Anne Benoît nous fait entendre le mental de son personnage.
© Jean-Louis Fernandez
© Jean-Louis Fernandez
Mais vous l’avez remarqué il y a un « S » à Otages dans le titre. Et l’on se surprend au fil de l’écoute de cette femme qui se parle qu’elle nous entraine dans ses pensées, qu’elle nous enferme avec elle dans ce monde de violence rentrée. Est-elle otage d’elle-même ? Sommes-nous victimes consentantes de cette violence sociale ? « Otages » fait subtilement entendre cette souffrance au travail d’une salariée.

A noter la présence d’une troisième personne sur le côté de la scène du théâtre du Point du jour. Géraldine Berger quasi double de l’actrice principale propose une interprétation en langue des signes français (LSF) de la pièce. « Otages » de Nina Bouraoui, mise en scène, Richard Brunel au théâtre du point du jour (Lyon) jusqu’au 30 novembre.
 

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