Train : un million de voyageurs en un an pour Trenitalia sur les rails français

Quel est le bilan de la première année d'activité de Trenitalia France ? La compagnie italienne avait lancé ses premiers trains rapides entre Paris et Milan, via Turin, Chambéry et Lyon, en décembre 2021.

"C'est confortable, le train est récent, plus que le dernier TGV que j'ai pris il y a quelques mois. C'est agréable d'avoir un écran qui nous donne la vitesse en direct", détaille Véronique qui prend le frecciarossa, train rapide italien, pour la première fois entre Lyon et Paris. 

L'alternative à la SNCF

Le train rapide rouge arrive de Milan Centrale et direction la capitale en deux heures, comme avec un TGV classique. Plus que le confort ou le service à bord, c'est le climat social qui a décidé Véronique à opter pour cette compagnie ce jour-là, délaissant l'opérateur historique. "J'ai eu peur que la SNCF ne fasse grève. Je me suis décidée à prendre un billet Trenitalia il y a un mois", explique la voyageuse lyonnaise qui se rend à Paris pour voir sa fille. Une solution alternative qui semble la satisfaire.


Voyagera-t-elle à nouveau avec cette concurrente de la SNCF ? Elle n'y voit aucune objection, d'autant que les prix sont selon elle, "tout à fait identiques" à ceux de la compagnie française. "Je ne vois pas de raisons de ne pas poursuivre avec Trenitalia. Pourtant d'habitude j'achète français. Mais j'ai eu peur de ne pas pouvoir partir, c'est ce qui m'a décidée". "Et je repars lundi, par Trenitalia ! On ne change pas une équipe qui gagne", conclue la passagère avec satisfaction. 


Dans l'autre sens, Paris - Lyon, p
our Gérard et Nicole, c'est le tarif intéressant qui les a décidé, "un peu en-dessous de la SNCF". Des places Lyon-Paris pour petit budget, comprises entre 23 et 35 euros. "On a été agréablement surpris à l'aller au départ de Lyon, je pense qu'on renouvellera cette expérience", explique le couple. Comme Véronique, les retraités expliquent aussi avoir eu recours à la compagnie italienne par crainte des grèves.

Un bilan "très positif"

Un frecciarossa en gare de Lyon Part-Dieu. Les voyageurs semblent avoir rapidement pris l'habitude de ces trains rouges qui circulent sur les voies de la SNCF depuis un peu plus d'un an. Si les mouvements sociaux ont offert une plus grande visibilité à la compagnie italienne, ils n'expliquent pas tout.  Trenitalia France tire un bilan positif de sa première année d'activité. 

Avec un prix d'appel à 23 euros, quatre niveaux de confort - de la classe standard à la classe exécutive - la compagnie affiche un taux de remplissage supérieur à ses attentes.

"Le bilan est très positif après plus d'un an d'activité : nous avons fait plus d'un million de voyageurs. Le taux de remplissage est très satisfaisant. Il est allé au-delà de nos attentes : en moyenne, nous avons fait plus de 73% de remplissage l'année dernière, dont 80% sur le Paris-Milan presque tous les jours", explique Roberto Rinaudo, président de Trenitalia France.

"Les enquêtes de satisfaction confirment que nos clients sont très satisfaits de la qualité de nos services", poursuit Roberto Rinaudo. "Notre politique tarifaire est basée sur un très haut niveau qualité - prix, très apprécié par notre clientèle", résume-t-il.

Une offre qui se développe

L'aventure sur le sol français a débuté en décembre 2021 avec deux aller-retours Paris-Milan, via Lyon. L'offre a été renforcée au printemps 2021 avec un aller-retour supplémentaire. Depuis, la compagnie italienne a développé son offre. Un autre service reliant Paris et Lyon a été lancé à partir d’avril 2022. Un seul aller-retour au début. Depuis juin 2022, l'offre est de 3 aller-retours entre Paris et Lyon, ligne la plus rentable. Au total, la compagnie italienne propose 5 aller-retours quotidiens entre Paris et Lyon.

Trenitalia France pourrait envisager de muscler l'offre existante sur les trajets Paris-Lyon et Paris-Milan, et pourquoi pas de s'engager sur d'autres lignes en France. Des études sont en cours.
Quid d'éventuels appels d'offres sur des lignes régionales ? A condition qu'elles permettent "des synergies avec le réseau grande vitesse que nous avons créé, comme Auvergne Rhône-Alpes ou PACA," répond le dirigeant. "Ça dépend aussi de la volonté des régions, de prolonger ou non leur contrat avec la SNCF," précise-t-il.

Les usagers voient aujourd'hui plutôt d'un bon œil l'ouverture à la concurrence du rail français.

Péage ferroviaire : réduction accordée à Trenitalia

En décembre 2021, Trenitalia France est devenue la première compagnie alternative à proposer un transport de voyageurs à grande vitesse sur le réseau ferré national.

Depuis 2010, le ferroviaire français est doté d’une autorité indépendante qui accompagne son ouverture progressive à la concurrence : l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf). Elle a validé la tarification négociée entre SNCF Réseau et Trenitalia France pour les années 2022 et 2023 concernant l'accès aux infrastructures.

Le taux de réduction négocié de ce péage ferroviaire s’élève à 37 % pour la première année, 16 % pour la deuxième année, et 8 % pour la troisième année (optionnelle). "En France, le péage a un prix moyen supérieur à d'autres pays européens, notamment à l'Italie. Il y a un dispositif dit de tarification différenciée, qui permet aux nouveaux opérateurs de bénéficier d'une réduction de péage pour les deux premières années", explique Roberto Rinaudo, "cela sert à compenser partiellement le coût d'investissement nécessaire pour arriver en France". Pour pouvoir prendre pied en France, la compagnie italienne a investi plus de 300 millions d'euros. 

Cette baisse de la réduction du péage ferroviaire va-t-elle avoir une incidence sur la politique tarifaire de Trenitalia en France ? "Notre politique tarifaire n'a rien à voir avec la réduction des péage", résume le président. 

Et l'arrivée d'un nouvel opérateur ?

En un an, l'arrivée d'un concurrent sur le réseau à grande vitesse français a permis d'augmenter l'offre entre Paris et Lyon de 15% et de faire baisser le prix des billets de 23% en moyenne. L'effet pourrait se poursuivre avec l'arrivée d'un nouvel opérateur.
Les négociations sont encore en cours mais l'espagnol Renfe devrait s'installer sur le réseau français prochainement : il espère proposer des trajets Lyon - Barcelone dès cet été et des trajets Lyon - Paris d'ici fin 2023. Chez Trenitalia, pas d'inquiétude par rapport à l'arrivée de Renfe sur le marché ferroviaire français, la marge de développement est encore importante dans l'hexagone. "En France, de nombreux voyageurs préfèrent encore la voiture". Le potentiel de développement est encore important, selon la direction de l'opérateur italien. 

Du côté de la SNCF, pour faire face à la concurrence sur la grande vitesse entre Lyon et Paris, l'opérateur historique a notamment rajouté des Ouigo avec prix d'appel à 19 euros ou 16 euros. Mais ces trains partent souvent de Lyon Saint-Exupéry à destination de Marne-la-Vallée. 

Propos recueillis par A.Laurent et V.Diguat

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