L'ex-père Preynat condamné à 5 ans de prison ferme pour agressions sexuelles

L'ancien prêtre Bernard Preynat à la sortie de son procès le 17 janvier 2020, accusé d'agressions sexuelles multiples sur de jeunes scouts pendant 20 ans, de 1971 à 1991. / © P. Desmazes / AFP
L'ancien prêtre Bernard Preynat à la sortie de son procès le 17 janvier 2020, accusé d'agressions sexuelles multiples sur de jeunes scouts pendant 20 ans, de 1971 à 1991. / © P. Desmazes / AFP

L'ex-prêtre Bernard Preynat a été condamné à 5 ans de prison ferme pour agressions sexuelles lundi 16 mars. Le ministère public avait requis 8 ans de prison ferme.

Par Renaud Gardette

L'ex-prêtre Bernard Preynat a été condamné lundi à cinq ans de prison ferme pour des agressions sexuelles commises dans le passé sur de jeunes scouts du diocèse de Lyon, affaire à l'origine du scandale Barbarin.

Le jugement du tribunal correctionnel n'ordonne pas de mandat de dépôt, selon l'avocat de l'ancien prêtre, Me Frédéric Doyez. Cette peine est inférieure aux réquisitions du ministère public qui avait réclamé au moins huit ans de prison pour le prévenu, âgé de 75 ans, lors de son procès en janvier.

Ce jugement a été rendu dans un palais de justice fermé au public et à la presse, les portes des tribunaux étant closes à partir de lundi en raison de l'épidémie de nouveau coronavirus sauf pour le traitement des "contentieux essentiels", avait annoncé dimanche la garde des Sceaux Nicole Belloubet.

Bernard Preynat était présent au rendu du délibéré.

À l'audience, la procureure Dominique Sauves avait accusé l'ancien aumônier d'avoir "brisé" les vies de scouts âgés de 7 à 15 ans et de s'être "servi du silence des parents et du silence de l'Église" pour multiplier ses abus à Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) et lors de camps à l'étranger entre 1971 et 1991.

Bernard Preynat, maintenu en fonction par le diocèse de Lyon jusqu'à l'automne 2015 alors que ses agissements étaient connus depuis longtemps, avait demandé pardon aux neuf victimes venues témoigner de leurs souffrances - beaucoup d'autres n'ont pu porter plainte du fait de la prescription - en faisant valoir que depuis 1991, il n'avait plus touché aucun enfant.

Son procès était très attendu depuis l'éclatement de l'affaire fin 2015 après un premier dépôt de plainte qui a éclaboussé toute la hiérarchie catholique à travers le cardinal Philippe Barbarin.

Condamné l'an dernier pour ses silences sur l'affaire, l'ancien archevêque de Lyon a depuis été relaxé en appel et a démissionné. Ce scandale avait inspiré le film de François Ozon "Grâce à Dieu".

 

 

 

Le prédateur



Cet abuseur en série dont le nombre de victimes potentielles donne le vertige - jusqu'à "quatre ou cinq enfants" par semaine durant les camps d'été, a-t-il admis - avait beaucoup d'emprise sur les scouts et leurs parents. 

Au tribunal, ses victimes avaient fait le récit glaçant des attouchements, baisers sur la bouche et masturbations qu'il leur imposait. A l'écoute de ces témoignages poignants, lui restait immobile lors de son procès, regardant droit devant lui.

 


L'avocat de l'ancien curé - défroqué l'été dernier à l'issue de son procès canonique - avait tenté de convaincre le tribunal de prendre une décision le remettant "dans la communauté des hommes, à une place qui est celle que l'on occupe quand on a son âge et qu'on est malade".

"Dans ce procès, vous avez quand même des réquisitions énormes qui correspondent à ce qui serait demandé pour des faits contemporains. Or là, on parle de faits qui datent de 30 ans, ce n'est pas une peine juste", argumente aujourd'hui Me Frédéric Doyez.
 

La Parole Libérée



Si François Devaux, président de l'association de victimes La Parole Libérée à l'origine des procès Preynat et Barbarin, estime "peu probable" la relaxe, il s'attendait aussi à ce que Preynat "fasse appel dans l'intérêt suspensif de la démarche".

Comme dans le cas du cardinal Barbarin, "je ne tiens pas à frapper l'homme à terre. Ce qu'on veut surtout, c'est qu'il y ait une réponse sociétale, un vrai cadre légal (...) il faut aller au bout de ce débat-là", explique-t-il. 

"Le coeur de notre action n'est pas la reconnaissance du préjudice personnel mais de faire en sorte qu'après, cela ne puisse plus se produire", insiste-t-il. (AFP)
    
 

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