Un serpent dans votre jardin : ce qu’il faut faire et ne surtout pas faire

Avec l’arrivée des beaux jours, il n’est pas rare de croiser un serpent dans son jardin. Nous avons interrogé un spécialiste de cet animal injustement décrié afin de connaître les bons réflexes à adopter.
 

Cette vipère aspic a été photographiée dans l'Ain cette année.
Cette vipère aspic a été photographiée dans l'Ain cette année. © Alexandre Roux
Avec les beaux jours et le mercure qui grimpe, vous avez plus de chances de tomber nez à nez avec un serpent dans votre jardin que le reste de l’année. Alexandre Roux est cocoordinateur de l’action SOS Serpents en Auvergne-Rhône-Alpes et salarié de la LPO. Ce spécialiste des serpents explique qu’en France, seules les vipères et les couleuvres vivent sur le territoire. Autant dire que vous ne risquez pas grand-chose car, en plus d'être certainement plus apeurées que vous, la couleuvre est inoffensive pour l'homme et la vipère produit un venin qui n'est généralement pas assez puissant pour tuer une personne. Mais cela dépend de la dose injectée lors de la morsure et de la prise en charge médicale.


Ils ont besoin de réguler leur température en fonction de celle du milieu extérieur

Alexandre Roux raconte que les rencontres avec les serpents sont dues à leur système biologique : « Les serpents sont ectothermes, contrairement à nous qui sommes endothermes et qui régulons notre température interne. Ils ont besoin de réguler leur température en fonction de celle du milieu extérieur. Pour avoir chaud, ils cherchent les endroits chauds. Quand les beaux jours arrivent, ils sortent d’hibernation et ils s’exposent aux premiers rayons du soleil. Dès que les températures deviennent trop chaudes, ils cherchent la fraîcheur. C’est là que l’on peut les rencontrer, dans des zones fraîches, comme les compteurs des piscines ou les garages ».

Des vipères et des couleuvres que l'on peut distinguer

Il existe plusieurs espèces de serpents présentes en Auvergne-Rhône-Alpes : les vipères et les couleuvres. Dans la région, il y a 2 espèces de vipères et 8 espèces de couleuvres. Pour distinguer une vipère d’une couleuvre, il faut principalement observer la tête de l’animal. Le premier critère est la pupille, qui est ronde chez la couleuvre et fendue verticalement comme celle d’un chat chez la vipère. La vipère est plutôt grosse et trapue, et sa queue se démarque assez bien du reste du corps. La couleuvre est assez fine et toute en longueur. La vipère fait maximum 95 cm de long. Le dernier critère est sur la tête : la vipère a de nombreuses écailles alors que la couleuvre a 9 grosses plaques.
© Alexandre Roux

Un rôle dans l'écosystème

Alexandre Roux souligne : « Ces serpents ont un rôle dans l’écosystème. Ils se nourrissent de plein d’espèces, pas forcément nuisibles, mais qui sont à la base de la chaîne alimentaire. Si elles pullulent elles peuvent causer des dérèglements et on a besoin de prédateurs comme les serpents qui se nourrissent de rongeurs. Ces derniers sont vecteurs de la maladie de Lyme. Chez nous, les espèces ne sont pas agressives. Même si deux espèces de couleuvres peuvent se montrer sur la défensive quand elles se sentent menacées. Il s’agit d’une technique d’intimidation qui concerne la couleuvre verte et jaune, la plus commune chez nous. Elle cherche la fuite en général mais si on la dérange, elle ne va pas hésiter à chercher la confrontation. Mais ce n’est pas un animal dangereux ».

Ne pas avoir peur

Le spécialiste des reptiles présente la technique à adopter en cas de confrontation avec des serpents : « Si l’on se trouve nez à nez avec un serpent dans le jardin, c’est normal. Ils sont tout aussi légitimes que les lézards ou les rouges-gorges. Il ne faut pas avoir peur d’avoir un serpent dans son jardin. Mais s’il se retrouve dans une zone habitée, comme une maison, il faut d’abord garder son calme car l’animal n’est pas dangereux. On peut contacter des spécialistes comme SOS Serpents ou l’Observatoire des reptiles d’Auvergne et leur demander comment réagir. Il faut garder le serpent à vue ou l’enfermer dans la pièce en ayant vérifié qu’il n’y a aucune issue. Ensuite les bénévoles de SOS Serpents, qui ont été formés, peuvent intervenir. La brigade est joignable auprès des LPO locales ».

Garder ses distances

Il ajoute : « L’attitude à adopter est de ne pas chercher à s’approcher au plus près, garder 1 mètre, 1,50 mètre de distance. Si on ne franchit pas cette distance de sécurité, l’animal ne se sentira pas agressé et n’aura pas besoin de se défendre. Si on le découvre à l’intérieur d’une maison, il ne faut pas chercher à l’enlever soi-même si on ne sait pas faire. Il faut nous contacter. On a la possibilité de piloter parfois à distance, notamment en accompagnant les personnes au téléphone ou en visio ».

Des idées pour mieux cohabiter

Il livre quelques conseils pour une cohabitation réussie : « La meilleure façon de cohabiter est de leur aménager des zones. Les serpents n’aiment pas les jardins type greens de golf. Pour cohabiter avec eux, on peut laisser une petite partie au fond du jardin avec des tas de bois, des tas de pierres et de la végétation en friche. Cette zone leur sera favorable mais aussi à d’autres animaux ». Alexandre Roux recommande de parler aux enfants des serpents mais en adoptant le bon ton : « Il ne faut pas avoir peur des serpents même si papa et maman en ont peur. Il ne faut pas les craindre mais il faut mieux essayer de les connaître. Il ne faut pas pour autant les toucher. On peut les observer de loin. La vipère est venimeuse mais il n’y a pas eu de mort liée à la vipère en France depuis de nombreuses années, depuis 2013 sans doute. Ces animaux peuvent représenter un danger mais en 2020 on ne meurt pas d’une morsure de serpent même si ce n’est pas un moment agréable d’être mordu ».

Se détacher de l'imaginaire collectif

Selon lui, il n’y a pas de danger avec les serpents à partir du moment qu'on les laisse tranquilles. La plupart des personnes mordues ont tenté de les capturer ou de les tuer, ce qui est interdit. La plupart des morsures ne sont pas dangereuses. Il conclut : « Le serpent souffre d’une mauvaise image auprès du grand public, notamment parce qu’il est physiquement très différent de nous. La plupart des choses qui nous sont étrangères nous font peur. Dans l’imaginaire collectif, l’historique avec les serpents n’est pas très reluisant, notamment avec Adam et Eve. Dans notre culture le serpent est diabolisé mais il faut savoir que dans d’autres, notamment en Inde, les serpents sont plutôt des divinités. Le serpent a globalement une mauvaise image car certaines espèces dans le monde sont dangereuses, et potentiellement mortelles. Mais il faut réhabiliter les serpents ».

En cas d’intrusion chez vous uniquement, vous pouvez contacter la brigade bénévole SOS Serpents qui saura vous renseigner et vous rassurer sur les gestes et méthodes à faire et à ne pas faire : ghra.contact@gmail.com
 
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