"C'est une épreuve" : à la station de ski de Tignes, vives inquiétudes autour de la nouvelle augmentation du prix de l'électricité

Des commerçants, élus locaux et professionnels de la montagne de la station de ski de Tignes (Savoie) redoutent une nouvelle hausse du prix de l'électricité, annoncée par Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, mi-janvier. Des précédentes hausses ont déjà eu des conséquences auprès des commerces et des touristes.

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Quelques jours après l'annonce d'une nouvelle augmentation de près de 10 % du prix de l'électricité, la station de Tignes, en Savoie, déjà très affectée ces derniers mois, craint d'être frappée de plein fouet par cette prochaine envolée des tarifs.

"On a déjà subi une hausse de 3,5 millions d'euros" sur les coûts d'exploitation, détaille Yann Boireau, responsable chargé de l'électricité de la Société des téléphériques de la Grande Motte (STGM), gestionnaire des remontées mécaniques de la station.

Après 4 % en février 2022, 15 % en février 2023 et 10 % en août 2023, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a annoncé dimanche une quatrième augmentation du prix de l'électricité, estimée entre 8,6 % et 9,8 % selon les contrats.

Comme dans d'autres stations de ski touchées par la flambée des prix de l'énergie depuis la guerre en Ukraine, Tignes a dû s'adapter : "Ça nous a poussés à augmenter de 3 euros par jour les forfaits de ski et à réduire la vitesse des appareils", dit Yann Boireau.

Car les 45 remontées mécaniques de Tignes représentent une des principales sources de consommation de la station, à hauteur de 10 mégawatts par an. La STGM, dont 95 % des remontées mécaniques gérées sont alimentées par EDF, a dû renégocier et a réussi à bloquer une partie de ses contrats pour les cinq prochaines années. Mais les montants restent "bien supérieurs aux tarifs" en vigueur il y a deux ans, relève le responsable.

De 60 à 600 euros le mégawattheure

Les commerçants déplorent eux aussi leurs factures alourdies. Philippe, responsable d'un magasin de sport, qui loue notamment des skis à la plupart des clients d'un célèbre groupe de vacances, décrit des coûts qui ont "explosé", le forçant notamment à "réduire le chauffage de sa boutique cet hiver".

"Il n'y a pas grand-chose à dire de plus", dit, fataliste, Jean-Michel Bouvier, responsable entre autres d'un restaurant d'altitude et d'un hôtel cinq étoiles, en notant que les précédentes augmentations lui ont déjà coûté plusieurs centaines de milliers d'euros.

Ces derniers mois, les stations de ski ont déjà tiré la sonnette d'alarme et appelé Bercy à peser auprès des distributeurs d'énergie, dont EDF, pour contenir les prix. Car avant décembre 2022, les stations payaient environ 60 euros le mégawattheure, les prix ont grimpé jusqu'à 600 euros, selon les chiffres de l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) qui regroupe une centaine de stations sur cinq massifs français.

"Une épreuve"

"On est inquiets", résume Serge Revial, le maire de Tignes. "On a déjà eu un affolement à l'automne 2022, puis en 2023. Cette nouvelle hausse arrive et on craint encore une augmentation l'année prochaine".

Conséquence, le revenu moyen par journée-skieur a augmenté de 5,9 % à cause notamment des forfaits plus chers, d'après la Compagnie des Alpes. Mais pas seulement. À la rôtisserie Les Poulettes, à la vue imprenable sur le domaine skiable, les machines sont électriques : pas d'autres choix que de monter les prix pour combler un trou "de plusieurs milliers d'euros". Si la gérante, Sarah Ban In, pense qu'à Tignes les touristes "seront toujours là", cette nouvelle hausse sera "une épreuve".

"Nos factures ont augmenté, comme tout le monde. Mais on n'est pas les plus à plaindre", nuance de son côté Sébastien Auroux, gérant d'un petit hôtel situé au pied des pistes, dont les besoins en électricité sont assez modestes. Lui se plaint davantage de la hausse des tarifs du fioul, sa principale source d'énergie.