A la veille de leur retour dans les rues de Lyon (Rhône), la colère des Gilets jaunes ne faiblit pas

Nous avons rencontré Warren Dalle, étudiant lyonnais en droit et politique. Il nous dit pourquoi le mouvement des Gilets jaunes doit être relancé.
Warren Dalle est un Gilet jaune de la première heure. Il est étudiant en droit et politique à Lyon.
Warren Dalle est un Gilet jaune de la première heure. Il est étudiant en droit et politique à Lyon. © France 3 rhône-Alpes/Vincent Diguat
Warren Dalle est un Gilet jaune de la première heure. Deux ans après le début du mouvement, il souhaite que celui-ci reparte. Nous l'avons interviewé.


-Pourquoi vous semble-t-il nécessaire de se remobiliser?

-WD: Il faut relancer ce mouvement car il y a une défiance de la population à l'égard du politique. Le comportement du président Macron est hautain. Le mouvement des Gilets jaunes a fait prendre conscience au peuple qu'il devait se ressaisir du fait politique. On essaie de relancer cette prise de conscience. Les Gilets jaunes sont en quelque sorte des lanceurs d'alerte, pour dire qu'il y avait un point de rupture, une trop grande distance entre les élus et les électeurs. On est là pour faire comprendre aux gens que c'est en se mobilisant, en sortant dans la rue qu'ils peuvent se faire entendre.

-Quelle difficulté rencontrez-vous pour mobiliser?

-WD: La peur. De nombreux Gilets jaunes ont subi la répression de plein fouet: il y a eu des éborgnés, des mains arrachées. A Lyon, pour l'acte 69, un jeune qui n'avait rien fait s'est pris un tir de LBD (lanceur de balle de défense) dans la mâchoire. Il a eu la mâchoire cassée. C'est une violence qui est telle que ça peut choquer.
Mais depuis quelques temps, il y a un sentiment de colère si important dans le pays, et avec la crise sanitaire rien ne s'est arrangé. Du coup, on a cette frustration et cette envie d'être à nouveau dans la rue pour à nouveau se faire entendre et porter les revendications.

-Pourquoi ne pas former un parti, évoluer vers autre chose?

-WD: Cela ne s'est pas fait car il y a également une défiance à l'égard des partis. Par exemple, quand Emmanuel Macron est arrivé avec la République en marche, beaucoup de gens ont cru au ni droite ni gauche. En fait, ce n'était pas ça du tout mais c'était la même tambouille. Celle qu'on mange depuis 30 ans. Du coup, les gens ont fini par dire que le mouvement des Gilets jaunes, qui est profondément politique, est apartisan. On ne soutient donc aucun parti. Par contre, si des partis veulent prendre nos revendications, qu'ils y aillent. Peut-être qu'ils démontreront qu'ils peuvent entendre le peuple.

-Sait-on très clairement ce que veut un Gilet jaune quand il se mobilise aujourd'hui?

-WD: Il y a beaucoup de gens qui ne comprennent pas les Gilets jaunes car ils n'ont pas pris la peine de discuter avec eux. Moi par exemple, je sais que ce qui me manque profondément, c'est beaucoup plus de démocratie. Le référendum d'initiative populaire (RIC), c'est quelque chose d'important qui peut vraiment changer les choses dans le pays. Il y a autre chose qui m'est cher et c'est dans les 5 premières revendications des Gilets jaunes de Lyon: c'est l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. Cela pourrait régler beaucoup de soucis sociétaux.

-Pourquoi ces revendications ont peu changé deux ans après le début du mouvement?

-WD: Il y a une indifférence totale et c'est tragique. Dans un pays comme la France, pays des Droits de l'Homme, un pays qui inspire tant normalement au niveau international. Aujourd'hui, on est copié pour notre système policier, notre système de répression alors qu'avant, on était admiré et copié pour nos libertés.

-Y a-t-il un espoir que ça reparte?

-WD: Oui. Il y aura toujours cette flamme, toujours des gens pour dire, pour sonner l'alerte, essayer d'entraîner cette prise de conscience.
 

On veut dire aux gens: Vous pouvez vous faire entendre! C'est le message des Gilets jaunes

Warren Dalle, étudiant

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