INTERVIEW. Crues en Savoie : dégâts, craintes pour la saison de ski, aide aux sinistrés… Le point avec le président du département, Hervé Gaymard

Les intenses précipitations combinées à la fonte des neiges ont provoqué des crues sans précédent en Savoie, touchant notamment la vallée de la Tarentaise. Hervé Gaymard, le président du département, énonce les conséquences attendues.

Crues torrentielles, coulées de boue et inondations : la Savoie a été balayée par un épisode exceptionnel qui a causé de lourds dégâts, notamment dans la vallée de la Tarentaise où la circulation des trains reste interrompue. Les communes de Notre-Dame-de-Briançon et Saint-Sorlin-d'Arves ont été les plus touchées par ce phénomène d'une ampleur inédite.

Le président du Conseil départemental de la Savoie, Hervé Gaymard (LR), fait le point sur la situation et ses possibles répercussions, notamment sur la saison de ski. Il lance un appel à l'Etat pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise.

L'état de catastrophe naturelle va-t-il être reconnu pour les communes touchées par les crues en Savoie ?

J'ai saisi le ministère de l'Intérieur pour que l'état de catastrophe naturelle soit décrété. J'ai reçu une réponse d'attente du ministre lui-même qui m'a dit s'occuper du dossier donc j'ai bon espoir que, sur ce dossier, la situation progresse rapidement parce que cela déclenche tous les processus d'indemnisation par les assurances des familles touchées.

De quel délai parle-t-on ?

Je n'ai aucun délai mais je ne peux pas douter une seconde que l'Etat fasse tout ce qu'il faut pour que l'état de catastrophe naturelle soit immédiatement décrété. C'est tellement évident que cela ne souffre pas de discussion.

Quel est l'impact de l'interruption de la circulation ferroviaire dans la vallée de la Tarentaise ?

Il y a les trafics du quotidien et, comme la saison d'hiver va bientôt commencer, tout le trafic SNCF vers les stations de Tarentaise puisqu'on est entre Albertville et Moûtiers. La première station, Valmorel, est à quelques kilomètres de Notre-Dame-de-Briançon et cela va jusqu'à Val d'Isère. C'est donc une grande partie du ski français qui est concerné.

Craignez-vous que cela porte préjudice à la saison de ski ?

Bien sûr, mais il faut procéder par étapes. Nous attendons de connaître la réponse de la SNCF mardi [21 novembre, NDLR] pour savoir si un rétablissement est possible avant les vacances de Noël, ce qui serait très bien.

Après, cela sera plus compliqué et il faudra qu'on gère comme cela a été fait en Maurienne [à la suite de l'éboulement du 27 août qui a entraîné l'interruption du trafic ferroviaire, NDLR]. La SNCF a mis en place, en concertation avec les élus locaux et les offices de tourisme, tout un système pour acheminer les clients en station. On serait conduit, en Tarentaise, à mettre en place un système équivalent.

Vous pensez donc vous inspirer de la gestion de l'éboulement en Maurienne si la situation venait à durer en Tarentaise...

Hélas, nous avons le retour d'expérience de la Maurienne où l'on a immédiatement demandé à la SNCF et à l'Etat que des dispositions soient prises pour que la saison d'hiver se passe le mieux possible. Mais je suis pragmatique et pour l'instant, on ne sait pas. Attendons de voir et soyons prêts à réagir à la situation quelle qu'elle soit.

Comment éviter que de tels dégâts liés aux risques naturels ne se répètent à l'avenir ?

Il y a un premier élément qui est l'alerte pour les risques naturels. Les dispositifs d'alerte que nous avons mis en place avec les capteurs dans les failles, avec les prévisions météorologiques, ont été plutôt efficaces puisqu'on a eu de l'anticipation.

Quand il y a eu l'éboulement dans les gorges de l'Arly, on a pu anticiper et fermer la route à temps [le 3 novembre, NDLR]. Sur La Praz, en Maurienne, fin août, cela a été la même chose. On a mis en place, le Conseil départemental, l'Etat, Météo France, le service de Restauration des terrains en montagne [RTM, NDLR], un système d'alerte assez performant.

Et concernant l'anticipation des crues ?

Nous nous sommes battus, depuis des années, pour que le lit de l'Isère soit curé. Après beaucoup de difficultés, on a obtenu satisfaction parce que les services environnementaux de l'Etat ne voulaient pas procéder à l'opération. Si cela n'avait pas été fait, toute la plaine d'Albertville aurait été inondée. Cela aurait été bien pire, Ugine et la Combe de Savoie auraient eu de grosses difficultés.

Là, on a eu très peur mais sur ces secteurs, il y a eu plus de peur que de mal. C'est pourquoi il faut continuer à faire ces curages réguliers et, s'agissant de l'Isère, il faut poursuivre la restauration des digues.

Les collectivités territoriales auront à leur charge, dès 2024, la gestion de certaines digues dont l'Etat est actuellement propriétaire. Est-ce que cela vous inquiète après l'épisode qui vient de toucher la Savoie ?

Il nous reste 80 km de digues à restaurer, ce qui va coûter, au bas mot, entre 120 et 130 millions d'euros. On se bat auprès de l'Etat pour qu'il transfère aux collectivités des digues en bon état car les collectivités n'ont pas les moyens de dépenser de telles sommes dans les années qui viennent.

Si on nous transfère la gestion des digues, il faut absolument que l'Etat alloue des financements. Nous espérons, malheureusement, que cet événement conforte notre argumentation que nous développons depuis des semaines.

Quels dispositifs vont être activés par le Département pour venir en aide aux communes sinistrées ?

On a un dispositif d'aide aux communes pour les risques naturels, le fonds risque érosion qui est une ligne que nous avions créé il y a quelques années. Évidemment, on la fera jouer pour aider les communes concernées. A Saint-Sorlin par exemple, il faudra faire des travaux dans l'église et nous allons bien sûr aider la commune.