Témoignage. ANOREXIE. "Quand je me rappelle avoir failli en mourir, ça me rend plus forte", Marion Dougère, Miss Excellence Rhône-Alpes 2023

Publié le Écrit par Dolores Mazzola

Marion espère bien décrocher la couronne nationale. Miss Excellence Rhône-Alpes est optimiste. Mais elle l'assure, elle n'en fera pas un fromage si elle ne monte pas sur la première marche du podium de Miss Excellence France 2024 le 27 avril prochain. Ce concours de beauté est aussi une manière de tourner la page de l'anorexie.

Un petit poids, mais pas de petit pois dans la tête. Marion fait des études de communication. Elle avoue avoir aussi eu la tentation de poursuivre des études juridiques. Si la brunette solaire de 21 ans s'est lancée un autre défi, c'est parce qu'il a un petit goût de "revanche" sur son physique autrefois jugé trop maigre. Pas dans le moule, trop mince… La jeune femme a souffert du poids des apparences et du regard des autres. Ancienne anorexique, elle témoigne aujourd'hui pour aider d'autres personnes qui se sentent "seules" face à cette maladie. 

Appétit pour la compétition

Avec son mètre 69, Marion est reine de beauté. Son écharpe et sa couronne de Miss Excellence Rhône-Alpes, la jeune Luzinayzarde les a décrochés à l'automne dernier à Tullins. Cette compétition lui a donné de l'appétit : celui de monter plus haut. Le 27 avril prochain, lors de la finale nationale qui se déroulera à Aix-les-Bains, elle espère se hisser sur la plus haute marche du podium de ce concours de beauté crée par Geneviève de Fontenay après sa démission de la Société Miss France en avril 2010.

Je fais 54 kg pour 1,68 m. Je suis dans les normes. Ça a été une bataille. Très longtemps, j'ai eu un IMC trop bas pour ma taille. Quand on fait 40 ou 43 kg, pour 1,68 m, c'est un peu compliqué.

Marion Dougère

Miss Excellence Rhône-Alpes 2023

Si sa silhouette et son allure de sylphide font rêver plus d'une, la jeune femme n'a pas toujours été à l'aise avec son corps. Sa minceur n'a pas toujours été un atout. Au contraire, elle l'a desservie. De jeune fille mince à adolescente maigre à l'aspect famélique, son poids a même failli la mettre en danger. La jeune femme a souffert d'anorexie et n'en fait pas un mystère. En parlant de sa maladie, elle espère même pouvoir aider d'autres à s'en sortir. "L'anorexie, il y a forcément des restes, mais ça forge et ça permet de prendre une revanche comme celle que je suis en train de prendre cette année", assure Marion tout sourire.

Anorexie(s)

"Ce concours, comme pour beaucoup de jeunes femmes, c'est un rêve de jeune fille avant tout, mais j'ai été atteinte d'anorexie très jeune, une anorexie infantile. J'ai énormément perdu de poids. J'avais une silhouette vraiment très fine. Ce concours, c'est un peu une revanche sur la vie", répète Marion.

Son premier épisode d'anorexie a été très précoce. Elle raconte : "J'ai eu ma première crise d'anorexie à six ans, j'étais en CP. Mais ce n'est pas l'anorexie liée à la sensation d'être trop grosse. Mes aliments ne passaient pas dans mon estomac. C'était un problème physique plus que le fait de vouloir maigrir à tout prix".

Ce problème physiologique aurait pu lui coûter la vie, elle en a bien conscience. Marion a été hospitalisée. Nouvel épisode à l'adolescence à partir de 13 ans. Une période de fragilité durant laquelle le regard des autres peut blesser. Marion n'a jamais été bien épaisse et les stigmates de son anorexie infantile se lisent alors sur son corps. Ils deviennent source de moquerie. Une anorexie qui la poursuit à l'école.

Le poids des apparences

"J'étais en classe de 4ᵉ et 3ᵉ et le regard des autres commençait à m'atteindre. J'ai commencé à avoir des moqueries, des jugements sur ma silhouette. J'ai toujours été de nature assez mince et fine," raconte la jeune femme sans se départir de son sourire. "Planche à pain", c'est la première moquerie qui lui revient spontanément en mémoire et qui sort de sa bouche lorsqu'on la questionne sur le sujet. De ses souvenirs de cours de gym, elle garde des sarcasmes : "quand on faisait le poirier, dès qu'on voyait mes cotes, c'était de grosses moqueries". Drôle de madeleine de Proust.

La grossophobie existe. Je ne sais pas comment ça s'appelle dans l'autre sens, mais ça existe aussi (...) On ne choisit pas. Qu'on se trouve trop grosse ou trop maigre, c'est la même chose.

Marion Dougère

Miss Excellence Rhône-Alpes 2023

Le poids des apparences, la jeune femme ne cache pas en avoir souffert. "Dans la société, quand on est trop grosse, c'est mal vu. Mais malheureusement, quand on est trop fine, c'est mal vu aussi", déplore l'étudiante. Est-ce qu'elle essuie encore des réflexions déplacées sur sa minceur ? Parfois, mais la jeune femme n'est plus focalisée sur les remarques désobligeantes. La maturité est passée par là, la jeune femme a grandi. 

"Tombée très bas"

"À 16 ans, j'ai voulu m'inscrire à un premier concours de beauté. Mais j'étais dans ma deuxième période (d'anorexie), j'étais encore très fine. Je me suis dit que je ne pourrais jamais gagner avec un corps aussi maigre. Alors, j'ai tout arrêté et je n'ai pas finalisé l'inscription", explique la jeune femme. Avec le recul, cette dernière regrette aujourd'hui d'avoir jeté l'éponge à l'époque. Le concours aurait peut-être accéléré sa guérison. 

Marion affirme avoir le souvenir d'être "tombée très bas", à 37 ou 38 kg. Se réconcilier avec son corps n'a pas été chose facile. "C'est encore compliqué à certaines périodes. Encore aujourd'hui, j'ai quelques rapports compliqués avec mon corps, certaines semaines. Mais la plupart du temps, ça va. Je suis bien entourée et j'ai du soutien de la part de mes proches et de mes amis. Je pense cependant qu'on n'est jamais vraiment réconcilié avec son corps. Je pense que j'aurai des séquelles toute ma vie", explique-t-elle. Elle pense aux "flashes" de son hospitalisation. "Ça restera toujours dans ma tête, mais il faut s'en servir pour progresser", ajoute-t-elle en affichant un optimisme à toute épreuve. Même si elle en conserve des images mentales de ses phases d'anorexie, elle soutient : "physiquement, on peut en guérir". "Quand je me rappelle tout ce que j'ai fait, d'où je reviens - j'ai failli en mourir - eh bien ça me rend plus forte", confie la jeune Miss Excellence Rhône-Alpes. 

Spirale infernale et "point final"

Le concours de beauté qu'elle a remporté en novembre dernier est l'aboutissement d'un processus de reconstruction et d'acceptation de son image. Reste la mémoire du corps malgré une minceur assumée : "Quand je maigris aujourd'hui, je maigris énormément et très vite, notamment quand je suis malade. Et je vais avoir du mal à reprendre du poids. C'est ce que les gens ont du mal à comprendre." Une question de métabolisme selon la jeune femme.

À l'inverse de la plupart des gens, quand je monte sur la balance et que je vois que le poids monte, je suis contente ! C'est le comble mais je sais que je ne suis pas toute seule dans cette situation. Beaucoup de gens vont se retrouver dans ce que je dis.

Marion Dougère

Une question de cercle vicieux, aussi, dans le cas de l'anorexie. Elle en détaille bien le mécanisme : "Je culpabilisais. Je me disais : je ne mange pas, je maigris, je vais prendre des critiques... En pensant aux critiques, ça me stressait, mon estomac se fermait complètement". Si l'adolescente n'a pas connu la diabolisation de certains aliments, elle affirme avoir vécu un véritable stress à table, surtout au restaurant : "Je voyais arriver l'assiette et ça me stressait à l'idée de ne pas arriver à la finir. Le principe de finir son assiette me bloquait totalement". Aujourd'hui, l'anorexie est derrière elle. "Maintenant, je me fais plaisir, je mange de tout, je profite, je ne me pose pas la question de faire ou non un écart", assure la jeune femme. Ce concours, c'est "un point final" pour la jeune femme.

Réseaux sociaux, le miroir déformant

Si d'après Marion, la silhouette parfaite n'existe pas, les réseaux sociaux contribuent largement aussi à brouiller ce message de bon sens. Ils donnent une vision déformée de la réalité. "Fatalement, on se compare aux autres. Les réseaux sociaux ne nous aident pas. On voit beaucoup de retouches sur les photos, des corps absolument parfaits, avec un peu de formes. Ce n'est pas mon cas. Quand on est tout le temps sur TikTok, sur Instagram ou X, on voit tout ça. Parfois, on complexe un peu, on aimerait un peu plus de formes, de poitrine, de hanche".  Alors Marion a appris à relativiser : "On se dit, c'est notre corps, il faut l'accepter tel qu'il est ! Même les plus grands mannequins doutent d'elles à un moment donné."

La 14ᵉ finale du concours Miss Excellence France aura lieu le 27 avril 2024. Au total, 22 candidates sont en lice. 

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