Théâtre : des étudiants lyonnais habillent "Marie Tudor", la pièce actuellement en préparation à Vienne

Pour vêtir les comédiens de la pièce Marie Tudor de Victor Hugo, créée au théâtre de Vienne, en Isère, le metteur en scène Michel Belletante a fait appel aux étudiants costumiers du lycée lyonnais La Martinière-Diderot.

Les "petites mains" s'affairent autour de la robe de Marie Tudor
Les "petites mains" s'affairent autour de la robe de Marie Tudor © Marie Halopeau

Dans la loge du théâtre François Ponsard, les petites mains s’affairent autour de Léo Ferber. Sous le regard bienveillant de Nathalie Matriciani, costumière de spectacle, Shannon Lhuillier ajuste la robe de la comédienne. Quelques épingles guideront les ultimes retouches. Etudiante en DNMADE (Diplôme national des métiers d’art et de design), option spectacle au lycée La Martinière Diderot à Lyon, la jeune femme a confectionné avec onze étudiants complices les costumes de la pièce Marie Tudor, quatorze au total.

« On a vu une première fois les acteurs, on a aussi rencontré le metteur en scène Michel Belletante puis on a travaillé pendant cinq semaines à produire les costumes. Nathalie, la costumière, les avait tous dessinés, elle a choisi les tissus et nous les avons fabriqués. »

Un peu corsetée dans sa robe rouge sang, Léo Ferber qui incarne Marie Tudor, cette reine anglaise du 16ème siècle aussi sanglante que follement amoureuse, apprivoise sa somptueuse tenue de scène comme revêtue d’une seconde peau, celle de son personnage. La comédienne a assisté de près à l’élaboration des costumes dans ce lycée lyonnais du 19ème siècle chargé d’histoire qui réunit l’ancienne école technique La Martinière et l’ancienne école de tissage Diderot, au bas des pentes de la Croix Rousse.

Nathalie Matriciani, costumière de spectacle, et les étudiantes-costumières du lycée lyonnais La Martinière-Diderot.
Nathalie Matriciani, costumière de spectacle, et les étudiantes-costumières du lycée lyonnais La Martinière-Diderot. © Marie Halopeau

« Quand on est allés visiter leurs ateliers, dans cet endroit magnifique, on a vu la masse de travail qu’ils ont accompli pour ce spectacle, oui, c’est une belle aventure. Et les étudiants ont fait un magnifique travail ! »

 

Un résultat bluffant

Pour confectionner les costumes, Nathalie Matriciani est allée choisir ses étoffes dans un autre lieu patrimonial, la Maison Walder, entreprise familiale fondée en 1873 sur la presqu’île lyonnaise et qui travaille aujourd’hui avec les métiers du spectacle et de la mode.

Le résultat sur scène est bluffant ! Dans l’écrin du théâtre de Vienne, petit bijou de théâtre à l’italienne, les reflets flamboyants de la robe de Marie Tudor éclatent enfin à la lumière. Pour la première fois, Léo Ferber et son partenaire Julien Gauthier répètent dans leur costume.

Monter une pièce de théâtre en costumes d’époque, c’était une vraie volonté du metteur en scène Michel Belletante qui dirige le théâtre de Vienne depuis quatre ans. « Déjà le choix de la pièce de Victor Hugo, Marie Tudor, cette reine surnommée Bloody Mary, Marie la Sanglante, car célèbre pour avoir fait décapiter quelques centaines d’anglicans et de protestants et asseoir le catholicisme, relève de deux envies, faire parler les auteurs du 19ème sur la place des femmes et explorer le destin d’une reine qui cherchait à prendre sa place politiquement et amoureusement mais qui s’est heurtée à la raison d’Etat. Hugo s’est amusé à transformer la fille d’Henri VIII réputée plutôt prude en une femme passionnée et excessive ! Lorsqu’on monte en 2021 un texte écrit en 1833 et qui se déroule en 1550, on se demande quels costumes vont s’adapter le mieux au contexte. J’ai eu l’intuition qu’il fallait des tenues renaissance élisabéthaine. » 

© Marie Halopeau

Lorsque Michel Belletante évoque ce choix à Nathalie Matriciani, la costumière est enthousiaste. Elle pense aussi d’emblée aux étudiants stylistes de La Martinière Diderot pour donner à la pièce cette couleur « tudorienne ». Le metteur en scène a d’ailleurs souvent privilégié les costumes d’époque, en particulier sur des pièces de Molière lorsqu’il officiait à l’Amphithéâtre de Pont-de-Claix près de Grenoble.  

 

"On est vraiment dans l'époque" !

« Déjà aux XVIe et XVIIe siècles, les costumes constituaient l’élément principal des compagnies de théâtre souvent très pauvres. C’est ce qui impressionnait le plus les spectateurs comme les badauds ! Aujourd’hui, peu de compagnies montent des spectacles en costumes, beaucoup auraient mis Marie Tudor dans une robe prêt-à-porter années 50, tandis que là on est vraiment dans l’époque. Et puis, faire travailler des jeunes étudiants costumiers, ça a été pour eux une expérience fabuleuse ! »

La compagnie « Théâtre et compagnie » croise les doigts et espère toujours offrir au public ce Marie Tudor du 4 au 7 mai prochain sur les planches du théâtre François Ponsard. "Monter ce spectacle c’est aussi montrer qu’on ne baisse pas les bras, ni les sept comédiens ni les techniciens et musiciens. On ne sait toujours pas si on jouera devant du public, des professionnels ou juste des caméras, mais ce qui est certain c’est que nous serons là", assure le metteur en scène avant d’ajouter, le regard malicieux : "en plus c’est un mélodrame à rebondissement, une pièce politique vraiment d’actualité digne des séries Borgen ou House of Cards avec un suspens hitchcockien" !

Suspens aussi, donc, concernant la date des retrouvailles avec les spectateurs. En revanche, le spectacle sera bien reprogrammé à Vienne à la rentrée de septembre. Quant à l’aventure des étudiants costumiers lyonnais, elle va faire l’objet d’un film documentaire signé de l’autrice-réalisatrice Marie Halopeau et intitulé « Habille d’espoir nos lendemains ». Une belle histoire humaine et culturelle qui attend son happy end, les premiers applaudissements du public !

 

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