Mâcon : 6 personnes ont été agressées par des faux clowns

Le phénomène des faux clowns arrive en Bourgogne : lundi 28 octobre, à Mâcon,1 adolescent a été frappé par un homme déguisé en clown, 4 autres ont été menacés et la nuit suivante c'était au tour d'un chauffeur livreur à Prissé.

Par MB avec AFP

La 1ère agression a eu lieu en fin d’après-midi sur le boulevard des perrières à Mâcon. Un adolescent de 14 ans a été plaqué au sol et a reçu des coups de pied. Il est parvenu à s’enfuir. Son agresseur, déguisé en clown n’a pas été retrouvé. Un peu plus tard, c’est un groupe de 4 jeunes qui se faisait menacer à un arrêt de bus boulevard Herriot, toujours à Mâcon par 2 clowns, munis d’ une batte de base-ball et  une hache. Les jeunes ont réussi à s’échapper. Dans la nuit de lundi à mardi, enfin, c'est un chauffeur-livreur qui a été visé par un faux clown à Prissé près de Mâcon.  La préfecture de Saône et Loire demande aux parents de sensibiliser leurs enfants et de prévenir la police en cas de mauvaises rencontres avec des faux clowns.

Des "faux clowns" ont agressé  plusieurs personnes dans diverses villes de France

Plusieurs agressions du même type ont eu lieu au cours des derniers jours au risque de provoquer une psychose dans le pays, alimentée notamment par les réseaux sociaux, un phénomène inexpliqué qui préoccupe les autorités. L'agression la plus grave a eu lieu à Besançon où un étudiant a affirmé avoir été blessé samedi par un clown armé d'une hache. A Saint-Vit, un groupe d'adolescents et de jeunes adultes ont affirmé avoir été pris pour cible par quatre individus grimés en clown. A Montpellier, un jeune homme de 18 ans, qui s'était déguisé en "clown" agressif et avait agressé un passant en le frappant avec une barre de fer, a été condamné lundi à 12 mois de prison, dont 4 ferme. D'autre part, un adolescent de 14 ans, déguisé en clown, a été arrêté lundi après-midi à  Chelles, en banlieue parisienne, après avoir tenté d'attaquer une femme.

Le reportage de Michel Gillot, Romy Ho-a-Chuck et Pascal Rondi avec Claudie Dewynter membre de la compagnie de clowns "les Totors Robert"


Agressions par des faux clowns à Mâcon

 

Derrière une série d'agressions, l'imagerie glaçante du "clown maléfique" (AFP)

Le début de psychose apparu en France ces dernières semaines après plusieurs agressions attribuées à de faux clowns, parfois armés, s'appuie sur l'imagerie glaçante du "clown maléfique", ce personnage effrayant popularisé par la littérature et le cinéma.
Le rictus pervers du Joker dans Batman, le regard fou du clown psychopathe en couverture du roman d'épouvante "Ca", de Stephen King, ou les cheveux rouges en pétard du trouble "Tahiti Bob", dans les Simpsons: ces figures constituent le terreau d'une phobie bien réelle, la "coulrophobie", la peur des clowns, dont serait victime l'acteur Johnny Depp parmi d'autres.
"Depuis 30 ans, le clown malveillant est un motif exploité par la culture populaire, avec des films, des livres, qui ont peu à peu construit un thème pas forcément très important mais que tout le monde connaît", rappelle à l'AFP l'anthropologue Véronique Campion-Vincent, spécialiste de la rumeur.
"Les légendes urbaines se basent sur l'idée qu'on est dans un monde où les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être. C'est le cas avec cet être apparemment amusant, qui fait rire les enfants, mais est en fait très méchant. Le clown pourrait même être vu comme une victime, quelqu'un de maladroit, qui se venge", ajoute l'auteur de "100% rumeurs" (Payot et Rivages).
John Wayne Gacy, l'un des tueurs en série les plus célèbres des Etats-Unis, a également beaucoup fait pour noircir le maquillage du saltimbanque: arrêté en 1978 et exécuté en 1994, il distrayait les enfants malades, déguisé en clown, mais a aussi tué 33 jeunes gens dans les années 70.
A l'approche d'Halloween, période où s'amuse à se faire peur en Amérique du Nord et désormais aussi en Europe à la veille de la Toussaint, c'est avec cette crainte diffuse que semblent jouer les "clowns agressifs" observés ces dernières semaines dans plusieurs régions de France.
Le phénomène est apparu dans le Nord de la France à la mi-octobre avec la multiplication de signalements auprès de la police et la condamnation d'un jeune homme de 19 ans à six mois de prison avec sursis pour avoir menacé des passants, déguisé en clown. Quelques jours plus tard, après l'apparition de "chasseurs" de clowns, la police a dû diffuser un message pour tenter d'enrayer la "rumeur". Un jeune homme interpellé dans l'Hérault après avoir endommagé une voiture, grimé, a confié lors de son audition avoir succombé à la mode des "clowns qui attaquent" lancée sur les réseaux sociaux.

Un phénomène qui reste limité

L'un des déclencheurs semblent être la diffusion de vidéos en caméra cachée d'un clown tueur, armé de masse ou de tronçonneuses, réalisées par une société de production italienne.  "La police a perçu assez tôt ce phénomène né sur les réseaux sociaux", indiquait mardi une source policière.
"Certains délinquants en ont profité ce week-end. Mais même si ce n'est pas négligeable, c'est tout de même assez limité. C'est déjà en train de baisser. Cela fait partie des phénomènes de mode très ponctuels qui vivent aussi longtemps que les médias en parlent", selon cette source.
S'il est toujours délicat, dans ce genre de contexte irrationnel, de connaître les motivations précises des "faux clowns" et d'identifier les canulars, une "légende urbaine est bien en train de se créer sous nos yeux", selon Aurore Van de Winkel, chercheuse belge en "légendes contemporaines". Outre les vidéos provenant d'Italie, elle estime que le contexte pré-Halloween, période propice aux légendes urbaines, explique aussi la multiplication de ces "vrais" clowns "agressifs", jusqu'ici cantonnés aux livres, aux films, à l'internet voire à certains groupes de rock.
Le risque, pointé Véronique Campion-Vincent, est que le "jeu" continue de "déraper" en cas de confusion entre réel et imaginaire. Et l'universitaire de citer l'exemple des deux jeunes filles de 12 ans qui, en juin aux Etats-Unis, ont poignardé l'une de leurs camarades en signe de dévouement à un personnage totalement virtuel, "Slenderman".

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