Survivalisme : répulsif pour requin, soupe et Opinel, depuis Annecy il vend des kits de survie qui cartonnent

Véritable retour à la nature en autonomie, le survivalisme est en plein essor depuis le premier confinement. A Annecy en Haute-Savoie, une société est spécialisée depuis 20 ans dans la vente à distance de matériel de survie. Et elle croule aujourd'hui sous les commandes.
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Photo d'illustration © FTV

Quel rapport entre une recette en sachet « Epaule d’agneau aux épices douces », un allume feu à frotter, un répulsif pour requins, ou tout simplement un Opinel ? Tous ces objets peuvent trouver leur place dans un sac à dos de "survivalistes".

On aurait pu croire à une mode, née des films à la « Rambo » ou des émission de télé-réalité style « Kho-lanta ». Mais avec la pandémie de Covid, le survivalisme va maintenant bien au-delà du cercle des amateurs de « close-combat » avec les éléments d'une nature en furie, ou d’entrainement para-militaire plus ou moins lié à la mouvance politique extrêmiste d' "ultra droite".

Marc Sayag, un ancien militaire, a créé il y a 20 ans à Sévrier en Haute-Savoie son site de vente de matériel de survie. Et il est loin de s’en plaindre. « Les gens ont eu peur avec la Covid. Peur de tout. La Covid dans l’air…dans l’eau. Ce n’est pas pour rien que l’on a vendu beaucoup de filtres », explique-t-il.

 

Des commandes de 5 à 5000 euros

Pas de souci pour le fondateur d’Inuka.com en tous cas. Ses ventes ont progressé de 15 à  20% pendant la période de la pandémie. Avec plus de 9000 références, n’importe quel candidat à la survie peut trouver son bonheur sur son site. « Le montant des commandes que l’on me passe va de 5 à 5000 euros. Et il ne faut pas croire que celle de 5000 sont rares ! », avoue t-il.

Preuve s’il en fallait que l’« effet survie » à la pandémie a fait son effet pour délier les bourses, en France comme en Outre-mer d’ailleurs où Marc vend également.

 

Du répulsif à requins approuvé par l'OTAN

« Une couverture de survie, un sac de couchage de survie et un opinel numéro 6, ça les militaires s’en servent beaucoup en Guyane. Et puis, il y a du répulsif pour requins, approuvé par l’OTAN », précise le vendeur, pas peu fier de son « Best of », un kit de survie « complet » à 169 euros !

Des arguments qui l’aident à surfer sur le haut de la vague du « survivalisme ». Car sur la toile, les sites abondent : d’autres sites alpins tels « La boutique de la survie », basée à Chambéry ; « survivre.com » ou encore « survirun », pour les survivalistes qui veulent courir vers la fin du monde, peut-être ?

 

Vide juridique autour des "stages de survie"

Une fin du monde, qui est parfois déjà arrivée pour certains pratiquants des nombreux stages de survie organisés désormais un peu partout en France. Depuis le premier salon français du "survivalisme" en 2017, on ne compte plus le nombre de sites qui proposent des stages. Sur une journée ou un week-end. Pour une trentaine d'euros ou plusieurs centaines. "De nombreuses entreprises font appel à nous pour stimuler l'esprit d'entraide de leurs salariés. Cette demande peut représenter jusqu'à la moitié du chiffre d'affaire de certains sites formateurs", expliquait alors, dans le Journal du Dimanche, l'un des principaux acteurs français du secteur présent sur le salon.

Quatre ans plus tard et une pandémie, il reste un engouement toujours plus fort. Et un revers de la médaille qui révèle parfois son visage au détour d'un drame. Comme celui survenu il y a un peu plus d'un an, lors d'un stage organisé dans le Morbihan en Bretagne. Un jeune homme de 26 ans, originaire de région parisienne, est mort après avoir ingéré une plante particulièrement toxique.

"Ce drame est le reflet de l’inadaptation de notre société à un phénomène émergent auquel elle n’est pas préparée", écrit la famille de la victime dans une lettre ouverte publiée par ses proches, à un an du drame. "Retrouver la nature et ses règles ne se fait pas inconsidérément. Nous avons découvert avec effroi l’ampleur du vide juridique qui entoure ces stages de survie".

Aucune formation, aucun label n'est, en effet, exigée pour les organisateurs des stages de survie. Placé sous contrôle judiciaire, le formateur présent au stage n'était pas formé pour juger de la dangerosité de la plante "safranée" que le jeune homme a mangé... peut-être même sur son conseil ! A l'enquête d'en juger.

 

Une pétition de 26 000 signatures pour "l'encadrement du survivalisme"

Quoiqu'il en soit de son avancement, une pétition circule dans l'ouest de la France. Elle a recueilli 26 000 signatures et a été remise en août dernier aux services du Premier ministre. De son côté, la secrétaire d’État, chargée de la Jeunesse, Sarah El Haïry, reconnaît le besoin de structurer le survivalisme. "Un groupe de huit députés a soumis une proposition de loi relative à « l’encadrement du survivalisme et à la lutte contre les dérives et menaces associées »", a-t-elle précisée dans un communiqué.

Une mobilisation qui commence à faire "bouger les lignes" du côté des organisateurs. Ainsi, le Syndicat des Organismes de Survivologie (baptisé de façon opportune SOS), et qui représente des moniteurs de stages de survie, vient de proposer la création d’un brevet de type protection civile, dans le prolongement du brevet de premiers secours. Quant au syndicat national des moniteurs "Vie nature et survie", il milite pour faire reconnaître les "acquis des militaires".

Bref, le climat de fin du monde encouragé par la pandémie peut bien pousser à la pratique du survivalisme. L'achat du matériel "ad hoc" est loin de suffire pour une préparation à la hauteur de cet évènement ultime.

durée de la vidéo: 03 min 33
Le survivalisme

 

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