Projet Gaya à Saint-Fons ou comment produire du gaz renouvelable à partir de déchets souillés

Dans des labos de recherche et développement de Saint-Fons, au coeur de la Vallée de la Chimie, des ingénieurs sont parvenus à produire du gaz avec des déchets jusqu'ici exclusivement destinés à l'enfouissement, faute de techniques pour les brûler. Une alternative pour limiter la pollution des sols

Grâce à la technique de méthanation, on produira du gaz avec des déchets qui jusqu'ici étaient enfouis car très polluants si on les avait fait brûler.
Grâce à la technique de méthanation, on produira du gaz avec des déchets qui jusqu'ici étaient enfouis car très polluants si on les avait fait brûler. © BELPRESS / MaxPPP

C’est une prouesse technique que viennent de réaliser les équipes de la plateforme Gaya, qui planchent sur la transformation de déchets combustibles solides pour en tirer du gaz « renouvelable ». Les déchets, pour une bonne part destinés à être enfouis, pourront désormais être valorisés sous forme d’énergie.

Concrètement, il s’agit de Combustibles Solides de Récupération (CSR) : des morceaux de bois non retraitables car souillés avec des hydrocarbures ou des huiles, des papiers sales et cartons non recyclables, mais aussi les plastiques qui ne peuvent être recyclés dans des filières, pour la bonne raison qu’elles n’existent pas. Sur les plastiques les plus communément utilisés dans l’industrie, une bonne vingtaine, seuls deux peuvent être recyclés à ce jour.

C’est donc un petit pas en avant « dans la transition vers une économie bas carbone » qui vient d’être franchi, expliquent les scientifiques de Gaya, qui ont travaillé la main dans la main avec l’ADEME et dix autres partenaires, sous la houlette d’ENGIE.

Une démarche basée sur la catalyse de méthanation

En produisant ses premiers mètres cubes de gaz renouvelable à partir de Combustibles Solides de Récupération (CSR), le démonstrateur d’ENGIE a validé en conditions industrielles le process mis au point dans les laboratoires de Saint-Fons, près de Lyon. Ces derniers ont donné lieu au dépôt de dix brevets, a annoncé l’industriel.

Comment ça fonctionne ? Les déchets d’activités économiques non dangereux sont préparés, devenant ainsi des combustibles solides de récupération, selon les normes en vigueur. Ils sont ensuite gazéifiés à très haute température pour produire un gaz de synthèse à haut pouvoir calorifique. Le gaz de synthèse résultant de cette première conversion est ensuite épuré pour être transformé en biométhane selon un procédé catalytique de méthanation

Jusqu’à présent, on savait produire du biométhane à partir principalement de la biomasse forestière. Plusieurs méthaneries de ce type existent dans la région, elles servent à chauffer des logements, comme depuis les années 2000 sur le plateau de Rillieux-la-Pape.

Ou encore plus récemment la chaufferie de la Feyssine, à Villeurbanne, à partir des boues de station d’épuration, qui couvre la consommation en chauffage de plus de 500 logements.

Une première unité industrielle au Havre en 2023 ?

A partir de ces procédés industriels, l’opérateur projette la construction d’une première unité au Havre à partir de 2023. Dès 2026, près de 70 000 tonnes par an de déchets, actuellement non recyclables, permettront de produire jusqu’à 150 GWh de gaz renouvelable, soit l’équivalent de la consommation de 670 bus urbains au gaz. Ce procédé multi-énergies permettra également de produire environ 45 GWh de chaleur renouvelable pour couvrir des besoins urbains ou industriels.

Cette technique fait d’une pierre deux coups : elle se substitue à l’enfouissement. Et offre la possibilité de générer un gaz par définition stockable ; employable chez les particuliers comme dans l’industrie et les bureaux. Le projet GAYA s’inscrit dans les objectifs fixés par la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte. Ce texte vise à réduire de 50 % les quantités de déchets enfouis d’ici 2025 par rapport à 2010 et de 30 % la consommation d’énergies fossiles en 2030 par rapport à 2012, en vue de préserver l’environnement et de renforcer l’indépendance énergétique de la France.

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