Lyon : prison ferme pour les membres d'un réseau de prostitution nigérian

Démantelé en 2017, le réseau exploitait au moins 50 jeunes femmes à Lyon, âgées de 20 à 22 ans. / © Frédéric Charmeux / Maxppp
Démantelé en 2017, le réseau exploitait au moins 50 jeunes femmes à Lyon, âgées de 20 à 22 ans. / © Frédéric Charmeux / Maxppp

24 personnes qui exploitaient des jeunes femmes nigérianes en France ont été condamnés à des peines allant jusqu'à 7 ans de prison ferme, ce vendredi 29 novembre à Lyon. A la tête du réseau, un pasteur évangélique qui "recueillait" les filles arrivées en France.

Par Mathieu Boudet

Les 24 membres d'un réseau de prostitution nigérian en France ont été condamnés à des peines allant jusqu'à 7 ans de prison ferme, ce vendredi 29 novembre à Lyon.
 

Au moins 50 jeunes femmes exploitées

Jugés à Lyon, les acteurs de ce réseau ont sévi dans la métropole en 2016 et 2017, ainsi qu'à Montpellier et Nîmes. Ces prévenus, 10 femmes et 13 hommes originaires du Nigeria ainsi qu'un Français, avaient été jugés devant le tribunal correctionnel du 6 au 13 novembre. La femme la plus recherchée de France Jessica Edosomwan, en fuite, a été condamnée par défaut à 7 ans de prison pour "proxénétisme aggravé", "traite d'êtres humains" et "blanchiment", de même que deux autres prévenus - le "pasteur" Stanley Omoregie et Junior Franck considérés comme les têtes du réseau. 

Le vaste réseau avait été démantelé en septembre 2017 par les autorités françaises, par l'Office Central pour la Répression de la Traite des Etres Humains, en coordination avec la Juridiction Interrégionale Spécialisée et la Police Judiciaire de Lyon. Il exploitait au moins 50 jeunes femmes à Lyon, âgées de 20 à 22 ans. Et c'est un pasteur évangéliste lyonnais de 33 ans qui est soupçonné d'être l'homme clé de ce réseau.
 

Un pasteur-proxénète

Le pasteur, "bien connu dans la communauté africaine de Lyon" selon une source proche de l'enquête, allait chercher les futures prostituées dans les centres d’accueil italiens avant de les ramener à Lyon. Les filles, toutes originaires du Nigéria, pouvaient, selon les cas, être relâchées des centres de rétentions italiens sans forcément faire l'objet d'une reconduite automatique à la frontière. Dans ce cas, le pasteur les prenait en charge pour les ramener vers la France. Le pasteur officiait dans le cadre de l'Eglise évangélique, mais usait également de religions africaines, telles que la croyance Vaudou, largement partagée au Nigéria. Il prêchait dans différentes salles de Lyon, et parfois à Montpellier. "Je suis juste un pasteur qui voulait aider les gens", affirmait-il lors du procés, malgré des preuves accablantes, dont des écoutes téléphoniques présentées à la cour.
 
"C'est un gros réseau, très organisé, qui exploitait des femmes dans une trentaine de camionnettes", expliquait Jean-Marc Droguet, Directeur de l'Office central pour la Répression de la traite des êtres humains. Les filles opéraient depuis 2016, dans le quartier de Gerland à Lyon. Selon une source proche de l'enquête, « certaines savaient très bien à quoi s’en tenir. D’autres pensaient qu’elles seraient employées comme tresseuses dans des salons de coiffure afro et se sont trouvées contraintes de faire des passes ». 

 

Les filles remboursaient une "dette"

Selon les autorités, le pasteur, chef présumé du réseau, assurait toute la logistique contre une contribution de 50 euros, par jour et par fille, prélevée sur le montant des passes. En plus du paiement des frais (location de la camionnette, hébergement...), les femmes devaient s'acquitter du remboursement de leur "dette" à l'égard du réseau, d'un montant suffisamment important pour leur imposer des années d'activité. Le pasteur leur fournissait des logements, de la nourriture, un chauffeur et une voiture pour aller sur leur lieu de travail, et des camionnettes pour accueillir leurs clients. L’entreprise rapportait entre 100 000 et 150 000 euros par mois.






 

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