Témoignage. Quitter le couvent, "c'était le choix entre la vie et la mort", raconte une ancienne nonne

Aujourd'hui Catherine Draveil croque la vie. Après 40 ans dans un couvent sous l'emprise de mères supérieures successives, elle a réussi à s'extraire de son existence pour "entrer dans sa vie". Elle raconte son histoire dans sa biographie, "Métamorphose".

Catherine Draveil a été nonne cloîtrée pendant 40 ans. Elle vient de sortir un livre autobiographie "Métamorphose" dans lequel elle raconte son parcours avec une vie destinée à Dieu pas complètement choisie, et une prise de conscience tardive de ses envies. Une interview de Paul Satis pour Entre deux

La vie d'une autre

Depuis son enfance, Catherine Draveil a "une petite voix intérieure qui lui dit qu'elle sera religieuse" mais elle lutte et continue sa vie. C'est à la fac de médecine, en 4e année, que "cette petite voix prend le dessus". La jeune étudiante décide subitement de tout arrêter et entre au couvent.

Avec le recul et l'aide d'un psy, elle relie cette décision à des traumas de la petite enfance. "J'ai subi des attouchements étant petite et une psy m'a dit : ça fait exploser les limites d'un enfant, peut-être avez-vous voulu vous mettre de nouveau des limites pour vous mettre en sécurité". Elle associe également cette voix au désir de sa mère de la voir entrer dans les ordres. Une pression qui ne l'a jamais quittée et qui l'a finalement emportée.

La jeune novice se plie docilement à une vie extrêmement bien réglée, exigeante, dense, avec beaucoup de rites religieux. "Depuis ma dépression infantile précoce à 8 ans, je pensais que la vie n'était pas drôle et que c'était le seul moyen pour arriver à un hypothétique bonheur du ciel. Ça ne m'a pas étonné."
Il y a les prières, (jusqu'à 6 heures par jour) les repas, les travaux, pour toutes, au même moment. Une routine collective très chargée. Au début, Catherine vit dehors. Elle conduit le tracteur, s'occupe des animaux. Ses années de médecine sont précieuses. Elle est aussi maîtresse de chœur. "Ça a bien contribué à mon équilibre.

Mais une ombre plane au-dessus d'elle. La mère supérieure développe une emprise sur la jeune femme. "Elle disait des choses contradictoires, me reprochait de lui obéir. Ça me déstabilisait". Un ascendant omniprésent qui enferme la novice et la prive de toute la réflexion qui accompagne normalement une entrée dans les ordres. Dans une relation équilibrée, ses doutes auraient été pris en compte. "On m'aurait dit : retourne voir dans le monde et reviens nous voir dans un an si tu as encore envie de rentrer".

Une situation complexe que Catherine a comprise trois ans après sa sortie du couvent. Elle met enfin un mot sur sa situation : burn-out.

Dans mon milieu, on ne divorçait pas et on ne sortait pas du monastère, c'est impossible.

Catherine Draveil

ancienne nonne et autrice

Mais un jour, la mère supérieure va trop loin. Elle refuse que Catherine se rende à une réunion qu'elle avait elle-même organisée avec les autres sœurs de l'économat. Catherine obtempère une fois encore. "Le lendemain matin, je me suis réveillée et j'ai dit non. J'ai obéi pendant 35 ans, mais là, je refuse qu'on me traite comme un enfant." Un ultime sursaut, une fulgurance. Avec le recul, "j'ai compris que ce jour-là, la vie me disait : tu restes et tu continues comme un automate ta vie qui n'est pas heureuse, ou tu sors. C'était le choix entre la vie et la mort, presque la mort psychique."

Catherine a retrouvé la vie civile à 62 ans. Elle est aujourd'hui mariée et croque la vie à pleines dents. "C'est le passage de mon existence à la vie. J'étais un petit peu à l'état larvaire sur le plan de mes possibilités et aujourd'hui, je suis dans ma vie."

"Métamorphose" aux éditions Pierre Favre.

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