Lampedusa : déjà saturés, les centres d'accueil des Alpes craignent un afflux massif de migrants à la frontière franco-italienne

Que ce soit dans le Piémont italien, où depuis la mi-août dernier les structures d'accueil des migrants sont à saturation, ou en Savoie où l'on peine à trouver un toit pour les migrants ayant déjà réussi à passer la frontière, on attend avec inquiétude l'onde de choc de l'arrivée de plus de 10 000 migrants ces derniers jours sur l'île italienne de Lampedusa.

"A cause des fortes pluies de la nuit de mercredi à jeudi dernier, j'ai été obligé de déclencher deux opérations de secours en montagne pour des groupes d'une dizaine de migrants, perdus entre Claviere dans la Piémont et Briancon dans les Hautes-Alpes". 

Du refuge "Fraternità Massi" d'Oulx, où il recueille chaque jour davantage de candidats au passage clandestin en France, le coordinateur de la Croix rouge italienne en val de Suse (Piémont) n'en finit plus de gérer l'urgence. "Depuis le mois de juillet, les arrivées n'ont cessé d'augmenter", explique Michele Belmondo. "Au point, qu'actuellement on se retrouve avec 70 personnes qui dorment dans des lits et 70 qui couchent par terre".

50 à 60 migrants refoulés à la frontière en une journée

Une surfréquentation que tous les centres d'accueil installés sur le territoire piémontais connaissent en ce moment. À Turin, le centre de la via Traves, prévu avant l'été pour accueillir 250 personnes, devrait pouvoir en recevoir 300 à 400 pour faire face à l'urgence. Alors, on cherche dans le patrimoine immobilier de la ville ou de l'armée des propriétés susceptibles d'être transformées en centres d'accueil.

"Nous ne sommes pas un cas isolé", expliquait aujourd'hui au quotidien local "la Stampa", Stefano Lo Russo, le maire de Turin : "La situation est critique pour toutes les villes italiennes. L'arrivée massive des migrants, venus par la route des Balkans ou celle de la Méditerrannée, met en tension extrême tout le réseau d'accueil ordinaire et extraordinaire que nous avons mis en place ces dernières années".

Une situation d'autant plus critique, qu'à la frontière française, les migrants transférés de Lampedusa sont refoulés en masse. "Hier (le 14 septembre, NDLR), ce sont 50 à 60 migrants qui ont été repoussés à la frontière du Montgenèvre", explique Michele Belmondo.

Retour au refuge, donc, pour ces candidats au passage en France. Avant de tenter à nouveau leur chance dans deux ou trois jours. "Ils finissent toujours par passer", constate le coordinateur de la Croix rouge italienne.

En Savoie, des structures d'accueil déjà saturées

Malgré ces blocages aux frontières, l'onde de choc de cette situation est déjà arrivée jusqu'en France. À Briançon, dès la fin août, avec l'annonce de la fermeture des "Refuges solidaires" de la ville. Une structure d'accueil à ce point saturée que ses bénévoles ont décidé de mettre la clef sous la porte. Combien de temps faudra-t-il pour qu'elle arrive jusqu'au Dauphiné-Savoie ? 

"Je suis très triste pour nos amis du Val de Suse et de Briançon", explique pour sa part sa Mireille Bertho, responsable de l'accueil des jeunes migrants pour l'association "Savoie Solidarité Migrants" de Chambéry et présidente de la ligue des droits de l'homme en Savoie.

"Va-t-on être nous aussi contraints de fermer nos structures pour continuer d'accueillir dignement ces migrants ? Il est temps que la France sache si elle veut ou non continuer à être une terre d'accueil. Car depuis 2015, ni l'Union Européenne, ni la France ne se sont données les moyens d'agir. Renvoyer la balle sur les associations, c'est bien... Mais à la fin, celles qui gardent la balle en main, c'est toujours nous ! Alors, on va devoir monter au créneau pour réclamer des moyens."

Un coup de sang qui s'explique par les difficultés rencontrées par la jeune association, née en 2015. Parmi les bénéficiaires des aides qu'elle dispense, peu de primo-arrivants. Surtout des familles, des femmes seules avec enfants, ou de jeunes migrants. Des mineurs, qui sont alors pris en charge par les services d'aide à l'enfance du Conseil Départemental. Ou des jeunes migrants à la minorité non établie, qu'il faut alors scolariser, et auxquels il faut trouver un toit trop rare par les temps qui courent ! 

Les migrants, aujourd'hui candidats au passage de la frontière, étant destinés à devenir les demandeurs d'asile de demain, c'est d'un œil inquiet que sont vus les débarquements de Lampedusa.

Un festival de l'accueil 

"Nos institutions ne peuvent se décharger éternellement sur les associations et leurs bénévoles. A force de les épuiser dans leur mission d'accueil, elles risquent de provoquer l'indifférence générale des meilleures bonnes volontés". La phrase aurait tout aussi bien pu être prononcée par un volontaire français. Mais son auteur est italien, et responsable d'une manifestation qui tombe à point dans l'actualité.

Sergio Durando est le directeur de l'office pastoral des migrants, qui est aussi l'organisateur d'un "festival de l'accueil" organisé dans tout le Piémont. Un festival long de 48 jours, et constitué d'un calendrier de 70 évènements culturels et de rencontres surtout entre population locale, migrants et parfois d'anciens migrants.

"Cette troisième édition tombe en même temps que les 10 ans du premier grand naufrage de migrants en Méditerrannée. C'était le 3 octobre 2013 : 366 migrants, dont la plupart étaient des femmes et des enfants, ont péri noyés", constate l'organisateur de l'évènement."Il est effrayant de constater que rien n'a changé depuis et qu'au contraire, l'Italie et l'Europe se sont de plus en plus fermées."

Comme en écho à ces propos, ce vendredi 15 septembre, Emmanuel Macron a rappelé le vieux continent à ses devoirs de "solidarité européenne", "pour ne pas laisser seule l’Italie avec ce qu’elle vit aujourd’hui". 

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