"On crée des groupes de niveau et pas de besoin", le Choc des savoirs décroche une mauvaise note auprès des enseignants

durée de la vidéo : 00h01mn29s
Les mesures du Choc des savoirs annoncées par le gouvernement, notamment la création de groupes de niveau, n'a pas séduit les enseignants du collège Paul Éluard de Vénissieux. ©FTV

À compter de la rentrée prochaine, les élèves de 6e et de 5e seront répartis en trois groupes de niveaux pour leurs enseignements de français et de mathématiques. Une stigmatisation toxique estiment les enseignants du collège Paul Eluard de Vénissieux.

Le Choc des savoirs annoncé par Gabriel Attal pour la rentrée prochaine va répartir les élèves de 6ᵉ et de 5ᵉ en groupes de niveau en mathématiques et en français, selon leurs capacités. Les classes suivantes à la rentrée 2025. La nouvelle ne fait pas sensation au sein du collège Paul Éluard de Vénissieux qui voit, en plus, deux de ses classes fermer cette année.

Une incitation à la discrimination

Le ministère de l'Éducation nationale prévoit de séparer les collégiens en français et en mathématiques. Dans la cour du collège Paul Éluard de Vénissieux, les enfants ont des appréhensions. "Ils (les moins forts) vont penser qu'ils sont bêtes alors qu'ils ne le sont pas forcément" dit Abdel-Jalil, collégien en 4ᵉ. "Les plus forts pourraient se vanter et dire aux autres : vous êtes nuls" ajoute Annis, 11 ans, "un peu fort", en 6ᵉ. "S'ils sont tous ensemble dans un groupe de niveau mauvais, aucun ne va avancer" ajoute une autre élève.

Faire des classes de 33 personnes parfaites et des classes de 33 personnes pas bonnes, dès le CM2, va provoquer du harcèlement entre élèves et de la discrimination. C'est impossible à entendre.

Mahjouba Choukri

Présidente de l'association des parents d'élèves

La stigmatisation des enfants par cette classification entrave tout espoir de progression, estime s'inquiète Mathilde Mangado, professeure d'allemand et représentante syndicale à la CFDT. "On va trier les élèves avant même de les connaître et à les assigner à une image d'eux-mêmes qu'on essaie de dépasser en leur montrant qu'ils sont capables de faire mieux et qu'ils sont tous amenés à progresser". Elle craint aussi la "perte du bénéfice d'être mélangé à des élèves qui les tirent vers le haut".

Les groupes sont clairement identifiés comme des groupes de niveau et pas des groupes de besoin

Pauline Runet

professeure de français du collège Paul Eluard de Vénissieux

Autres conséquences de la mesure Choc des savoirs : la suppression d'heures allouées à l'éducation prioritaire, la fin des petits groupes en sciences, en langues étrangères ou en sport. Les groupes imposés effacent ainsi toute possibilité d'en créer d'autres, jugés plus pertinents par l'équipe éducative. 

Depuis deux semaines, les enseignants du secondaire se relaient pour manifester leur mécontentement dans la métropole.