Témoignage. "Sans le Secours populaire et les Restos, je n'aurais pu manger ni fruits ni légumes cet été" : des retraités en détresse

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Descendus en nombre sur le pavé de nombreuses villes des Alpes ce 24 octobre, les retraités témoignent de leur difficulté quotidienne face à l'augmentation du coût de la vie. ©France 3 alpes
Publié le Écrit par Fabrice Liégard

"10 % d'augmentation immédiate" ! C'était le slogan de la journée de mobilisation des retraités du 24 octobre. Mais derrière la revendication, se cache une paupérisation croissante des aînés. Témoignages de retraités qui ont du mal à "joindre les deux bouts."

"C'est pourquoi cette manif ? Pour les retraites !"

Face au défilé de banderoles rouges brandies par des cheveux blancs, quelques passants faisant leurs courses dans le centre-ville de la Tour du Pin (Isère) ont pu s'étonner. De l'Isère à la Savoie, ce sont bien des retraités qui sont descendus dans la rue pour réclamer une augmentation de 10 % de leurs pensions.

Retraité : oui ; privilégié : non !

"Le gouvernement et les médias nous présentent toujours comme des privilégiés...mais c'est faux !", s'insurge devant un petit auditoire rassemblé sous la pluie, Josiane Blanc.

"Depuis des années, on n’a pas d'augmentation qui corresponde vraiment à la hausse du coût de la vie et même à l'augmentation du salaire moyen. Moi, j'ai travaillé toute ma vie dans l'habillement, chez Playtex à la Tour-du-Pin. Avec mes anciennes collègues, on le voit bien : payées au SMIC tout au long de sa carrière, c'est 1000 euros de pension... On fait comment pour vivre ?", s'interroge la secrétaire de la section "CGT retraités" nord iséroise.

1000 euros de pension, et même moins... D'après le COR (Conseil d'orientation des retraites), ils seraient un tiers des retraités français à ne pas même atteindre ce seuil. Un revenu qui marque une frontière en deçà de laquelle, le risque de sombrer dans la précarité est plus grand.

Avec ses 900 euros de retraite par mois, Mireille fait partie de ces retraités qui voyagent chaque mois sur le fil de leur porte-monnaie, la peur chevillée au ventre de ne pouvoir y arriver. "Sans le Secours populaire et les Restos, je n'aurais pu manger ni fruit ni légume cet été", confie la retraitée âgée de 78 ans.

"Tous les vêtements que j'ai sur moi, c'est de l'occasion... Les vacances, j'en ai eu trois fois grâce au Secours Populaire... Quant aux cadeaux pour mes petits enfants, c'est plus que réduit. De temps en temps, je suis même obligée de demander un coup de pouce à leurs parents".

Mireille, 78 ans, retraitée

Lorsqu'elle a payé ses dépenses fixes du mois, il ne reste plus à Mireille que 120 à 150 euros. Une marge de fonctionnement déjà limitée, et ultérieurement grignotée par l'inflation qui sévit actuellement.

Malgré l’éternel sourire qu'elle s'efforce d'arborer sur son visage, la retraitée du Nord-Isère a donc, comme tous les seniors dans son cas, bien des raisons de ne pas afficher un optimisme béat pour son pouvoir d'achat de 2024.

"Il me faudrait au moins 300 euros de plus par mois pour ne pas être toujours à faire attention au montant que je ne dois pas dépasser chaque semaine", avoue-t-elle.

Un niveau de vie des retraités à l'avenir incertain

Alors, "privilégiés" Mireille et les manifestants des rues de France ce 24 octobre ? Assurément, non. Même si, globalement, les statistiques qui tendraient à faire des retraités une catégorie favorisée sont têtues.

Car comme l'indique le rapport précédemment cité du COR, le niveau de vie des retraités resterait supérieur de 1,5 % à celui des actifs. Quant au taux de pauvreté des personnes âgées de 65 ans et plus, il aurait considérablement diminué depuis plus d'une vingtaine d'années (9,5 % contre 14,6 % pour l'ensemble de la population), en raison, notamment des revenus issus du patrimoine dont les seniors disposent plus souvent que le reste de la population.

Comme pour la mesure du froid, il semblerait donc que la perception statistique du niveau de vie des retraités soit différente du ressenti réel des retraités. Car d'après le même rapport, le niveau de vie relatif des retraités (rapport entre leur niveau de vie et celui de l’ensemble de la population) est resté stable depuis 1996, alors qu’il avait fortement progressé depuis 1970. Voilà qui pourrait expliquer la persistance de l'image du retraité "privilégié".

Une image dont les jours semblent, toutefois, comptés. Car si l'on en croit les analystes de l'observatoire numéro un des retraites en France, "le niveau de vie des retraités devrait diminuer sur un long terme".

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