Pollution aux perfluorés : la vie sportive de Pierre-Bénite se réorganise

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Écrit par Emilie Rosso

Une semaine après la révélation d’une pollution aux perfluorés par Envoyé Spécial, la mairie de Pierre-Bénite doit prendre des décisions dans l’urgence. Le maire, Jérome Moroge, également candidat LR aux législatives, joue la carte de la prudence et de la transparence. Il annonce la fermeture du stade du Brotillon, mais ne se prononce pas sur la tenue d'une compétition d'athlétisme en juin prochain.

La décision est tombée à la veille d’un plateau de football. Le stade du Brotillon, fermé "pour des raisons de sécurité liées à une pollution des sols et principe de précaution". Plus d’entraînement, plus de matches, plus de tournoi, donc. Lorsqu’il l’a appris, Razik Essalmi, président de l’Olympique Club de Pierre-Bénite, est tombé des nues.

Je trouve que cette décision n’a pas été prise au bon moment, on sait que ce terrain est pollué depuis 50 ans, je ne comprends pas que l’on ne réagisse que maintenant. Moi j’ai toujours joué ici, depuis que je suis tout petit, et je n’ai jamais eu de problème de santé…

Razik Essalmi

Président de l'OLPB

Mais depuis la diffusion d’Envoyé Spécial, jeudi dernier, révélant la pollution de l’air, de l’eau du Rhône et des sols de Pierre-Bénite aux perfluorés, les habitants s’inquiètent et demandent des réponses. Le maire, et candidat aux législatives, a donc préféré fermer le stade où les prélèvements pris par le journaliste d'Envoyé Spécial révèlent une pollution 84 fois supérieure aux normes admises par l’OMS.

La déception et l'inquiétude des clubs de foot 

Solution de repli ? Le stade Lapalus, à un kilomètre de là. "Vétuste, mais c’est déjà ça". Et dès le lendemain donc, c’est panique à bord : il faut rediriger tous les enfants et spectateurs qui ne sont pas au courant de la fermeture. "Les parents sont assez mitigés, il y a ceux qui sont très déçus, et puis ceux qui comprennent. Mais c’est surtout la jeunesse pierre-bénitaine qui va en souffrir… Les jeunes avaient pris l’habitude de se réunir ici pour faire des tournois, cela leur évitait de rester au quartier, où le terrain est trop petit… " ajoute Razik Essalmi, en insistant sur le rôle fédérateur et social de ce stade.  

Tous les tournois ont dû être annulés. Sauf celui des plus petits, qui aura lieu à Oullins, au stade du Merlot. Mais pour la saison prochaine, le président du club, qui compte une centaine de membres, s’inquiète. "J’imagine que le site va rester fermé longtemps, cela va tout chambouler… J’ai peur de perdre pas mal de mes licenciés l’année prochaine… ". 

Même sanction pour l’autre club pierre-bénitois, l’USMPB, qui compte environ 80 licenciés. Aujourd’hui, après plus de 100 ans d’existence, son avenir est menacé. "On a appris la fermeture du stade, et le jour de la diffusion du reportage Envoyé Spécial, la mairie décide de nous supprimer nos subventions, on a trouvé ça un peu gros et mes joueurs sont dégoutés…" dénonce Michaël Alimi, qui avait repris le club en septembre.  

La compétition de l'Envol trophée, menacée 

Pour le club d’athlétisme de Pierre-Bénite aussi, c’est le même coup dur. Et le même argument. "Ca fait 50 ans qu’on joue là, 50 ans qu’Arkema pollue, on ne le découvre pas… Il y a quinze jours, on s’entrainait encore sur ce stade, alors pourquoi pas demain ?" s’insurge Daniel Aligne, directeur de l’ESL Pierre Bénite Athlétisme. « C’est aberrant !».  

Et si le coach ne mâche pas ses mots, c’est parce que dans une quinzaine de jours doit avoir lieu la 28° édition du meeting Envol trophée. Une compétition nationale, voire internationale. 120 athlètes sont attendus.  

Pour l’instant, l’évènement sportif, exclusivement consacré aux sauts, n’a pas été officiellement annulé. Mais Daniel Aligne, qui attend toujours la décision du maire, est inquiet.  "On a déjà lancé les billets de train, pris les nuits d’hôtel, trouvé les subventions et les sponsors" précise-t-il. 

On a construit le stade synthétique il y a deux ans, ça a couté 450 000 euros, à l’époque, tout le monde a dit oui, personne n’a dit "attention c’est pollué", et d’un seul coup d’un seul, on ferme le stade, on marche sur la tête

Daniel Aligne, organisateur de l'Envol trophée

De nouvelles expertises attendues 

De son côté, la mairie joue la carte de la transparence et avoue devoir prendre les décisions au fur et à mesure. De nouvelles analyses des sols ont été demandées, mais les résultats ne sont pas attendus avant l’été.  

L’entreprise Arkema, elle, reconnait avoir rejeté des polluants perfluorés dans le Rhône, et ce en toute légalité, puisque il n’existe pas de norme en France à ce sujet. Mais elle réfute les accusations concernant la pollution du sol. "On ne conteste pas, mais on ne comprend pas parce qu’aujourd’hui, ces produits, on ne les utilise pas et on ne les produits pas", assure Pierre Clouzier, directeur du site de Pierre-Bénite, en faisant notamment référence au polluant Pfunda retrouvé dans le sol du stade. "Donc on est très surpris de ces résultats, et on va faire nos propres analyses pour essayer de comprendre d’où ces molécules peuvent venir" assure-t-il.