Lyon-Turin : comment les travaux de la ligne TGV poussent la vallée de la Maurienne à faire équipe avec ses voisines du Piémont et des Hautes-Alpes

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Grande première à Saint-Jean-de-Maurienne. Les maires des territoires français et italiens concernés par les chantiers du futur TGV Lyon-Turin se sont rencontrés au cours d'un séminaire organisé à l'initiative de la communauté de commune Cœur de Maurienne Arvan. Une charte a même été signée pour préparer l'après-chantier, en 2030.

Ce mercredi 22 juin restera-t-il dans les annales de la construction du futur TGV Lyon-Turin comme le jour de l'union sacrée des territoires ? Pas à la mode No Tav, en tout cas. Ces éternels opposants italiens - et depuis quelques années français, qui n'ont de cesse de s'opposer au projet de construction du grand tunnel de base de 57 kilomètres sous les Alpes. 

Lors du séminaire de ce mercredi 22 juin, nulle force de l'ordre pour cerner l'hôtel Saint-Georges de Saint-Jean-de-Maurienne et empêcher les jets de pierres et autres charges de militants italiens taguant frénétiquement des slogans "No Tav". Pas davantage de policiers pour procéder au comptage des manifestants français contestant la construction de la ligne. 

"Être prêts pour l'arrivée du TGV"

"Le Lyon-Turin va changer la vie des Mauriennais, mais aussi celles des territoires voisins, qu'ils soient français ou italiens. Alors il faudra être prêt", explique le président de la communauté de communes Cœur de Maurienne Arvan (3CMA). 

La première réunion du genre entre édiles de la Maurienne, du Piémont et des Hautes-Alpes ne pouvait avoir lieu que dans la ville-usine de la future ligne à grande vitesse (voyageurs) et grande capacité (fret). 

Pour Saint-Jean-de-Maurienne, le Lyon-Turin est un chantier d'au moins 10 ans, l'afflux estimé de 3 000 salariés occupés aux différents chantiers : celui de la grande gare multimodale déjà en cours, de l'entrée du grand tunnel de base ou encore ceux des opérations connexes comme celle du centre hospitalier qui va recevoir 20 millions d'euros pour se rénover. Bref, une révolution est en cours. Mais une révolution à partager.

"Que ce soit à Suse (la porte de sortie du grand tunnel de base côté piémontais, NDLR), ou à Briançon, chez nos voisins des Hautes-Alpes, nous sommes tous dans le même train, avec les mêmes questionnements pour accompagner cette nouvelle ligne", explique encore Jean-Paul Margueron. "On a commencé à vraiment en discuter au début de l'année, au téléphone ou en visioconférence. Et puis on s'est dit qu'on en parlerait encore mieux en se voyant".

"Oui, c'est vrai que le fil conducteur de nos discussions, c'est toujours le Lyon-Turin, confirme Eric Peythieu, le maire adjoint de Briançon et conseiller départemental des Hautes-Alpes. Car pour le briançonnais, le désenclavement n'est pas venu par la France mais bien par l'Italie. Grâce au TGV et à l'autoroute que nous avons plus vite fait d'aller prendre à Oulx, en Italie, qu'à Grenoble ou Marseille, même quand il s'agit d'aller à Lyon ou Paris."

Une charte : premier acte d'un nouveau "lobbying" des territoires

Ce mercredi midi, autour de la table de cette première réunion, l'ambiance était donc franchement favorable au Lyon-Turin. Mais avec une meilleure prise en compte des besoins des territoires traversés. C'était par exemple le point de vue exprimé par le représentant du maire de Turin. 

"La mise en service de la nouvelle ligne doit être l'occasion de libérer du potentiel sur la ligne historique pour nos échanges régionaux entre nos vallées. C'est de tout cela qu'il nous faut discuter", soulignait Paolo Mazzoleni, l'adjoint à l'urbanisme de Stefano lo Russo, le maire de Turin. "Avec ces rencontres, les territoires de nos deux pays peuvent se donner davantage les moyens de peser sur les décisions des gouvernements, par exemple".  

"Il ne s'agit pas de créer une nouvelle instance, complétait pour sa part Jean-Paul Margueron. On n'a pas vocation à concurrencer des organismes transfrontaliers comme la conférence des hautes vallées par exemple. Mais il est évident qu'il n'y a qu'à l'échelon local que certaines problématiques peuvent être comprises et traitées".

Premier exemple concret : ce que Savoyards, Piémontais et Haut-Alpins considèrent comme des ratés dans la desserte opérée par la nouvelle ligne "freccia rossa" Milan-Lyon-Paris. Depuis son inauguration le 18 décembre dernier par l'opérateur transalpin Trenitalia, ni les gares de Saint-Jean-de-Maurienne, côté Savoie, ni celles de Bardonecchia ou de Suse, côté italien, ne voient s'arrêter les TGV aux flancs rouges. 

"Notre premier acte sera d'envoyer un courrier commun sous la forme d'une interpellation à Trenitalia", a expliqué pour sa part Philippe Rollet, le maire de Saint-Jean-de-Maurienne. Un acte fondateur. Suivi de la signature d'une charte commune entre les "Trois pays du Mont-Cenis", comme on se plaît à le rappeler.

"C'est d'abord un engagement moral pour travailler ensemble et échanger des informations sur tous les domaines qui nous concernent", explique encore Jean-Paul Margueron. "Un exemple : lors de notre rencontre, j'ai donné des informations sur le calendrier des fermetures pour travaux du tunnel du Mont-Blanc que mes collègues italiens n'avaient visiblement pas de leur côté. Et pourtant, si comme c'est prévu, le Mont-Blanc reste fermé deux mois par an pendant 10 ans à partir de l'automne prochain, nos voisins piémontais seront impactés comme nous, par le report de trafic sur le tunnel du Fréjus".

Avant de se quitter, ce sont les chantiers du Lyon-Turin de Saint-Jean-de-Maurienne et de Saint-Julien-Mont-Denis, que les élus français et italiens ont visité. Avant de se donner rendez-vous "avant la fin de l'année" d'un côté ou de l'autre de la frontière. Bien avant l'éclosion de la première édition d'un événement qui doit faire date, en septembre 2023, dans les relations entre les trois territoires du Mont-Cenis : le festival Little Italy de Saint-Jean. Au programme : chanson, cinéma, et la promesse de quelques grands noms du spectacle pendant trois jours. La "révolution" Lyon-Turin semble déjà donner des envies d'occuper le haut de l'affiche, à la capitale de la Maurienne.