"Que fait l'Etat?", excédés par le trafic de drogue, des habitants de Villeurbanne, attaquent le préfet en justice

Des habitants des Charpennes à Villeurbanne attaquent le préfet du Rhône en justice. Ils sont ulcérés par le trafic de drogue qui plombe leur quartier. Ils rejoignent ainsi les nombreux collectifs d'habitants lyonnais en colère. On compte au total 400 requérants pour cette action collective inédite.

Les Charpennes à Villeurbanne, c'est un quartier populaire vivant et animé à la frontière du 6e arrondissement de Lyon. Un quartier desservi par le métro et le tramway. Loin d'être une cité dortoir, l'endroit a même tout pour plaire : commerces de proximité, logements, écoles, services, établissements de santé. Mais pour certains habitants, c'est devenu un quartier gangréné par le trafic de stupéfiants. Le fléau aurait fait son apparition en 2018 et aurait aujourd'hui tendance à s'enraciner.

Le trafic de drogue aux Charpennes

Consommateurs, guetteurs, dealers... certains riverains n'en peuvent plus de cette présence de ce trio infernal au pied de leur immeuble. Une présence quotidienne qui empoisonne la vie du quartier. Un ensemble d'immeubles dont une entrée donne sur la grande place circulaire est particulièrement pointé du doigt. La cour de la construction, autrefois en accès libre, était pourtant fermée par un portillon métallique motorisé. Ce dernier a été vandalisé avec l'arrivée des trafiquants : une protection qui n'a pas résisté à la disqueuse par des vendeurs de drogue. Il a été rendu inutilisable. Sans compter les différentes dégradations des boîtiers électriques de toutes sortes. "On a énormément de dégradations. Tout ce qui peut être démonté pour cacher de la drogue, l'est", explique un riverain qui a accepté de témoigner sous couvert d'anonymat. Sans compter les tentatives d'intrusions dans les parties communes d'immeubles.

Ce trafic a lieu à la vue de tous. Les transactions se font à découvert, à l'intérieur comme à l'extérieur du groupe d'immeubles. Dealers et guetteurs sont seulement effarouchés par la présence des uniformes. A peine les équipages de police tournent les talons, ils reviennent sur place. 

L'inquiétude des riverains est croissante. Ces derniers se sentent aujourd'hui menacés et n'en peuvent plus. Le riverain évoque une situation qui se dégrade et des riverains qui dérangent le trafic : "Au début, ils se poussaient, maintenant on les dérange quand on veut accéder à notre parking souterrain," explique cet homme. Mais avec le temps, le ton change et la présence de ce trafic décomplexé est aussi source de tensions. "Il y a déjà eu des intimidations verbales, notamment des petites phrases pendant le confinement, car on était davantage chez nous et sur les balcons. Ils insinuaient : voilà on sait où vous êtes, où vous habitez, on sait exactement ce que vous faîtes, donc faites gaffe!". Les habitants ont eu le sentiment d'un abandon des pouvoirs publics,"on arrive maintenant à une meilleure collaboration avec les autorités. Mais que fait l'Etat ?" s'interroge encore cet habitant qui évoque une "guerre d'usure".

"Mettre l'Etat face à ses responsabilités"

Une dizaine de résidents du quartier a décidé d'attaquer le préfet du Rhône en justice. Une action en responsabilité a été intentée devant le tribunal administratif de Lyon.  Ces procédures individuelles viennent s'ajouter ainsi aux plaintes des différents collectifs de citoyens lyonnais en colère. Ces dernières années, ces collectifs n'ont eu de cesse de tirer la sonnette d'alarme face aux incivilités, nuisances nocturnes et autres rodéos urbains. Ils sont au total 400 requérants à poursuivre aujourd'hui le représentant de l'Etat. "Le but est de secouer la préfecture et l'Etat pour obtenir plus de moyens pour prévenir les troubles, pour ramener le calme et la sécurité," explique Me Edouard Raffin. Tous entendent démontrer que l'Etat n'a été pas suffisamment actif ou n'a pas réagi assez rapidement.

"On est dans une action un peu désespérée. On a déjà alerté les pouvoirs publics, les maires d'arrondissement, les services de la préfecture, l'Etat. Il y a eu des courriers, des rencontres informelles ou officielles. On ne peut pas dire que rien n'a été fait mais on constate en fait un tel délabrement du service public, de la police que les services et les autorités ne sont plus capables de garantir la sécurité et la sérénité en plein coeur d'une ville comme Lyon,"
explique l'avocat.

La préfecture du Rhône n'a pas souhaité répondre à une demande d'interview.  Une caméra de surveillance devrait être installée d'ici la fin de l'année dans le secteur.  

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