Témoignages. "C'est inhumain de nous mettre à la rue", Laetitia et son bébé d'un mois se retrouvent expulsés

Publié le Écrit par Marie Bail

Les collectifs Solidarité entre Femmes à la Rue et Droit au Logement 69 ont organisé un rassemblement devant la Métropole de Lyon ce 30 novembre. Ils dénoncent des expulsions de mères avec leurs nourrissons âgés d'un mois, en pleine trêve hivernale. Des mères de famille témoignent.

Dans sa poussette à l'abri de la pluie, la petite Sira âgée d'un mois, dort paisiblement les poings fermés contre son bonnet rose. Au 1er décembre, elle sera à la rue, sans logement. Ses parents sont hébergés dans un hôtel géré par la Métropole de Lyon mais ont été avertis de leur expulsion. Les larmes aux yeux, éreintée par l'incertitude de vivre sans domicile, sa mère Laetitia craque.

"C'est injuste"

"Ma fille est née le 26 octobre. Nous sommes en pleine trêve hivernale et pourtant la Métropole nous expulse.", explique-t-elle. En juin, elle et son mari étaient logés au squat de Sans-Souci. Laetitia, 41 ans, travaillait comme auxiliaire de vie. Depuis l'expulsion du squat en juin, elle a perdu son travail, incapable de mener à bien une vie professionnelle et une grossesse difficile.

"On est restés quelques jours à chercher une solution, j'étais enceinte de cinq mois, j'ai demandé à la maison de la Métropole de me loger, pour cela il fallait que je prouve que j'avais une grossesse à risque.", relate Laetitia.

Après la naissance de leur fille, c'est la déconvenue. "Comme nous sommes un, la Métropole nous a expliqué qu'il nous hébergerait uniquement jusqu'au un mois de notre fille.", affirme la quadragénaire. La collectivité, qui s'occupe de la protection de l'enfance, héberge les femmes isolées avec enfant jusqu'à leurs trois ans. Laetitia a été avertie de la fin de sa prise en charge par son assistante sociale il y a deux jours. Résultat, elle se retrouvera sans logement dès vendredi 1er décembre au soir.

La Métropole m'a dit que j'aurais mieux fait de me déclarer comme "femme isolée" mais pour moi c'était hors de question, mon enfant je ne l'ai pas fait toute seule et mon conjoint est mentionné sur tous mes autres documents administratifs.

Laetitia

mère d'une petite fille d'un mois

Laetitia a quitté Orléans pour s'installer à Lyon il y a deux ans. Dès son arrivée, elle a déposé un dossier pour obtenir un studio en HLM. Sans succès. "Je galère depuis deux ans, ce n'est pas normal, j'ai toujours travaillé depuis mes quinze ans, je ne suis pas totalement sans ressources.", pleure la maman.

Une situation incompréhensible alors que la trêve hivernale a débuté au 1er novembre. "Si la Métropole ne me propose rien, je vais voir si je peux être logée au Centre culturel et de la vie associative (CCVA) de Villeurbanne, en attendant.", espère Laetitia.

"Je suis à bout"

Une centaine de personnes occupent actuellement le CCVA de Villeurbanne. C'est le cas d'Émeline (le prénom a été modifié). La jeune femme de 32 ans est mère de quatre enfants, âgés de trois à treize ans. Pendant six mois, la famille a été logée dans un hôtel géré par la Métropole dans la commune de Marcy-l'Etoile. "Une fois que mon plus enfant a atteint l'âge de trois ans, on nous a mis à la rue, c'était le 3 octobre.", explique-t-elle. La direction de l'hôtel lui a signalé qu'elle devait partir ou payer sa chambre. Sans ressources, elle s'est retrouvée à la rue. "Je rêve de travailler mais je ne peux pas laisser des enfants en bas âge, je dois m'en occuper.", justifie-t-elle.

Depuis, la famille a vécu deux semaines dans une école puis dans un gymnase. Émeline ne sait pas de quoi sera fait demain.

Je n'ai pas les mots, je pense que ces gens n'ont pas de coeur de laisser des enfants dehors, dans le froid.

Émeline

mère de quatre enfants

Le chauffage vient tout juste d'être mis au centre culturel. "Mes enfants sont choqués, ils ne parlent plus, mon fils aîné a changé et il ne veut plus aller à l'école, il est en colère.", raconte Émeline . "Je voulais faire la maman forte mais parfois je pleure, c'est vraiment trop dur, témoigne la jeune femme, la Métropole de Lyon me dit d'appeler le 115 mais il n'y a pas de places pour nous."

Un petit groupe se rassemble devant l'entrée du bâtiment de la Métropole dans le 3e arrondissement. Parmi eux, Esmée (le prénom a été modifié), 23 ans. Elle aussi est logée avec son enfant de huit mois et son conjoint au centre culturel de Villeurbanne. "On est solidaires ensemble mais c'est difficile de vivre à plus de cent personnes, quand un enfant est malade, tous les autres le sont !", raconte la jeune femme. 

"Je ne comprends pas ce que fait la Métropole. Est-ce qu'ils veulent que ces bébés meurent de froid dehors ?".

Esmée

mère d'un bébé de huit mois

Son mari est même prêt à dormir dans des squats pour laisser sa femme et leur enfant dormir dans un hôtel. La famille a essuyé un nouveau refus. "Cela montre que si une femme est déclarée en couple, elle ne pourra jamais être aidée par la Métropole.", selon elle. 

En début d'après-midi, Laetitia, Émeline et des membres du collectif Droit au Logement ont été reçus par la Métropole de Lyon. "Nous n'avons rien obtenu de la métropole, ni pour Laetitia, ni pour les autres qui devront partir demain", nous confirme ce soir une membre du collectif DAL69.

Contactée, la Métropole de Lyon indique avoir alerté ce jour la préfecture du Rhône. "Notre mission de protection de l'enfance est strictement encadrée, nous nous sommes déjà substitués à l'Etat en prenant 2 500 personnes en charge dont 850 enfants", nous précise la collectivité. Selon cette dernière, 30% des cas relèvent des compétences de l'Etat. Parmi eux, Laetitia et sa fille d'un mois, désormais sans toit. 

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