Témoignage. Pour "les invisibles" du médico social, femmes de ménage et agents administratifs, "Pas de prime égal déprime"

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Le secteur médico-social vit une situation explosive dans ses établissements. Certains salariés ont obtenu une prime de 183 euros mais d'autres, dans les postes administratifs ou de la logistique en sont exclus. Le président du groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux rencontre la ministre déléguée aux personnes handicapées ce 15 septembre 2022.

"Nous ne sommes pas du tout contre notre direction", la phrase est rare dans le cadre d'un conflit social... La voix est déterminée mais la personne, salariée d'une structure d'accompagnement de jeunes en situation de handicap, préfère rester anonyme. 

Elle fait partie de la quarantaine de salariés mobilisés dans un institut médico éducatif de Vénissieux dont la mission est d’accueillir des enfants et adolescents handicapés atteints de déficience intellectuelle quel que soit le degré de leur déficience. Il ont organisé une " grève surprise". Grève symbolique de deux heures pour attirer l'attention sur ce qui est vécu comme une profonde injustice. 

"Nous souhaitons par la présente porter à votre attention la colère et le sentiment d’abandon qui règnent chez « les Invisibles du Ségur/Laforcade» depuis la mise en place de la prime Ségur/Laforcade" ont -ils écrit collectivement dans un courrier adressé aux députés. 

Ils font référence à la prime de revalorisation salariale de 183 € nets par mois, à compter du 1er avril 2022 pour les professionnels de la filière socio-éducative exerçant dans les fonctions publiques d'État, hospitalière ou territoriale. 

On nous dit qu'on est pas au contact du public. Mais vous croyez qu'une femme de ménage qui passe dans un couloir n'aide jamais un éducateur à  porter un jeune ?

Employée secteur administratif dans le médico-social

La liste des professionnels concernés établit de fait une différence entre les différents salariés de ces structures. Administratifs, ou métiers de la logistique en sont exclus. 

"On nous dit qu'on est pas au contact du public. Mais vous croyez qu'une femme de ménage qui passe dans un couloir n'aide jamais un éducateur à  porter un jeune ? Quand il a fallu se vacciner on était au contact du public mais pour toucher la prime d'un coup on devient invisibles!" regrette une salariée. 

Invisible, le mot revient de façon récurrente dans les témoignages. "On pensait que la crise COVID avait un peu changé les choses mais pas du tout. Les métiers qui ne sont pas revalorisés sont ceux qui ont les plus bas salaires." 

Pas de prime égal déprime, on est nombreux à être au bout du rouleau

Employée secteur administratif dans le médico social

Une situation qui crée des tensions au sein des équipes en creusant des écarts importants. L'ambiance est devenue beaucoup plus tendue et certains salariés se sentent méprisés. "Pas de prime égal déprime, on est nombreux à être au bout du rouleau". 

"Notre investissement et attachement à ce secteur commencent à s’essouffler, beaucoup d’entre nous songeons à quitter un secteur discriminant alors que nous devons soigner, accompagner et œuvrer pour les plus fragiles dans un secteur qui nous rejette avec tant de force."

Les derniers oubliés du Ségur

 

A l'échelle nationale, de nombreux autres établissements sont concernés et le Groupement national des établissements publics sociaux et médico-sociaux (GEPSo), a lancé "l'appel des 100 pour les derniers oubliés du Ségur".

Selon les calculs du GEPSo, quelque 3 000 agents de la fonction publique hospitalière, majoritairement dans "le secteur du handicap et de la protection de l'enfance", seraient touchés par cette "iniquité de traitement".

"La crise d’attractivité que traverse l’ensemble du secteur nécessite des mesures fortes et urgentes", juge le GEPSo dans un courrier adressé aux Ministres Jean-Christophe Combe et Geneviève Darrieussecq. "Les conséquences sont dramatiques" estime Jeanne Cornaille, déléguée nationale du Gepso. "La crise de recrutement touche tous les établissements, nous sommes parfois obligés de recruter des personnels non formés ou de fermer certains services" alerte-t-elle.

Julien Blot, Président du GEPSo, a obtenu un rendez-vous avec Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée des personnes handicapées le 15 septembre 2022 au cours duquel il prévoit de se faire le porte voix de ces personnels "invisibles" en quête de reconnaissance. 

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